mardi 17 septembre 2013

“Bruxelles sera multilingue ou ne sera pas”

CHRISTIAN LAPORTE La Libre Belgique


Philippe Van Parijs lance officiellement le plan Marnix le 28.

Au tout début de 2013, le Pr Philippe Van Parijs (UCL, KU Leuven et Oxford) avait présenté avec beaucoup de conviction son plan Marnix pour Bruxelles dans “La Libre”. On y est : il sera officiellement lancé au BIP (“Brussels Information Point”), place Royale, le 28 septembre prochain, mais dès jeudi prochain il sera déjà présenté au Comité économique et social de Bruxelles.

L’initiative – pour laquelle le philosophe s’est associé à un collègue de la VUB, Alex Housen, et à une fonctionnaire hispano-catalane de l’Union européenne, Anna Sole Mena – est pour le moins ambitieuse ! En effet, “le plan Marnix pour un Bruxelles multilingue vise en fait à promouvoir l’apprentissage précoce et cohérent de plusieurs langues au sein de l’ensemble de la population bruxelloise. Il privilégie le français, le néerlandais et l’anglais, tout en encourageant la transmission de toutes les langues maternelles”.

“Nous sommes partis de convictions fortes : le multilinguisme et à tout le moins le trilinguisme + (d’autres langues) sont plus importants à Bruxelles qu’ailleurs en raison de la présence des trois langues précitées”,poursuit Philippe VanParijs.

“Mais on est vraiment encore loin du compte car selon Grégor Chapelle, le directeur général d’Actiris, 95 % des demandeurs d’emploi sont unilingues francophones et avouent ne pas connaître d’autres langues. Une autre donnée interpelle fort : en Wallonie, 5 % des élèves sont en immersion, le chiffre passe à 11,4 % en Brabant wallon mais à Bruxelles, il n’y a que 1,2 % des élèves à être dans ce cas. Pire : dans bon nombre d’écoles qui comptent des sections professionnelles, plus de la moitié des élèves n’ont pas eu de cours de langues. Tout cela nous a incités à réfléchir et à lancer un plan Marnix qui doit interpeller le monde de l’enseignement et donc aussi les décideurs politiques.”

Mais le plan Marnix veut aller plus loin : “Nous interpellons aussi directement les parents en tant que tels. Nous les invitons en effet à faire preuve de la plus grande cohérence. S’ils s’adressent à leurs enfants dans leur langue à eux et qu’elle n’est pas une de celles de l’école, nous les invitons à le faire de manière complète et cohérente. Cela ne peut qu’aider l’enfant aussi à bien maîtriser sa langue maternelle. Car moult études nous ont appris que c’était un atout positif d’apprendre parallèlement plusieurs langues pour autant qu’on s’y prenne très tôt”.

UN RESEAU D’INFOS UTILES

Le plan Marnix ne s’arrêtera pas en si bon chemin : “Grâce à notre site forcément trilingue, nous voulons aussi transmettre au public un maximum d’informations sur toute initiative linguistique intéressante, des tables de conversation aux initiations plus personnalisées proposées aux enfants. En cela nous voulons lancer un réseau auquel les intéressés pourront faire appel…”

Ce 28 septembre, pour lancer le plan depuis la très symbolique salle Zinneke(NdlR : par référence à la dénomination des chiens bâtards bruxellois aux sangs mêlés bien robustes…), Philippe Van Parijs a aussi prévu un panel politique avec Rudi Vervoort et Guy Vanhengel pour le gouvernement bruxellois mais aussi les ministres de l’Enseignement, Pascal Smet et Marie-Martine Schyns.

“Du côté flamand, le Parlement a voté un décret le 10 juillet dernier qui rend davantage possible l’immersion mais cela reste quand même limité, même si Pascal Smet va plus loin que Frank Vandenbroucke. Du côté francophone, il y a une certaine prise de conscience au sein du cabinet pour notre approche. On ose penser que Marie-Martine Schyns peut faire bouger les lignes.”

Philippe Van Parijs semble aussi optimiste du côté des autorités bruxelloises : “Rudy Vervoort nous semblait déjà très acquis mais il va même plus loin en disant qu’il veut se battre pour des écoles bilingues. Je constate qu’on n’a pas accueilli son idée négativement…”

Du côté de la société civile, tant le monde patronal que syndical y sont eux aussi acquis que ce soient Olivier Willocx ou Jean-Claude Daoust pour le premier ou encore Myriam Gérard et Philippe Van Muylders pour le second. Les universitaires sont aussi enthousiastes : des militants flamands de l’immersion comme Piet Van De Craen de la VUB au doyen de philo et lettres de l’UCL, Philippe Hiligsmann, en passant par bien d’autres professeurs, ils soulignent les avantages cognitifs de l’apprentissage des langues dès le plus jeune âge…



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

UN UTOPISTE REALISTE


Si Philippe van Parijs a le physique, le  look et la dégaine de Don Quichotte, ce n'est sans doute pas fortuit.  Quant à Christian Laporte, il rappelle irrésistiblement son complice Sancho Pansa ou si vous préférez Lamme Goezdzak, le compagnon de route de Thyl Ulenspiegel

 




Bref les deux hommes sont comme cul et chemise, twee handen op een buik, six of one and half a dozen of the other.

Certes, ils ont raison, "Bruxelles sera multilingue ou ne sera pas" et c'est pareil pour l'Europe! Nous disons, ici sur DiverCity, que Bruxelles , comme l'Europe seront interculturelles ou ne seront pas, ce qui est une manière de dire la même chose. Mais comme le suggère Marguerite Yourcenar, "c'est avoir tort que d'avoir raison trop tôt" et c'est un polyglotte qui vous le dit.  

Certes, les enfants des francophones le plus éclairés bénéficient aujourd'hui des avantages des immersions, comme autrefois les enfants de la haute bourgeoisie éclairée étaient affublés de gouvernantes anglaises ou allemandes.

Mais ne nous leurrons pas, les classes d'immersion, c'est comme les canots de sauvetage du Titanic: il n'y en a pas pour tout le monde.  

Au global, c'est le contraire qui est vrai car la masse des Bruxellois issus de l'immigration maîtrise aussi mal sa langue maternelle que la langue de l'école. Il faut s'appeler Pascal Smet, cet autre utopiste permanent pour imaginer rendre les petits bruxellois trilingues en un tournemain. Laurette Onkelinx voulait rendre tous les jeunes francophones bilingues pour 2005 et c'est à peine si elle-même arrive à aligner quelques phrases en néerlandais, huit ans plus tard.

le plan Marnix pour un Bruxelles multilingue vise en fait à promouvoir l’apprentissage précoce et cohérent de plusieurs langues au sein de l’ensemble de la population bruxelloise. Il privilégie le français, le néerlandais et l’anglais, tout en encourageant la transmission de toutes les langues maternelles”.

Il faut savoir que pour éviter que l'immersion précoce ne soit un désastre, il est impératif de maitriser parfaitement la langue maternelle or le drame c'est que beaucoup de mères ont une connaissance limitée de leur langue.

Et c'est là que gît le lièvre.

Pour promouvoir le multilinguisme, il est impératif de bien fixer les bases de la langue parlée dans les foyers. Or l'école a le plus grand mépris pour la langue que parlent les enfants chez eux.  

Les surdoués ont un défaut incorrigible: ils pensent que tout le monde est supérieurement intelligent. Mais ne gâchons pas notre plaisir.

Nous irons écouter et encourager Van Parijsomen est nomen, à la salle Zinnekele 28 septembre.

MG

 

 

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