lundi 2 septembre 2013

Guy Haarscher: "Les partis jouent un jeu dangereux"


ENTRETIEN VINCENT ROCOUR La Libre Belgique



Pour cette rentrée, nous avons rencontré quatre grands témoins sur le thème du changement, de ce qui devrait évoluer dans notre pays. Nous leur avons posé à chacun 5 questions sur l’avenir de la Belgique. Après Peter de Caluwé, c'est Guy Haarscher qui y répond. 


LA BELGIQUE, CE N’EST PAS SEULEMENT UNE QUESTION COMMUNAUTAIRE… 

Ce qui doit changer, ce n’est pas seulement le rapport à la Flandre, c’est aussi le rapport avec les immigrés. Ces derniers doivent avoir les mêmes droits que tout le monde, ils doivent ne plus subir de discriminations ou d’attitudes racistes. Mais ils doivent aussi comprendre que nos acquis n’ont pu être obtenus que parce que la religion a pris une forme "discrète" et qu’elle a cessé de poser des revendications ostensibles dans la sphère politique. 


CELA NE SE POSE PAS QUE POUR LES MUSULMANS… 

Non bien sûr. Il y a les baptistes, les pentecôtistes, les juifs orthodoxes, les évangéliques aux USA. Il faut se méfier de manière générale du retour du religieux dans l’espace politique. 


IL Y A UN DANGER ? 

Evidemment qu’il y a un danger. Et ce qui s’est passé dans les pays qui ont connu le printemps arabe, la Tunisie, l’Egypte, etc., confirme cela. Ou bien on est représentant du peuple ou bien on est représentant de Dieu. On ne peut pas être les deux à la fois. Il faut en tout cas être vigilant vis-à-vis de revendications qui ne sont pas toujours intégristes, mais quand même souvent conservatrices sur le plan des mœurs, donc régressives. Or il y a beaucoup de gens en faveur des accommodements. Cela irait dans certaines écoles jusqu’à des compromis avec des parents qui ne voudraient pas qu’on enseigne les théories de l’évolution. Ce sont des éléments préoccupants. Politiquement aussi, c’est préoccupant. 


POLITIQUEMENT ? 

Je constate que les partis prennent des personnes sur leurs listes, qui font des voix au sein de leur communauté, mais qui ne partagent pas les idéaux qu’ils défendent par ailleurs. Peut-être pas le MR parce que ce n’est pas son électorat. Mais les écolos, les socialistes et le CDH jouent un jeu dangereux. Je trouve qu’ils devraient faire un gentleman agreement pour éviter la surenchère électorale et éviter de prendre des démagogues sur leurs listes. 


CERTAINS ACCOMMODEMENTS PARAISSENT PLUS RAISONNABLES QUE D’AUTRES.  ON PEUT ETRE D’ACCORD AVEC LE PORT DU FOULARD DANS LES ECOLES TOUT EN ETANT D’ACCORD AVEC LA SEPARATION ENTRE LE POLITIQUE ET LE RELIGIEUX… 

Bien sûr. Pour moi, dans un monde pacifié, les gens s’habillent comme ils veulent. C’est d’ailleurs comme cela que la question a été abordée au départ. Historiquement, la question du foulard est arrivée en 1989 en France et en Belgique. En Belgique, on a laissé les écoles choisir en fonction de leur programme. En France, le Conseil d’Etat a jugé que le port du foulard n’était pas contraire en tant que tel à la laïcité. Mais dans les deux cas, cela n’a pas marché. En France, les directions d’école ont demandé pour qu’on légifère parce qu’elles n’arrivaient plus à gérer la situation. Et en Belgique, 95 % des écoles l’interdisent désormais. Ce ne sont quand même pas tous des bigots ou des racistes. Les établissements ont été confrontés à un véritable problème de revendications religieuses. La revendication seule du foulard, ce n’est pas inquiétant. Si on pouvait accepter le foulard sans les pressions intégristes, je n’aurais rien contre. Au contraire. Dans un monde idéal, je le répète, on devrait laisser les gens s’habiller comme ils veulent. Mais si on l’intègre dans le mouvement de réislamisation à l’œuvre dans le monde, on peut se dire que c’est beaucoup plus grave. Car le foulard est une revendication forte des islamistes.


SI LE FOULARD EST INTERDIT DANS 95 % DES ECOLES, FAUT-IL ENCORE UNE LOI D’INTERDICTION ? CELA PARAITRAIT TRES SYMBOLIQUE. 

Je n’en suis pas sûr. Il y a un choix à faire. Et aucun choix n’est facile. Car c’est un pari sur le futur. Au départ, on disait que si on autorisait le foulard, on permettrait une meilleure intégration de ces jeunes filles qui se sentiraient ainsi mieux intégrées. Mais l’argument inverse me paraît tout aussi valable : le foulard marque une différence chez les jeunes musulmanes, qui ne pourront dès lors pas s’intégrer aussi facilement. Si les pressions intégristes étaient minimales, nous n’aurions pas le même type de débat. De façon globale, je pense que le fait d’accepter les accommodements en matière religieuse est une mauvaise chose. 


AU CANADA, ILS ONT ETE TRES LOIN AVEC LE CONCEPT DES ACCOMMODEMENTS RAISONNABLES. QUEL BILAN EN TIRER ?

Ils ont été très loin, mais récemment il y a eu une forte réaction du public. C’est comme cette histoire de Luc Trullemans. Il a été légitimement très critiqué par les élites. Mais il est populaire. Nous ne sommes plus dans des sociétés mono-culturelles. C’est pour cela que je suis méfiant à l’égard de sociétés qui voudraient se reconstituer sur une base nationaliste. Nous sommes dans des sociétés multiculturelles. Mais pour moi, cela implique un certain nombre de valeurs communes qui sont celles des droits de l’homme, de la neutralité de l’Etat, de la liberté religieuse, de l’égalité des citoyens. C’est bien pour cela que je suis inquiet de voir les partis se livrer à une concurrence féroce pour capter sur leurs listes des personnes de différentes communautés qui ramènent des voix mais se fichent parfois pas mal d’être en accord avec les idéaux du parti. 


NE VAUT-IL MIEUX PAS QUE CES PERSONNES SE RETROUVENT SUR DES LISTES TRADITIONNELLES PLUTOT QU’ELLES CREENT LEUR PROPRE LISTE ?

Non. Ces gens vont peut-être effectivement créer leur propre liste, et les autres partis devront alors se battre pour récupérer leurs électeurs. Mais au moins, ce sera plus clairCela me choque moins que ces gens fondent la liste Islam que de les voir sur une liste du PS, du CDH ou d’Ecolo. Il y a assez de gens de grande qualité acquis aux idéaux démocratiques dans ces communautés.



COMENTAIRE DE DIVERCITY

"EVIDEMMENT QU’IL Y A UN DANGER."

NON AU HALLAL POUR TOUS;


"Il faut se méfier de manière générale du retour du religieux dans l’espace politique. "

 On touche ici le nerf. Nous assistons, c'est de plus en plus évident, à une tentative d'islamisation globale de la modernité qui participe bien évidemment de la mouvance islamiste mondiale laquelle veut  imposer à tous l'orthopraxie musulmane et la sharia.

Qu'ils sachent qu'on n'en veut pas, même et surtout si on est très ouvert à l'autre et à l'exotisme et à la mixité culturelle qui font de Bruxelles un passionnant microcosme cosmopolite. Le couscous pourquoi pas, le thé menthe, si j'en ai envie, sinon mon kawa ou mon jambon-beurre et pinard; le foulard pas de problème sauf s'il devient un vêtement de combat, un signe de reconnaissance et de rejet de l'autre; les accommodements avec la plus grande prudence et carrément non quand  ils se transforment en droits acquis en norme déraisonnable comme cette tendance hallal pour tous dans nos cantines scolaires.

La balle est donc dans le camp des musulmans progressistes, modérés, européanisés mais tellement discrets qu'on a du mal à les rencontrer. A eux de ramener la majorité de leurs coreligionnaires à la raison et d'éviter qu'ils ne choisissent le camp islamiste et leurcolégionnaires, c'est-à-dire le camp des salafistes, le camp de Sharia 4 Europe.

Soyons clairs, cela nous ne le voulons en aucune façon et c'est pour cette raison que le clientélisme communautariste des partis de gauche fait peur. Il est à noyeux non seulement une aberration, mais une trahison fondamentale de nos valeurs pluralistes et démocratiques.

Il faut le dire et l'écrire bien haut. Ils faut que tous les démocrates l'entendent, surtout les adeptes de la pensée unique et du politiquement correct.  

La balle est donc dans le camp des présidents du PS, du CDH et des Verts pour qu'ils renoncent à privilégier sur leurs listes racoleuses des faiseurs de voix douteux, c'est-à-dire soupçonnés d'accointance avec le courant islamiste. Comme Haarscher, "Je suis méfiant à l’égard de sociétés qui voudraient se reconstituer sur une base nationaliste. Nous sommes dans des sociétés multiculturelles. Mais pour moi, cela implique un certain nombre de valeurs communes qui sont celles des droits de l’homme, de la neutralité de l’Etat, de la liberté religieuse, de l’égalité des citoyens."

Ceci, DiverCity le dit puis longtemps.

Vox clamans in deserto.


MG

 

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