dimanche 29 septembre 2013

Isabelle Durant sert sa volée de bois vert


JONAS LEGGE La libre Belgique


"Un parlementaire européen a beaucoup plus de pouvoir qu'un ministre... Par contre, c'est comme s'il entrait en période de chasteté médiatique dès qu'il arrive au niveau européen."

La vice-présidente du Parlement européen n'est pas tendre à l'égard d'AngelaMerkel, qui "transpire presque l'austérité". La députée européenne Ecolo avance aussi des pistes pour contrer l'euroscepticisme et les nationalismes. Elle évoque également les élections à venir en Belgique, et en profite pour éreinter le MR ainsi que Sabine Laruelle. 

CONSIDEREZ-VOUS LA LARGE VICTOIRE D’ANGELA MERKEL EN ALLEMAGNE COMME UNE BONNE CHOSE POUR L’EUROPE ?

L'utilisation de sa puissance me pose problème, tout comme la manière dont elle agit sur le plan européen. Elle ne partage pas de vision pour l'Europe. Elle se demande plutôt ce qui est bon pour les Allemands. Elle a, comme religion, une logique intergouvernementale : pour elle, les interlocuteurs, ce sont les chefs d'Etat. D'ailleurs, c'est elle qui a fait Van Rompuy, qui l'a adoubé. Il lui doit donc un certain retour. Ce n'est pas comme ça qu'on construit l'Europe, par simples discussions entre chefs d'Etat pour savoir ce qui arrange les uns les autres... On l'a vu sur le budget, qui est l'addition des attentes nationales ! 

PUISQUE MERKEL VA EFFECTUER SON TROISIEME ET DERNIER MANDAT, PEUT-ON IMAGINER QU'ELLE FLECHISSE SUR CERTAINES POSITIONS ?  

Nous, les Européens, devons essayer d'infléchir son attitude pour la mener à davantage de coopération, de mutualisation. Pour cela, il faut sortir de cette logique qui veut qu'on "européanise" les échecs et qu'on "nationalise" les succès. Les élections européennes seront l'occasion de lancer un vrai débat pour avoir, la prochaine fois, un président de la Commission qui joue réellement un rôle d'avant-garde. Et non un rôle de secrétariat du Conseil, au service des chefs d'Etat, comme le fait M. Barroso. Il n'y a pas de meilleure manière de tuer le projet européen, de faire détester l'Europe !

LA QUASI MAJORITE ABSOLUE DE LA CHANCELIERE ALLEMANDE NE LA FORCE-T-ELLE PAS PLUTOT A POURSUIVRE LA POLITIQUE QU’ELLE MENE EN EUROPE ?  

C'est clair, ça va lui donner des ailes. Mais je suis certaine que ce n'est pas son attitude européenne qui lui a accordé un tel crédit. C'est plutôt sa personne : son honnêteté, sa simplicité, son austérité, ce côté "Je gère le pays en bonne mère de famille". L'Allemagne pèse tellement au niveau international que je ne pense pas que le fait que ce soit son dernier mandat va changer quoi que ce soit... Il existe pourtant une série de choses à mettre en oeuvre : les "eurobonds", la mutualisation de nos dettes, l'union bancaire, la gouvernance économique, l'énergie, les questions climatiques, fiscales... 


L’ALLEMAGNE EST-ELLE UN EXEMPLE DE GESTION A SUIVRE POUR LES AUTRES PAYS EUROPEENS ?

Les chiffres de l'économie sont incontestables. Mais les chiffres sociaux, eux, sont contestables : pas de salaire minimum, travail précaire, austérité,... Je ne voudrais pas que le modèle allemand s'impose. Il n'est pas transposable partout. La manière dont Mme Merkel transpire presque l'austérité amène des dégâts en Allemagne et en Europe. Son attitude humiliante, notamment à l'égard de la Grèce, a fait que même des réformateurs grecs ne croient plus aux réformes dans leur pays. C'est gravissime... 

LA PLUPART DES ETATS TIENNENT OFFICIELLEMENT DES DISCOURS PRO-EUROPEENS MAIS CHACUN DEFEND, BEC ET ONGLES, SES INTERETS NATIONAUX. OU EST LA LOGIQUE ?

Attendez, en Belgique, on dit toujours qu'il existe un grand consensus sur l'Europe. Je me demande bien où il se trouve, ce consensus ! C'est plutôt "Je prends l'Europe comme ça m'arrange, à des fins nationales". Aux Parlements wallon ou bruxellois, on n'a jamais prononcé le mot "Europe" sauf pour dire des choses négatives. Le projet européen est en grand danger... en crise existentielle même. Le rapport de l'Allemagne à l'Europe est un peu celui de la Flandre à la Belgique : "Je veux bien un certain nombre de choses ensemble, mais je ne veux pas payer pour les fainéants,..." 

VU CET EUROSCEPTICISME, NE CRAIGNEZ-VOUS PAS UN SUCCES DES FORMATIONS NATIONALISTES LORS DES ELECTIONS EUROPEENNES ? 

Je ne le crains pas mais j'ai envie de l'infléchir. Il faut écouter les gens qui ont une vraie vision sur l'Europe ; leur colère est grande. Il faut aussi avoir une vision sur ce qu'on veut pour la jeune génération. Avoir une jeunesse sacrifiée en Grèce et en Espagne constitue une bombe à retardement. On doit également tracer cette vision avec les citoyens. Beaucoup de groupes citoyens s'organisent, comme pour cette fameuse initiative "Right Water". 

DANS VOTRE LIVRE "HYMNE POUR UNE EUROPE INSOUMISE, VOUS PLAIDEZ POUR CES MOBILISATIONS. POURTANT, UN NOUVEAU RAPPORT STIPULE QUE LA PARTICIPATION CITOYENNE EST EN BAISSE DANS L’UNION. VOTRE PROJET N’EST-IL PAS VAIN ?

Je ne suis pas pessimiste par rapport à cela. Il y a un dynamisme incroyable dont on ne parle pas. Ceux dont on parle, ce sont les grandes figures ou les râleurs. Mais une grande participation part du terrain et se construit, y compris sur les réseaux sociaux. La jeune génération est ouverte pour ces échanges, ce partage qu'offre l'Europe. C'est avec cette Europe-là qu'on doit travailler, et non avec la génération du passé, qui se sent parfois punie de venir au Parlement européen. 

JUSTEMENT, COMMENT EXPLIQUEZ-VOUS QUE LE POSTE DE DEPUTE EUROPEEN SOIT SI PEU CONVOITE PAR LES POLITICIENS D'ENVERGURE ? RACHIDA DATI A CARREMENT PESTE D'ETRE "ENVOYEE A L'EUROPE"... 

Là, c'est vraiment le contre-exemple (rires). Mais c'est incroyable qu'on offre le poste de député comme lot de consolation ou de retraite dorée. Un parlementaire européen a beaucoup plus de pouvoir qu'un ministre... Par contre, c'est comme s'il entrait en période de chasteté médiatique dès qu'il arrive au niveau européen. On me dit encore parfois "Vous êtes partie à l'Europe maintenant".

Craignez-Vous Qu’ecolo Soit Rejeté De Toutes Les Majorités En 2014 ?

Non, ce n'est écrit nulle part. 

C'EST TOUT DE MEME DE PLUS EN PLUS SOUVENT EVOQUE, MEME PAR LES POLITICIENS... 

Curieusement, ceux qui l'évoquent, ce sont ceux qui voudraient prendre notre place. C'est drôle hein... (rires) Donc c'est absolument normal que le MR dise "Basta Ecolo, on veut y aller". C'est un film dont on connait déjà les dialogues de début, de milieu et de fin. Nous, nous serons ouverts à travailler à ce qui nous tient à coeur : la transition écologique et économique sur la durée, le logement,... 

LA SEMAINE PASSEE, WILLY BORSUS NOUS DISAIT "LES ECOLOS SONT DE GRANDS DOCTRINAIRES, MAIS DE BIEN PIETRES GESTIONNAIRES"

Tiens donc... On peut aussi aller voir comment les ministres MR gèrent au fédéral. Regardez la manière dont Sabine Laruelle arrive pieds et poings liés au Conseil de l'agriculture parce qu'elle n'a pas d'accord avec le Boerenbond (NdlR: l'organisation agricole flamande) et qu'elle n'a même pas de voix au Conseil des ministres de l'agriculture. C'est quand même lamentable ! Je peux vous donner des exemples à la pelle... En plus, il n'y a pas de doctrine Ecolo. Par contre, je sens qu'au MR il  a une vraie doctrine libérale. Les politiques qui, alors que tout va mal, poussent les gens dans une plus grande précarité en insistant sur la dégressivité des allocations de chômage, vous trouvez que c'est une bonne idée ça ?  

 

Entretien : Jonas Legge

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

ISABELLE L'EUROPEENNE


Nous nous étonnions l'autre jour du nombre réduit de politiciens et politiciennes engagés dans le combat pro-européen. En voici une, sortie casquée et cuirassée de la cuisse de Jupiter. Rendons hommage à son volontarisme et sa détermination face à la rigidité de Angela Merkel. "Le rapport de l'Allemagne à l'Europe est un peu celui de la Flandre à la Belgique : "Je veux bien un certain nombre de choses ensemble, mais je ne veux pas payer pour les fainéants,..." 

Pas vraiment aimable pour les Wallons.

Elle nous apprend, oh surprise qu"un parlementaire européen a beaucoup plus de pouvoir qu'un ministre."

Et voilà qu'Isabelle rêve tout haut: "La jeune génération est ouverte pour les échanges, le partage qu'offre l'Europe. C'est avec cette Europe-là qu'on doit travailler, et non avec la génération du passé, qui se sent parfois punie de venir au Parlement européen." 

"Il faut écouter les gens qui ont une vraie vision sur l'Europe ; leur colère est grande. Il faut aussi avoir une vision sur ce qu'on veut pour la jeune génération."C'est assurément un peu pompier et manque d'argumentation de fond mais pas de quoi susciter une volée de bois vert de la part des forumeurs.

Cette interview a suscité en effet 64 commentaires, tous défavorables à la dame de Schaerbeek qui, on s'en souviendra, barra la route de Laurette au maïorat. C'est dire, une fois de plus, l'abysse qui sépare les rédacteurs progressistes de la Libre de leur lectorat franchement réactionnaire si on en juge par les commentaires des internautes.

MG

 

 

 

 

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