mercredi 25 septembre 2013

L'athéisme belge tient ses premiers états généraux


CHRISTIAN LAPORTE 

 


Les athées entendent aussi se positionner sur la scène publique belge.

Créée l’an dernier, l’Association belge des athées veut se faire entendre dans le débat public et faire respecter sa vision du monde. Cela l’amène à organiser du 4 au 6 octobre prochains les états généraux de l’athéisme au théâtre Varia à Ixelles. Ses organisateurs ont expliqué le sens de leur démarche en primeur à “La Libre”.

Patrice Dartevelle, le secrétaire de l’ABA va directement à l’essentiel : “il ne faut pas se tromper. C’est vrai que nous ne sommes pas favorables aux gens religieux mais pas pour autant non plus des suiveurs de Catherine Fourest pour qui le danger vient de l’intégrisme majoritaire qui serait selon elle catholique… Il faut se recentrer sur la laïcité philosophique”. C’est en analysant la dernière grande enquête décennale sur les valeurs en Europe qu’avec d’autres Dartevelle a estimé que c’était le bon moment pour amener les athées à s’affirmer : “la moitie des Belges se dit catholique pour 10 % d’athées mais… un tiers des personnes interrogées disent ne plus être religieux. Il en ressort que l’athéisme doit devenir plus visible et aller à contre-courant des idées de Frédéric Lenoir qui affirme que toutes les idées se valent sauf les fondamentalistes chrétiens et… les athées dogmatiques”. Le Pr Serge Deruette (UMons) enchaîne : “Dans le contexte actuel, Dieu est de plus en plus une auberge espagnole avec une spiritualité passe-partout. C’est le moment d’intervenir dans le débat”.

Sans devenir une… religion laïque ? “Ah oui” renchérit Jean-François Jacobs, issu du monde culturel. “Si nous nous structurons ce n’est pas pour devenir une nouvelle religion… On n’a pas de dogmes, on ne va pas juger les bons et les mauvais athées, nous sommes uniquement dans la réfutation…” Comme le souligne Serge Deruette “notre combat vise la défense et l’illustration de l’athéisme”

Plutôt que d’organiser un énième colloque pour vieux militants laïques, l’ABA qui a constaté un intérêt croissant des plus jeunes entend les cibler à partir du milieu associatif. Avec donc deux spectacles autour du curé et athée révolutionnaire Meslier – lire ci-contre – mais aussi une focalisation sur l’athéisme et les sciences, l’athéisme et l’idéologie, l’ULB et l’athéisme d’aujourd’hui et une table ronde avec des témoignages d’ athées convaincus dont Noël Rixhon, un ancien prêtre qui vient de sortir “Conscience athée” chezMémogrammes.

Même si tout cela semble encore très “intello”, le but est d’élargir le public susceptible de s’investir dans une réflexion sans préjugés. Sans agressivité aussi : “nous voulons montrer que l’athéisme est aussi porté par des valeurs; Nous ne condamnons pas ceux qui croient sincèrement mais l’athéisme mérite aussi le respect. Et ça sans nulle volonté prosélyte. Bref, si nous combattons les religions, nous respectons les croyants s’ils jouent aussi le jeu démocratique. Si la laïcité se bat pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat, nous voulons la séparation des religions et des consciences”.

L’Association belge des athées multipliera donc les activités destinées à un large public. Elle est sur Facebook avec un millier d’adhérents qui s’investissent dans des débats roboratifs et animés. Dans la même optique, elle organisera encore un face-à-face fin novembre sur l’athéisme et l’agnosticisme entre les professeurs Jean Bricmont (UCL) et Baudouin Decharneux (ULB). Pour l’heure, l’ABA se concentre sur la Wallonie et Bruxelles mais suit avec intérêt ce qui se fait en Flandre à partir d’une commission de l’Humanistisch Verbond. Et bien entendu à un échelon plus international, son président Johannes Robyn étant aussi le numéro un de l’Union des athées dont le siège est à Paris…

 

COMMENTAIRES DE DIVERCITY

LE XXIème SIECLE SERA...

La présence de plus en plus visible et de plus en plus insistante, voire envahissante de l'islam-surtout de l'islamisme- en Europe enfin sécularisée, a fait ressurgir le spectre des religions qui la hantait depuis la nuit des temps.

Dans le Monde des Religions n°13 Frédéric Lenoir revient très opportunément sur la célèbre phrase attribuée à André Malraux : « Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas. » La formule fit mouche. Ressassée par tous les medias depuis une vingtaine d'années, elle est parfois retranscrite en un « le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas »Pour Lenoir, Malraux n'a jamais prononcé cette sentence ! Aucune trace de la formule ni dans ses livres, ni dans ses notes manuscrites, ni dans ses discours ou dans ses interviews. Mieux encore, l'intéressé lui-même n'aurait cessé de démentir cette citation lorsqu'on commença a lui en attribuer la paternité au milieu des années cinquante. Et Lenoir d'ajouter "Toutefois,  répondant à une question envoyée par le journal danois Dagliga Nyhiter portant sur le fondement religieux de la morale, Malraux conclut ainsi sa réponse : « Depuis cinquante ans la psychologie réintègre les démons dans l'homme. Tel est le bilan sérieux de la psychanalyse. Je pense que la tâche du prochain siècle, en face de la plus terrible menace qu'ait connu l'humanité, va être d'y réintroduire les dieux. » et Malraux de préciser « Le problème capital de la fin du siècle sera le problème religieux - sous une forme aussi différente de celle que nous connaissons, que le christianisme le fut des religions antiques. » 


C'est à partir de ces deux citations que s'est construite - sans qu'on sache par qui - la fameuse formule. Or celle-ci prête fortement à équivoque. Car le « retour du religieux » auquel nous assistons, notamment sous sa forme identitaire et fondamentaliste, est aux antipodes du religieux auquel l'ancien ministre de la Culture du général de Gaulle fait allusion. La deuxième citation est, à cet égard, on ne peut plus explicite : Malraux annonce l'avènement d'une problématique religieuse radicalement différente de celles du passé. Dans de nombreux autres textes et entretiens il en appelle, à la manière du « supplément d'âme » de Bergson, à un événement spirituel majeur pour sortir l'homme de l'abîme dans lequel il s'est plongé au cours du XXe siècle . Agnostique, Malraux n'excluait pas un renouveau des religions traditionnelles. Il "croyait", toujours selon Lenoir les religions aussi mortelles que l'étaient les civilisations pour Valéry. Mais elles répondaient pour lui à une fonction positive fondamentale, qui continuera à fonctionner : celle de créer des dieux qui sont« les torches une à une allumées par l'homme pour éclairer la voie qui l'arrache à la bête ». Lorsque Malraux affirme que « la tâche du xxie siècle sera de réintroduire les dieux dans l'homme », il en appelle ainsi, et toujours selon Lenoir, à un nouveau sursaut de religiosité, mais qui viendra du plus profond de l'esprit humain et qui ira dans le sens d'une intégration consciente du divin dans la psyché - à l'image des démons de la psychanalyse - et non d'une projection du divin vers une extériorité, comme cela était souvent le cas des religions traditionnelles. Autrement dit,conclut Lenoir, Malraux attendait l'avènement d'une nouvelle spiritualité aux couleurs de l'homme, spiritualité qui est peut-être en germe, mais qui est encore bien étouffée en ce début de siècle par la fureur du choc des identités religieuses traditionnelles.

Autrement dit, puisque la psychanalyse a réintroduit les démons (autrefois considérérés comme des entités extérieures) dans l'homme, celui-ci aurait l'opportunité de réintégrer les dieux en soi. Ce à quoi renoncera l'athée en toute liberté.



De façon plus terre à terre et selon un internaute cartésien: tout le monde a un dieu. Pour certains c'est l'argent, d'autres leur parti politique, d'autres encore l'une ou l'autre starlette, pire, certains sont leur propre dieu.
Il est aussitôt pris à parti par un autre forumeurSi on ne veut considérer que le réel, c'est-à-dire le perceptible, il est évident que Dieu n'existe pas. Il ne fait pas partie de ce réel, la religion juive le disait déjà.  Nier toute valeur au métaphysique, c'est dogmatique, que ça plaise ou non.  La grande question, selon lui, c'est comment relier un Dieu métaphysique à l'humanité, qui est réelle. L'humanité attend l'intervention d'un Dieu métaphysique dans sa vie réelle, voilà le problème.

Une fois de plus il y a un abysse entre l'article modéré signé Christian Laporte, qui toujours a le chic de soulever les bons lièvres, et le tir nourri des internautes dont les décharges de chevrotine partent dans tous les azimuts. La preuve: "Quant à l'athéisme qui prône de s'en tenir au réel, prenons-le au mot et voyons s'il apporte le bonheur et s'il survit. Dans l'histoire récente, il a failli à cette mission, Et la catastrophe soviétique et maoïste furent de taille."
Un autre: "ll semble que l'athéisme n'a de valeur que dans le domaine des idées en mettant fin à certaines illusions. Dans le réel, il ne mène à rien de bon, pas même à la fin de toute illusion car lui-même en est imbibé et il l'a démontré."

Et un autre encore: Mais contrairement à une idée largement reçue, l'athéisme n'est pas forcément l'ennemi commun de toute religion

Les athées que j'ai connus commente un ème internaute, étaient tout aussi dogmatiques et étroits d'esprit que n'importe quel fondamentaliste monothéiste, parfois pires, et souvent assez paranoïaques. Et ils avaient tendance à montrer aussi peu de tolérance vis-à-vis des croyants. Cela semble s'appliquer aussi à ceux qui font profession d'athéisme sur la scène publique. Mais la majorité des soi-disant athées sont en réalité des agnostiques incapables de décider s'il y a un dieu ou non. Ce qui est singulier, en Belgique, c'est le confusion de l'athéisme avec la laïcité; il est parfaitement possible d'être laïque sans être athée, mais apparemment pas dans ce pays." Voilà qui mérite un arrêt sur image et peut induire la réflexion qui suit: "Méfions-nous  des mouvements athées qui veulent imposer leur façon de penser à autrui, comme firent les monothéistes par le passé."

L'athéisme serait-il une croyance qui nierait en être une? On est en droit de se poser la question  en étant enclin d'y répondre affirmativement.

Pas du tout! riposte un internaute en colère: "L'athée n'est pas celui qui croit en l'inexistence de dieu, simplement l'athée ne croit pas. En cela très peu sont réellement athées. Athée est celui qui refuse de fonder la moindre opinion sur une "intime conviction", celui qui se réclame des faits, de la raison, logique tout en gardant constamment à l'esprit la nature temporaire et relative de l'état de ses connaissance. C'est la raison pour laquelle la science- forcément athée- ne cherche pas à décrire la réalité, mais uniquement ce qui est observable.

Etre athée, est une affaire purement individuelle qui n'exclut nullement la possibilité de se montrer  altruiste..".

Le lecteur voyeur ira lire sur le site de La Libre les réactions rédigées d'une plume trempée dans l'eau bénite de cour que cet article a suscitées parmi les abonnés au forum de la libre.

C'est dire qu'on ne peut plus se passer de lire en complément de l'article signé par un journaliste de métier, marchant sur les oeufs du politiquement correct, les commentaires et les frustrations qu'ils expriment en toute liberté et où chacun se lâche souvent de la manière la plus débridée. Nous y voyons une redoutable perversion de la liberté d'expression, perversion qui est de nature à générer au coeur-même de la démocratie, des idées anti-démocratiques.

MG

 

 



 

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