jeudi 19 septembre 2013

"Majesté": le poids des mots

La Libre

UNE OPINION DE MARC UYTTENDAELE 



Lorsque quiconque s’adresse à la reine Mathilde, il lui est conseillé d’user du terme "Majesté" : occasion ratée pour la famille royale de revêtir les oripeaux de la simplicité.

La Belgique a un nouveau roi… Elle a aussi une nouvelle reine. Terme impropre sur le plan du droit constitutionnel. Depuis l’abolition de la loi salique, les hommes et les femmes ont une égale vocation au trône et seul le titulaire de la fonction peut porter le titre de roi ou de reine. Si rien ne change, le futur chef de l’Etat, la première, dans l’ordre de dévolution, sera la reine Elisabeth, et il y a fort à parier que son mari ne portera pas le titre de roi. Il y a donc une forme de phallocratie paradoxale d’admettre que la femme du roi est une reine, alors que le mari de la reine n’est pas un roi. 

La tradition, cependant, est plus forte que le droit et, depuis 1831, la femme du roi est appelée reine, même si elle n’en a pas juridiquement le titre. Un changement de règne est toujours l’occasion de moderniser une fonction. Il en allait d’autant plus ainsi, le 21 juillet dernier, tant le passage de témoin s’est fait dans la sérénité et l’émotion maîtrisée.

On sait qu’à la mort de Baudouin Ier, l’émotivité ambiante a impliqué, dans le chef des responsables politiques, un grave déficit de lucidité. Ceci s’est traduit par la dotation exorbitante consentie à l’épouse du roi défunt, laquelle a démontré tout récemment son manque de reconnaissance à l’égard de la collectivité nationale. Cette fois, les autorités publiques ne sont plus tombées dans le même piège. Les règles relatives aux dotations ont été assainies, même si d’aucuns considèrent qu’un effort plus important aurait pu être accompli.

La famille royale, elle-même, pouvait profiter de cette occasion pour moderniser son image. Ainsi, par exemple, eut-il été raisonnable, dans le chef de l’épouse du roi, de renoncer à porter le titre de reine. En ce faisant, elle aurait protégé sa propre fille d’un télescopage terminologique annoncé.

Lorsque le roi Philippe s’effacera, il y aura au moins deux reines en Belgique… L’une qui règne, mais ne gouverne pas. L’autre qui ne règne, ni ne gouverne. L’épouse du roi aurait raisonnablement pu conserver le titre de princesse, à l’instar du prince Philip, prince consort d’Angleterre ou de la princesse LallaSalma, épouse de Mohammed VI du Maroc.

 

APPELEZ-LA "MAJESTE"

Tel n’est pas l’option tenue par le Palais. Mieux, il a été indiqué que lorsque quiconque s’adresse à la reine Mathilde, il lui est conseillé d’user du terme "Majesté", et ce, afin de ne pas l’appeler Madame, comme c’est déjà le cas pour les épouses des deux précédents rois. Il s’agirait là d’éviter toute confusion avec ses deux illustres prédécesseurs.

L’argument ne convainc évidemment pas. Il y a, en Belgique, plus de 5 500 000 personnes de sexe féminin à qui l’on s’adresse ou l’on s’adressera en les appelant Madame. Ni Fabiola ni Paola n’ont, semble-t-il, souffert de pareille assimilation. Quant au terme "Majesté", il est source de confusion et d’ambiguïté. Il peut être défini comme "le titre que l’on donne aux souverains héréditaires" (Larousse). Or, précisément, dépourvue de statut constitutionnel, l’épouse du roi n’est en rien un souverain, la Belgique ne connaissant qu’une souveraineté, la souveraineté nationale.

Le terme est également défini par le centre national de ressources textuelles et lexicales comme "le caractère de grandeur qui impose le respect, la vénération" .Il ne fait guère de doute que l’épouse du roi mérite le respect, mais ni plus ni moins que l’ensemble des citoyens de ce pays que nul ne songerait à appeler "Majesté". Quant à la vénération, elle n’est due, dans une démocratie, à aucune autorité, sous peine de verser dans une irrationalité dangereuse.

Sans doute rétorquera-t-on, à raison, que ce débat n’est pas crucial. Il n’en est pas moins emblématique de la difficulté de la monarchie belge de revêtir les oripeaux de la simplicité. Or, après l’incontestable réussite des cérémonies du 21 juillet, il eut été précieux, pour tous ceux qui défendent le modèle monarchique, que la famille royale pousse plus loin l’avantage et gomme tout ce qui peut la déconnecter d’une société moderne. A cet égard, elle a manqué un rendez-vous, aimantée par une terminologie qui, inévitablement, renvoie à l’Ancien régime.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LA REINE? C'EST LE ROI.




Une amie autrefois journaliste "royalty" m'écrit "pour rire, si toutefois il est possible d'en rire":

"Il me faut faire, me semble-t-il, de menus commentaires sur la dernière ânerie du  Palais.

Mathilde, qui visiblement s'est glissée dans la peau de la grenouille qui veut se faire plus grosse que le bœuf, a exigé d'être désormais appelée "Majesté". 

Raison officielle : vu qu'il y a trois reines, il faut que la petite dernière puisse se démarquer des deux autres. Charmant pour la belle-mère qui en a déjà suffisamment sur le dos depuis la rentrée judiciaire de sa "simili-belle-fille".
 Le nouveau directeur de la "Com", comme ils disent au Palais (qui soit dit en passant n'a rien de nouveau puisqu'il a déjà été chef du service de presse d'Albert au début des années 2000) a tenté de noyer le poisson en déclarant qu'on ne faisait que revenir à la situation antérieure.
Je ne sais pas de quand date cette situation antérieure mais en tout cas, de mon vivant, je ne l'ai jamais connue.
Elisabeth, que j'ai fréquentée de loin, dans mon jeune âge, dans les coulisses du Concours du même nom, se faisait appeler Madame. Au cours des visites d'Etat au cours desquelles Baudouin et Fabiola m'ont fait la grâce de m'accompagner (à moins que ce ne soit l'inverse), je n'ai jamais entendu qui que ce soit lui donner du Majesté. Idem pour Paola.
C'est marrant de constater à quel point le palais a remarquablement pris conscience de la manière de moderniser "sa com" et a posé les gestes judicieux pour simplifier les relations protocolaires tendant à une plus grande ouverture au peuple.
Encore un petit effort et le nombre de républicains va croître de manière exponentielle tandis que les plus convaincus des monarchistes vont s'abîmer de perplexité.
Pour ce qui est de scier la branche sur laquelle elle se trouve, Mathilde n'a plus rien à envier à Laurent."


Je partage totalement cette analyse.

Ce règne a commencé aussi joliment que l'autre s'est terminé.

Ce 21 juillet fut un coup de maître à tous égards, un one shot, si on en juge par la tristesse des joyeuses entrées qui se succèdent et où seule brille la firme Nathan qui commence à sérieusement nous lasser.

Albert a été parfait dans le rôle de poupée ventriloque honteusement instrumentalisée par Dehaene, Verhofstadt et Di Rupo. C'était de bonne guerre, on verra comment s'accommodera Philipe de la prochaine formation gouvernementale en juin , cornaqué par l'encombrant CVP Van Daele. Oui, j'ai écrit CVP en connaissance de cause.

Mais voilà que Mathilde déjà sort de sa réserve et vole la vedette au roi.

Excédé par ses visites au Palais du temps de Baudouin et Fabiola , le truculent André Cools aurait eu ce mot:" La reine? La reine c'est le roi! " Serait-ce à nouveau d'actualité?

J'ai aimé Albert et Paola réunissant autour de la table ronde à Laeken les parents des victimes de Dutroux et autres cinglés, la belle colère royale durant le plus long accouchement gouvernemental de notre histoire. Ses discours étaient ciselés avec soin. Van Yp  savait y faire.

A mon sens, la baronne de Selys a donné le coup de grâce à cet excellent roi, visiblement fatigué, au bénéfice de sa fille désargentée, dépourvue de charme et de talent.

Le plus dur pour lui est à venir!

Les deux interviews sulfureuses de Sibyle de Selys sur RTL furent un grand moment de télévision mais quelle vulgarité. Décidément le play boy ci-devant Prince de Liège manquait de flair dans ses choix de "moitiés".

Pas besoin que Bart se fatigue pour décrédibiliser la monarchie, la famille royale s'en charge allègrement.

Les Léopold furent trois autocrates de caractère, obtus souvent mal inspirés, sauf le premier. Les deux Albert furent plus habiles hommes qu'honnêtes hommes; quant à Baudouin il fut un roi martyr dévotement dévoué à sa moitié proche des franquistes. En somme une famille plus prussienne que latine malgré son attachement à la langue française.

Seule la fantasque Elisabeth fut digne du titre de majesté auquel elle renonça cependant. Mathilde se montre plus arrogante encore que l'insipide Paola. Mais j'oublie Astrid, Marie-Henriette et Louise-Marie dont on parle à peine aujourd'hui.

Quelle tristesse et pourtant quel dévouement à la cause de la Constitution.

Mais ce qui donne espoir, c'est le regard vif de la petite Elisabeth. Elle est parfaite et vraiment "majestueuse" , cette enfant.

MG

 

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