samedi 28 septembre 2013

L’école, force motrice de l’ascenseur social

Le Soir

« Donner à chacun les moyens de développer toute la puissance de son esprit, d’exercer un contrôle efficace sur sa propre vie et sur les affaires publiques » : c’est en ces termes que Jean Jaurès décrivait au début du vingtième siècle la manière dont il percevait l’instruction publique. De tels objectifs continuent aujourd’hui à guider le sens de l’engagement politique en matière d’éducation.

 


Bien sûr, depuis un siècle, l’enseignement assure l’émancipation des élèves. Le niveau moyen d’études et – derrière elles – les connaissances se sont considérablement accrus.

Pourtant, un constat est largement partagé : il subsiste de trop nombreuses injustices. Notre système éducatif se doit d’être plus efficient. L’école a pour devoir d’assurer à tous les jeunes une formation d’excellence et un cadre structurant leur permettant de s’épanouir personnellement et professionnellement. Elle doit également être un réel lieu d’émancipation sociale, de formation à l’esprit critique et de citoyenneté responsable.

Un examen précis des résultats de nos élèves permet d’identifier une difficulté majeure : les carences touchant les savoirs de base. Deux indicateurs soulignent en particulier cette carence : d’une part, seuls 48% des élèves inscrits en troisième secondaire n’ont pas redoublé; d’autre part, un jeune sur six quitte l’école sans diplôme. Il en résulte que la maîtrise des savoirs de base à la sortie de l’école secondaire se situe à un niveau parmi les plus faibles de l’Union européenne. Le pourcentage de jeunes ne possédant pas ce bagage élémentaire atteint 28 %, alors qu’il est de 19 % en moyenne pour les pays de l’OCDE. Ces échecs, relégations et sorties du système se concentrent essentiellement sur les élèves d’origine défavorisée.

Les jeunes issus de milieux défavorisés, éloignés de la culture scolaire, sont en fait frappés d’une triple peine :

-      premièrement, leur niveau d’études est en règle générale inférieur à la moyenne ;

-    en deuxième lieu, à niveau d’étude égal, ces jeunes ont moins de chance d’accéder aux filières les plus valorisées ;

-      enfin, à niveau de diplôme égal, ils décrochent moins facilement un emploi.

Abolir cette triple peine doit guider notre ambition afin de briser la fatalité de la reproduction des inégalités de génération en génération.

La maitrise, par tous, des savoirs de base et la réduction des inégalités au sein du système scolaire supposent de travailler conjointement les volets relevant de l’enseignement et de la formation.

Premièrement, nous devons construire une école réellement égalitaire pour tous, c’est-à-dire une école qui atténue les différences liées au contexte socioculturel ou à l’origine familiale. Trois mesures concrètes peuvent y aider : une scolarisation (ou, à tout le moins, une socialisation) des enfants dès le plus jeune âge, une détection précoce des difficultés d’apprentissage combinée à uneremédiation immédiate, et des moyens complémentaires à destination des écoles et des enseignants confrontés aux difficultés scolaires. Soyons de bon compte, ces mesures ont un coût. Mais aujourd’hui l’échec scolaire génère lui aussi un coût que l’on estime approcher des 350 millions d’euros annuellement.

Ensuite, l’effort doit porter sur une meilleure maîtrise des compétences de base. Renforcer le tronc commun jusqu’à l’âge de 15 ou 16 ans assurerait, indubitablement, davantage de maitrise de ces connaissances de base. Chaque enfant peut s’ouvrir à toutes les disciplines. Il ne renonce pas, par méconnaissance ou ostracisme, à ses rêves et ses aspirations mais conserve la faculté de se découvrir un talent, une ambition ou une passion, dans une filière générale ou qualifiante.

Le troisième axe sur lequel nous devons agir est celui de l’ouverture de l’école sur le monde, par un dialogue permanent entre l’école et le reste de la société, notamment les entreprises. Il ne s’agit nullement de placer l’enseignement à la remorque de l’économie, mais de veiller à articuler le rôle sociétal de l’entreprise – sa responsabilité sociale – au monde de l’enseignement. L’enseignement en alternance est encore trop peu développé en Wallonie et à Bruxelles. Il doit devenir une véritable filière d’excellence.

Quatrième objectif : initier un décloisonnement permanent assurant l’accès à la connaissance tout au long de la vie. En Belgique, à peine 7% des personnes actives sur le marché du travail suivent une formation, alors que la moyenne est de 9% en Europe et atteint 30% dans certains pays scandinaves. Construisons une université ouverte, accueillant ceux qui n’ont pas poursuivi des études supérieures à l’issue de l’enseignement secondaire. Que tout travailleur qui désire approfondir son savoir et compléter sa formation initiale puisse y parvenir par des études, le jour ou en soirée, sur place ou à distance.

Bien entendu, ces défis ne pourront être rencontrés sans les enseignants. Ils sont la clé de voute du système éducatif.

Non scholae sed vitae discimus, attribue-t-on à Sénèque. Nous n’apprenons pas pour l’école mais pour la vie. L’école, elle, demeure certainement le plus puissant des moteurs capables d’actionner l’ascenseur social.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

MONSIEUR BRASSE LE VENT

Un très beau texte, une carte  blanche généreuse et bien enlevée, accessible aux seuls abonnés du Soir ou sur le site du PS, autrement dit:  Le Soir et Ps même combat.

Ceci dit, ce ne sont que belles déclarations d'intentions, vagues et générales. Du vent électoraliste. En effet, hormis une ou deux législatures, l'enseignement est entre les mains du PS depuis la fondation de la Communauté française aujourd'hui moribonde et exangue. La responsabilité de sa faiblesse et de son échec global incombe donc au parti dont le fringant maïeur de Charleroi est le président. Quant au CDH? il fait mine de piloter l'enseignement de Communauté française pour favoriser son enseignement catho. Le MR observe le manège dans la plus grande indifférence et écolo devient le parti pour qui votent la plupart des profs.

"L’école, elle, demeure certainement le plus puissant des moteurs capables d’actionner l’ascenseur social." Dommage que l'ascenseur soit en panne et que l'escalier de service soit devenu impraticable.

C'est devenu un cliché que de l'affirmer.

MG

 

 

 

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