samedi 14 septembre 2013

Maux d'école sans remèdes ?

LE MONDE DES LIVRES 

Par Gilles Bastin



L'école française se porte mal. La prochaine rentrée des classes, avec ses troupes nombreuses d'enfants rejoignant leurs maîtres, donnera bien l'occasion de quelques clichés émouvants, mais elle ne pourra faire oublier le malaise qui mine cette institution : rythmes scolaires peu adaptés, crise des vocations professorales, faible efficacité de l'éducation dispensée aux élèves, inégalités de traitement entre ceux formés dans les établissements d'élite et les autres en sont quelques symptômes.

Les enquêtes PISA (Program for International Student Assessment) menées par l'OCDE depuis 2000 traduisent à leur manière cette crise éducative. Portant sur 65 pays et mesurant de façon homogène les compétences acquises par les élèves de 15 ans en lecture, mathématiques et sciences, ces enquêtes placent la France en piètre position : 22e en mathématiques et en lecture, 27e en sciences ! Elles montrent aussi que les inégalités entre ceux qui réussissent le mieux et les plus faibles ont eu tendance à augmenter entre 2000 et 2009. Elles classent enfin la France à l'avant-dernière place en termes d'équité scolaire : loin de donner à chacun l'opportunité de choisir son destin, l'école française reproduit massivement les inégalités sociales qui lui préexistent. De tous les pays de l'OCDE – à l'exception de la Nouvelle-Zélande –, la France est celui dans lequel les dés du destin scolaire sont le plus pipés.

Faut-il s'en étonner ? Dès les années 1960, les sociologues ont multiplié le...

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

ET CHEZ NOUS?

Pas de chance, l'article n'est accessible qu'aux abonnés. Qu'à cela ne tienne, on en sait assez avec cette mise en bouche. L'école est en plein déclin et inégalitaire de surcroit, singulièrement en Région bruxelloise.

C'est un drame vraiment. Et chez nous en communauté française?

Non, l'école ne décolle pas!

Face au défi démographique qui se profile à l'horizon  (200.000 nouveaux Bruxellois nous rejoindront d'ici 2020 par naissance et par immigration), face aux nouveaux publics scolaires largement issus des mouvements migratoires, ne faut-il pas revoir radicalement les fondements de l'enseignement, réécrire le projet éducatif de l'enseignement bruxellois, adapter sans relâche les projets pédagogiques de chaque établissement en rapport avec son public de proximité?

La réalité scolaire bruxelloise n'est pas du tout celle de la Wallonie profonde, or elle est actuellement gérée exactement de la même manière par la fédération Wallonie /Bruxelles!

Autrement dit ne faut-il pas s'attaquer à une refonte en profondeur de l'enseignement à Bruxelles?

Dans leur "lettre ouverte à nos hommes politiques bruxellois"  du 4 fév. 2010, Béatrice Delvaux (Le Soir) et Yves Desmedt (de Morgen) posèrent hardiment et ensemble le problème ! « Bruxelles, ville cosmopolite, produit une richesse considérable (au-dessus de la moyenne européenne).  Mais à Bruxelles, les  chiffres du chômage des jeunes sont affolants : Anderlecht 35,4 %, Schaerbeek 40 %, Saint-Josse 45 %, Molenbeek 45,9 %. Dans certains quartiers à problèmes, ce chiffre dépasse les 50 %.  Plus d'un jeune Bruxellois sur cinq quittent l'école secondaire sans diplôme, soit le double de ce que connaît la Flandre ou la Wallonie. Un tiers des jeunes Bruxellois grandit dans une famille qui vit de revenus ne provenant pas du travail.  Un quart des familles bruxelloises vit sous le seuil de pauvreté.

Circonstance aggravante : la carte des statistiques du chômage et de la pauvreté et celle des chiffres de la criminalité coïncident. Dès lors, tous les niveaux de pouvoir, fédéral, flamand, francophone et bruxellois doivent coopérer pour trouver des solutions, sans se cacher. Ceci est vrai tout particulièrement pour l’enseignement ».

« Par facilité, aveuglement ou clientélisme, le monde politique, appuyé en cela par les syndicats d'enseignants, refuse une évaluation sérieuse dans l'enseignement secondaire » concluaient les deux éditorialistes.

De fait, l'enseignement tel qu'il est actuellement  dispensé à Bruxelles, il faut le revoir, le dépoussiérer, le réinventer, mais sans jeter pour autant le bébé avec l’eau du bain.

Mais comment?

Rudi (avec "i") Vervoort propose non pas une régionalisation de l'enseignement mais une autonomie du bassin scolaire bruxellois!

Il souhaite en effet que les Régions (Région wallonne et Région bruxelloise) deviennent demain les  pouvoirs organisateurs (PO) des écoles de la Communauté française (anciennement appelées écoles de l'Etat) situées sur leur territoire.

Il veut que chaque région puisse gérer ses écoles, en administrer les bâtiments, en fixer les règles d'engagement des profs et se doter de programmes propres.  Il veut que les POs (pouvoirs organisateurs) soient autonomes (tout en respectant le projet éducatif de la Communauté)  

Mais sur base de quelle structure? Un groupe de fonctionnaires du ministère? Une ASBL? Ni l'un ni l'autre? Rudi Vervoort veut que les régions wallonnes et bruxelloises jouent ce rôle désormais.

S'agit-il d'une amorce de régionalisation pure et simple de l'école? Implicitement, il propose également une fusion des deux réseaux de l'officiel: le réseau Communauté et le réseau communal.

Mais, comme le précise Le Soir (6 sept) "les écoles ex-Etat sont en perte de vitesse et régulièrement agitées par des conflits sociaux." Il se pourrait bien que les communes soient mieux placées que la Communauté pour organiser de façon pragmatique une offre d'enseignement de proximité. Parce qu'elles sont conscientes de la composition sociale des nouveaux publics scolaires bruxellois.

Plusieurs communes dont, la ville de Bruxelles, Schaerbeek et Anderlecht gèrent efficacement un réseau d'enseignement complet, et cohérent (maternel, primaire, secondaire, artistique et de promotion sociale). Toutes les communes ont un parc important d'écoles primaires, Ixelles a conservé  deux établissements d'enseignement secondaire.

Cela représente cependant une charge financière supplémentaire et les communes sont à sec!  On se souviendra que c'est la raison pour laquelle Roger Nols a voulu céder son enseignement communal à la Communauté, à l'exemple d'Ixelles et de Saint-Gilles qui avaient autrefois un réseau secondaire communal de haute qualité comme Saint-Josse, du reste.

Cette très lourde charge est de toute évidence un investissement et une assurance sur l'avenir, mais elle doit être financée. Le transfert des écoles de la communauté vers le niveau communal doit, à l'évidence, s'accompagner du transfert des subsides de fonctionnement à 100% dont elles bénéficient actuellement!

L'enseignement communal a fait ses preuves. Son adaptabilité et son autonomie, lui permettent d'affiner l'offre d'enseignement par rapport aux besoins spécifiques des quartiers. Les échevins de l'instruction publique sont les mieux à même, avec leurs directions d'école, de définir le projet éducatif local en tenant compte de la réalité sociologique locale là où la Communauté gère à distance en laissant les directions de leurs écoles isolées à Bruxelles, sans le pouvoir d'adapter leurs projets pédagogiques à la réalité locale. C'est ce qui explique notamment le succès des écoles de la Ville de Bruxelles auxquelles les parents font confiance.

Demain, la fédération Wallonie/Bruxelles, exsangue sera incapable de financer la construction des dizaines d'établissements primaires et secondaires qui seront nécessaires pour faire face au boom démographique. C'est donc aux régions qu'il appartiendra de financer cet effort au bénéfice d'un réseau d'enseignement communal autonome et performant.

Et quid de l'enseignement libre? Il conserverait toute son autonomie mais...Et  c'est ici qu'intervient notre seconde proposition, visant à mieux  gérer la gouvernance de l'enseignement bruxellois.

Ne serait-il pas judicieux d'adopter une réorganisation de l'offre d'enseignement à Bruxelles à partir d'un bassin scolaire correspondant au territoire régional bruxellois? Ce bassin scolaire, qui regrouperait en sonsein une structure de concertation entre le réseau d'enseignement communal et le réseau d'enseignement libre,  permettrait une meilleure adéquation de l'offre d'enseignement en l'adaptant aux réalités sociologiques et économiques de la Région de Bruxelles-capitale. Dans quel dessein? Celui d'harmoniser l'offre d'enseignement au sein du bassin, singulièrement dans l'enseignement technique et professionnel qui nécessite des investissements lourds en outillage et matériel didactique. Mais aussi dans l'enseignement général qui est devenu un véritable marché scolaire dérégulé.  

Voilà qui devrait permettre de réduire une concurrence devenue sans objet tant les établissements scolaires des deux réseaux sont, aujourd'hui déjà, saturés par une demande en pleine explosion, de réaliser de saines économies en mettant fin aux gaspillages provoqués par les doublons (par exemple deux écoles techniques offrant le même type de section dans le même bassin)

On finira par comprendre qu'avec la sécularisation générale (je ne parle pas des musulmans) les différences entre l'enseignement confessionnel et l'enseignement officiel finissent par s'atténuer au point de se demander si on n'aurait pas raison de tout fusionner.

Avec ses dizaines de milliers d'adolescents qui décrochent et quittent le secondaire sans diplôme, Bruxelles aurait tout intérêt à repenser radicalement  son offre d'enseignement qualifiant, en vue de permettre à un public aujourd'hui sous-qualifié de briguer demain une partie des 600.000 postes de travail qu'occupent actuellement 300.000 navetteurs mieux formés.

Voilà qui devrait rendre possible un redéploiement radical de l'enseignement technique et professionnel  susceptible de donner une vraie chance de qualification aux jeunes de demain!

Pour le surplus, il appartiendra au réseaux communaux renforcés  par l'inclusion des écoles de l'ex-Communauté française d'offrir un maximum d'autonomie à ses écoles, non seulement dans la rédaction de leurs projets d'établissement (par exemple le renforcement urgent l'apprentissage de la langue de l'enseignement, du calcul, de la lecture dans le fondamental, de l'enseignement des langues dans le secondaire)   mais aussi dans la désignation des chefs d'écoles dont on sait désormais qu'il sont le principal moteur du dynamisme d'une équipe enseignante.

A cet égard il est urgent, à notre estime, de renforcer l'attractivité de l'enseignement bruxellois en améliorant le statut pécuniaire des enseignants qui viennent travailler à Bruxelles, surtout en début de carrière, et de leur accorder une allocation de logement susceptible de compenser partiellement le renchérissement du marché locatif bruxellois!

Enfin, il serait bon de repenser et de renforcer la formation initiale et surtout la formation continuée des enseignantes et enseignants du fondamental qui sont confrontés, sans y être vraiment préparés, à la difficulté d'enseigner le français et les matières de base à un public dont c'est de moins en moins souvent la langue maternelle.  

En un mot comme en cent, l'échéance électorale de mai 2014 sera un moment capital pour la refondation de l'offre d'enseignement à Bruxelles. Si nous ne le saisissons pas, il ne faudra pas s'étonner de voir notre Région s'enfoncer plus encore dans la fracture sociale et la dualisation urbaine.

  MG

 



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