samedi 28 septembre 2013

Verhofstadt : " La N-VA en 2014 ? C'est l'aventure du repli sur soi "

Olivier Mouton Le Vif

L’ancien Premier ministre Guy Verhofstadt ambitionne de monter des listes pro-européennes aux élections de 2014 et s’apprête à présenter un projet de Loi fondamentale pour une Union fédérale. Et il tire sur les « élites nationales » qui n’ont pas su gérer la crise financière, les eurosceptiques qui défendent la thèse « anachronique » du rétablissement des frontières, et la N-VA…


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LE VIF/L’EXPRESS : LA CRISE ECONOMIQUE A AIGUISE LE RESSENTIMENT A L’EGARD DE L’EUROPE...

Je le dis depuis des années : la crise est mal gérée. Nos élites nationales sont incapables d’apporter les bonnes réponses. Aller vers une Union européenne renforcée est absolument nécessaire. Prenons le dossier des banques. Les Etats-Unis, où le problème est pourtant né, l’ont réglé tout de suite, dès 2008, en recapitalisant leurs banques. Chez nous, on s’est disputé pour savoir s’il devait être réglé au niveau national ou européen. Cela a créé de la méfiance. Tout reste bloqué. L’argent des banques n’est plus transféré dans l’économie réelle, dans des entreprises. C’est la cause de la crise actuelle ! Avec une réponse européenne, la confiance aurait tout de suite été restaurée.

La thèse eurosceptique, elle, est complètement stupide. Dire qu’il faudrait se protéger derrière les frontières nationales est un mensonge anachronique, incompréhensible alors que le monde connaît précisément une évolution contraire. Tous les problèmes sont de plus en plus interconnectés, des questions de compétitivité à celle du réchauffement climatique. Les eurosceptiques veulent donner l’impression que la souveraineté nationale existe encore. Nous disons le contraire : il faut réinventer la souveraineté au niveau européen ! Ces thèses pro-européennes commencent à s’organiser pour les élections de 2014. Nous préparons des listes dans tous les pays.

POURTANT, LES NATIONALISTES ONT LE VENT EN POUPE, QUE CE SOIT LA N-VA EN FLANDRE, MARINE LE PEN EN FRANCE, L’UKP AU ROYAUME-UNI...

Leurs thèses sont complètement erronées. En Flandre, la N-VA se prétend pro-européenne. Mais regardez les dossiers concrets et vous verrez qu’ils sont anti-européens. Ils sont contre les listes transnationales, contre des ressources propres pour l’Union européenne, contre une politique de migration européenne... Ils sont pour les directives budgétaires, mais cela se limite à ça. Des nationalistes restent des nationalistes, ils n’aiment pas les structures fédérales, que ce soit au niveau belge ou européen.

FAUT-IL UNE RUPTURE ?

J’espère que les élections donneront l’impulsion nécessaire pour faire tout ce que l’on n’a pas encore réalisé. Les milieux européens sont saisis d’un sentiment de panique qui repose sur le fait que les gens ne comprendraient pas un renforcement de l’Europe. Tout le monde a peur. Je dis que si aucun homme politique ne prend la peine de l’expliquer, les gens ne comprendront jamais. S’il n’y a pas des hommes politiques pour défendre une vision européenne radicale, nous n’aurons jamais une opinion publique pro-européenne !

QUELLE EST VOTRE AMBITION PERSONNELLE ? VOUS AVEZ ETE PREMIER MINISTRE PENDANT HUIT ANS, UNE FONCTION EXECUTIVE NE VOUS MANQUE-T-ELLE PAS ?

Non. Ce dont je rêve, c’est de traduire cette vision européenne dans des listes pour 2014. Et reconstruire le paysage politique.

VOS CONVICTIONS FEDERALISTES EUROPEENNES NE VOUS ONT-ELLES PAS DEJA COUTE CHER, NOTAMMENT LORSQUE VOUS VISIEZ LA PRESIDENCE DE LA COMMISSION EUROPEENNE ?

C’était en 2004 et cela avait beaucoup à voir avec le fait que j’avais mené l’opposition à l’intervention en Irak avec les Français et les Allemands, à juste titre je crois. C’est incroyable ! Là-bas, il n’y avait pas d’armes chimiques et ils sont rentrés dedans. En Syrie, il y en a, elles sont utilisées par Bachar el-Assad – c’est tout à fait clair selon une source objective comme Human Rights Watch – et on ne fait rien. C’est une tragédie. Il fallait intervenir il y a deux ans, au moment du massacre de Homs, quand il n’y avait pas d’extrémistes. Il faut quand même se rappeler qu’en Syrie, cela a commencé comme en Tunisie, en Libye et en Egypte. Ce sont des classes moyennes, des jeunes gens qui veulent un avenir, de la démocratie et de la liberté d’expression. Plutôt que de les aider, on les a laissés tomber. Les extrémistes ont rempli le vide laissé par la communauté internationale. Il y a six millions de déplacés, deux millions de réfugiés, plus de 100 000 morts et cela continue ! Je critique fortement la stratégie américaine: ils ne mettent sur la table ni l’élimination des armes chimiques, ni l’élimination de celui qui les a utilisées. Je suis désespéré que la communauté internationale ferme les yeux. Demain, quoi ? On utilisera une bombe atomique et comme seule réaction, on les mettra sous contrôle ? Je ne comprends pas qu’il n’y ait pas de sanctions.

VOTRE REGARD SUR LE FAIT, EN BELGIQUE, QUE LA N-VA GARDE LE VENT EN POUPE ?

Les gens peuvent juger d’eux-mêmes l’action de la N-VA dans les villes où elle est au pouvoir. Quand je vois que ses élus veulent changer les noms des rues ou demandent de retirer le nom d’une friterie en français... Cela ne peut qu’ouvrir les yeux des gens sur le fait que la N-VA ne s’occupe pas des vrais défis.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

"LA CRISE EST MAL GEREE. NOS ELITES NATIONALES SONT INCAPABLES D’APPORTER LES BONNES REPONSES"

Il est étonnant, vraiment surprenant qu'en dehors de Guy Verhofstadt et son acolyte inattendu Cohn Bendit, aucun politicien ne s'engage de manière déterminée en faveur de l'Europe, notre seule planche de salut.

La génération des politiciens actuels manque de vision et surtout de caractère. Ce sont majoritairement des opportunistes obsédés par le court terme, autrement dit l'horizon de leur prochaine réélection.


COMMENT L'ELITE OCCUPE LES PARLEMENTS

Soraya Ghali  Le Vif

Qui sont les députés francophones ? Le Vif/L’Express a examiné leurs origines professionnelles. Résultat : leurs profils ressemblent peu à ceux des Belges qu’ils représentent.


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Le Vif/L’Express a récolté les « fiches d’identité » des élus de la Chambre, du Sénat, des parlements wallon et bruxellois. Les chiffres se fondent sur les déclarations fournies par les élus eux-mêmes. Et ils sont sans appel : les majorités peuvent bien changer, les parlements offrent une image déformée de la diversité de la Belgique.

Ils sont majoritairement très diplômés. Et le niveau monte. Lors de la législature 1978-1981, 54 % des députés de la Chambre étaient titulaires d’un diplôme universitaire, 23 % de l’enseignement supérieur, tandis que 23 % n’avaient pas été au-delà des humanités. Trente ans plus tard, les universitaires comptent pour la très grande majorité des élus. Ce constat s’applique à tous les partis.

Ce sont des professionnels de la politique. Plus d’un tiers des députés occupaient auparavant des emplois directement en lien avec l’activité politique ou administrative : attachés parlementaires, employés de parti, membres de cabinets ministériels… C’est moins vrai au parlement wallon qu’à la Chambre. Et Ecolo et le CDH recrutent davantage d’employés et d’enseignants. 

Ils suivent un parcours balisés. Dans la même logique, les députés sont recrutés dans le même terreau et leur parcours est balisé. D’abord, ils ont fait leurs premières armes avec un mandat local. Au bout du compte, les trois quarts des députés ont un mandat communal. L’entrée par la politique locale constitue aujourd’hui le sas quasi obligé pour prétendre à un mandat de député. L’autre filière de recrutement, ce sont les écuries : il s’agit par exemple d’être passé par un cabinet ministériel. Bref, il ne suffit pas (plus) d’avoir un parcours de militant exemplaire. Ce dernier laisse progressivement la place à celui qui exerce une profession en lien direct avec la politique.

Un quart sont fonctionnaires. Fonctionnaires et enseignants constituent le bataillon des classes moyennes. Rien d’étonnant : la Belgique étant l’un des rares pays d’Europe (avec la France notamment) où les fonctionnaires investis d’un mandat exécutif ont la certitude de retrouver leur poste si les urnes ne leurs sont pas favorables.

Certains profils sont exclus. Les femmes représentent au plus 41 % des députées (au parlement de la Région de Bruxelles-Capitale), alors qu’elles sont 51 % dans la société. Les jeunes (la moyenne d’âge au sein des assemblées parlementaires est de 52 ans) de moins de 25 ans et les 25-34 ans sont 10% et 20%. Et ne parlons pas du capital scolaire : si les trois quarts des députés sont universitaires, ils ne représentent que 10,1 % de la population hors de l’hémicycle.

Le dossier et l’expertise de Jean-Benoît Pilet (ULB) dans Le Vif/L’Express de cette semaine. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

PROFESSIONNELS DE PERE EN FILS

Nous élisons ceux qui doivent nous représenter au parlement. Une fois élus, un vrai fossé sépare les électeurs de leurs élus. Là s'arrêtent leurs relations jusqu'à la prochaine campagne électorale où le petit jeu recommence. C'est un peu cela, en pratique, la démocratie. Nous élisons de purs spécialistes de la chose politique, des parlementaires qui ne sont représentatifs que d'eux-mêmes ou plus exactement d'une ligne de parti. La majorité s'entre eux sont de purs carriéristes qui se préoccupent assez peu de qui les a élus. Oui, il y existe un fossé entre élus et électeurs: entre le partis et les militants sans parler des électeurs.

On nous parle d'élite? Quelle élite? Il ne faut pas confondre hérédité et élitisme.

 

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