vendredi 4 octobre 2013

A Assise, le pape dénonce l'indifférence à l'égard des migrants

LIBÉRATION

Le pape François le 4 octobre 25013 à son arrivée à Assise. (Photo Filippo Monteforte. AFP)


Le pape François s'est montré très ému après le naufrage de Lampedusa qui a coûté la vie à 300 migrants et a dénoncé l'attention superficielle du monde aux drames humains.

Le pape François a plaidé vendredi dès son arrivée à Assise (centre de l’Italie), ville du saint dont il a choisi le nom, pour une Eglise solidaire avec les handicapés et les personnes marginalisées, au lendemain de la tragédie de Lampedusa. «Aujourd’hui est une journée de pleurs», a-t-il dit en allusion à la journée de deuil décrétée en Italie pour le naufrage qui a sans doute coûté la vie à quelque 300 migrants.

Très ému, le pape a dénoncé «l’indifférence à l’égard de ceux qui fuient l’esclavage, la faim pour trouver la liberté, et trouvent la mort comme hier à Lampedusa». François, qui avait qualifié jeudi le drame de «honte», avait déjà tempêté en juillet sur cette île contre la«mondialisation de l’indifférence» face à des gens qui fuient la guerre et la misère.

Cette visite d’une journée à Assise a une forte valeur symbolique, car elle permet au premier pape venu d’un pays du Sud de revenir sur son choix d’incarner une Eglise pauvre, près de sept mois après son élection. Dans «la salle de la spoliation» justement, il a laissé son discours de coté pour appeler les chrétiens à suivre le modèle de pauvreté initié par Saint François en combattant «la mondanité, une lèpre, un cancer de la société, qui tue la personne, qui tue l’Eglise».

«Le christianisme sans la croix, sans Jésus, sans dépouillement est comme une pâtisserie, une belle tarte. Le danger de la mondanité est un très grand péril», a-t-il dit d’un ton grave. C’est dans cette salle que François en 1207 s’était dépouillé de ses vêtements devant son père, un riche marchand, pour indiquer que les biens terrestres étaient destinés par Dieu aux plus pauvres.

Arrivé très tôt à Assise, Jorge Bergoglio s’était auparavant rendu à l’Institut catholique Serafico, où il a salué quelque 80 handicapés physiques et mentaux un à un, leur parlant, les embrassant. «Les plaies ont besoin d’être écoutées et reconnues. Jésus est présent et caché» dans ces jeunes handicapés, a-t-il dit dans cette rencontre chargée d’émotion. Sa déclaration s’écartait là aussi totalement du discours qu’il avait préparé. François a critiqué une attention superficielle aux drames humains, «qui dure deux ou trois jours dans les journaux».


BIENHEUREUX LES PAUVRES

Le Figaro

Le pape doit rendre publique d’ici à la fin de l’année l’encyclique «Beatipauperes» (Bienheureux les pauvres). «Comme je voudrais une Église pauvre pour les pauvres», avait lancé le nouveau pontife. Une déclaration qui a suscité beaucoup d’attentes, hors et dans une Eglise qui voit coexister privilèges et réels efforts de dépouillement. Les spéculations vont bon train sur ce qu’il pourrait annoncer précisément sur le dépouillement de l’Eglise. Le 10 septembre, au centre jésuite pour les réfugiés Astalli de Rome, le pape avait averti que lescouvents vides «ne doivent pas être transformés en hôtels» mais accueillir les immigrés.

En laissant son discours de côté et en s'adressant précisément à des pauvres, avec qui il a voulu commencer cette visite d'une journée, François a dénoncé: «Tant de vous, ici, avez été dépouillés par ce monde sauvage qui ne donne pas de travail, qui n'aide pas, et qui est indifférent même si il y a des enfants qui meurent de faim, qui considère comme sans importance que tant de familles n'ont pas à manger, qui n'ont pas la dignité de porter du pain dans la poche, indifférent que tant de gens doivent fuir l'esclavage, la faim, fuir pour chercher la liberté et ils trouvent la mort comme cela s'est produit hier à Lampedusa: aujourd'hui est un jour de pleurs. Ces choses, c'est l'esprit du monde qui les fait! Il est ridicule qu'un vrai chrétien, prêtre, religieuse, évêque, cardinal, pape veuillent aller sur cette voie de la mondanité qui est une attitude homicide. La mondanité spirituelle tue l'âme, tue les personnes, tue l'Eglise. (…) Prions le Seigneur pour qu'il nous donne le courage de nous dépouiller, pas tant de nos vêtements, que de l'esprit du monde qui est l'ennemi de Jésus.»

 

«Si nous voulons être chrétiens, il n'y a pas d'autre voie. Nous pouvons faire un christianisme un peu plus humain, sans croix, sans Jésus, sans dépouillement et nous deviendrons des chrétiens de pâtisserie, une belle tarte, de choses très douces mais pas de vrais chrétiens! Mais de quoi l'Eglise doit-elle se dépouiller? D'un danger très grave qui menace toute personne dans l'Eglise, tous: le péril de la mondanité. On ne peut pas vivre avec l'esprit du monde. La mondanité nous porte à la vanité, au sentiment de supériorité, à l'orgueil. C'est une idole. Ce n'est pas Dieu! L'idolatrie est le péché le plus fort. Quand les medias parlent de l'Eglise, ils pensent que l'Eglise ce sont les prêtres, les sœurs, les évêques, les cardinaux et le pape! Non, l'Eglise c'est nous tous. Et nous tous nous devons nous dépouiller de cette mondanité! L'esprit contraire l'esprit des Béatitudes, l'esprit contraire à celui de Jésus.»

Continuant son réquisitoire le pape François, parlant lentement, très concentré, dans la salle même où Saint François se mit à nu devant les autorités de son temps a donc appelé les catholiques à poser un choix radical: «La mondanité fait mal. Il est tellement triste de trouver des chrétiens mondains, certains de la sécurité, non de la foi, mais de la sécurité du monde… Il n'est pas possible de travailler dans les deux camps: l'Eglise, nous tous, devons nous dépouiller de la mondanité qui porte avec elle la vanité, l'orgueil et l'idolâtrie. Jésus lui-même, nous dit que l'on ne peut servir deux maîtres: Ou Dieu, ou l'argent… Dans l'argent, il y a tout l'esprit mondain, vanité, orgueil… toute cette route là. Mais nous ne pouvons pas effacer d'une main ce que nous écrivons d'un autre. L'Evangile est l'Evangile: Dieu est l'unique. Jésus le serviteur est avec nous. Et l'esprit du monde n'a rien à voir avec cela.»

Avant de repartir ce soir à Rome, il doit assurer treize rendez-vous en tout genre, dont une messe en plein air, sous un ciel chagrin, en fin de matinée devant un public très nombreux - les organisateurs parlent de 100.000 personnes.

En arrivant, il a commencé par rencontrer des jeunes malades mentaux puis s'est rendu dans la chapelle de San Damien où Saint François raconta avoir entendu ces paroles - début de sa conversion - en regardant une grande croix toujours conservée «: «François, va et répare ma maison qui, tu le vois, tombe en ruines».

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

GODOT EST ARRIVE, IL REGNE SUR LE VATICAN MAIS N'Y HABITE PAS ENCORE

Après le théologien bavarois déguisé en pape, voici le pape latino déguisé en pauvre.

Le peuple chrétien attendait cela depuis près de mille ans, comme les athées attendent Godot.

Déjà les traditionnalistes craignent un nouveau schisme.

Et les premières critiques de fuser: "Voici qu'il préche et dénonce aujourd'hui, "l'indifférence à l'égard de ceux qui fuient l'esclavage, veulent trouver la liberté et trouvent la mort"...Et son indifférence  à lui, chez lui à l'époque, envers les victimes de la dictature militaire argentine?

"Pleurer ne suffit pas. Le Pape ne peut ignorer qu'il est à la tête du plus puissant empire financier de la planète: La Banque du Vatican. Située dans l'enceinte même du Saint-Siège où se dégagent des fortunes colossales. Il pourrait faire un geste pour les rescapés de Lampedusa."

 

" Pourquoi n'a-t-il pas élevé la voix pour condamner le massacre de chrétiens enÉgypte , Nigeria , Libye et Pakistan ces dernières semaines ?"

"Quel cinéma... Quid de votre indifférence, cher pape autrefois envers les victimes, les torturés, les assassinés, de l'ignoble dictature militaire argentine? N'avez-vous pas onctueusement éconduit quelques familles qui venaient vous demander de l'aide?"

Ces internautes ont raison et je partage leur indignation.

Toutefois, il ne faudrait pas oublier que même un Paul de Tarse, citoyen romain parlant le grec à la perfection a "cassé" du chrétien avant sa chute de cheval qui fit de lui le premier des grands théologiens de la chrétienté.

Il semble, pour le dire d'un mot, que Francesco Primo veuille, de bonne foi, mettre la barre très haut pour réformer l'Eglise.

«François, va et répare ma maison qui, tu le vois, tombe en ruines».

Ca passera ou ça cassera.  Déjà, dans le camp des traditionnalistes -les intégristes cathos-  on agite le spectre d'un schisme face à cette amorce d'aggiornamento Ce qui les choque: le "G8" des cardinaux conseillers du pape s'oriente, sous sa houlette, vers une refonte profonde de la Curie, et pas une simple révision de la Constitution du Saint-Siège.

Le pape François. © Reuters


Le père Federico Lombardi, porte-parole du Saint-Siège, a précisé que la refonte de la Curie (le gouvernement de l'Eglise), ainsi que la fonction de la Secrétairerie d'Etat (services du Premier ministre) et le rôle des laïcs avaient figuré parmi les grands thèmes abordés.

"L'orientation prise par les cardinaux n'est pas seulement celle d'un aggiornamento de la Constitution 'Pastor Bonus' (datant de 1988, ndlr). Elle vise la rédaction d'une nouvelle Constitution. a commenté le père Lombardi. "Il s'agit d'un projet d'une Curie qui soit au service de l'Eglise universelle et des Eglises locales, respectant le principe de subsidiarité. Ce sera une configuration nouvelle sur des points  importants"
La Secrétairerie d'Etat, véritable Etat dans l'Etat "devra être à l'avenir un secrétariat du pape à tous ses effets".
L'hypothèse de la désignation d'un "modérateur", chargé d'une meilleure coordination entre les services de la Curie, a également été évoquée. Enfin, le rôle des laïcs a fait l'objet d'une "attention spécifique". "

François, dans son interview publiée par le quotidien Repubblica, n'avait-il pas jugé la Curie trop "vaticano-centriste" en affirmant une claire volonté d'y remédier? 

L'EGLISE CATHOLIQUE ROMAINE EST A LA CROISEE DES CHEMINS?

Le pape François gouvernera de façon moins autoritaire et hiérarchique enrespectant le poids des églises locales.

En Ombrie, le Pape a inscrit ses pas dans ceux de saint François d'Assise, leradical «poverello» (1182-1226) qui lui a inspiré son nom, une manière toute symbolique de mettre en chantier une «Église pauvre»

«L'évêque de Rome», comme il aime à se définir, gouvernera «en communion» avec ses confrères évêques." Ce qui annonce un retour aux pratiques historiques des cinq premiers siècles du christianisme mais annonce une véritable révolution pour la culture de gouvernance vaticane inspirée du modèle monarchique.

 Francesco semble vouloir faire souffler sur son église un vent nouveau qui décoiffe. C'est téméraire car on sait que l'Esprit souffle où il veut.


MG

 

Aucun commentaire: