mercredi 23 octobre 2013

Affaire Leonarda: Hollande veut contenter tout le monde, mais ne satisfait personne

Le Vif

 

François Hollande a tenté de satisfaire tout le monde dans l'épineuse affaireLeonarda ce samedi. Sans toutefois y parvenir, au vu des réactions majoritairement négatives qui pleuvent après son intervention médiatique très attendue.

© AFP

 En proposant à Leonarda Dibrani, expulsée vers le Kosovo avec sa famille, de rentrer "seule" en France pour poursuivre sa scolarité "si elle en fait la demande", François Hollande a voulu "tenir compte d'une situation humaine" tout en soulignant "que la loi avait parfaitement été respectée". Mais le président de la République, en cherchant à satisfaire tout le monde, ne semble pas y être parvenu, au vu des réactions majoritairement négatives.

Le président de la République a d'abord évité de braquer Manuel Valls, mis en cause jusque dans les rangs socialistes. En reconnaissant que "la loi avait été parfaitement respectée" dans le cas de cette collégienne rom, expulsée vers le Kosovo avec sa famille, le président de la République a suivi les conclusions du rapport du ministère de l'Intérieur selon lequel "aucune règle de droit n'a été enfreinte". Il a suivi aussi le sens de l'opinion publique, majoritairement opposée à un retour de la famille Dibrani en France, et qui soutient globalement le ministre de l'Intérieur dans cette affaire.

Mais François Hollande a aussi voulu montrer qu'il avait entendu "l'émotion légitime de la jeunesse", après des jours de mobilisation lycéenne pour demander le retour de la jeune fille de 15 ans en France.

Excluant toute "faute", il a reconnu un "manque de discernement de l'opération" et de l'interpellation de Leonarda alors qu'elle effectuait un voyage scolaire. Un léger coup de griffe à l'égard des forces de l'ordre et du préfet du Doubs, sur lequel s'étaient concentrées de nombreuses critiques. François Hollande s'est donc dit prêt à faire une exception pour Leonarda, afin qu'elle rentre en France "seule", pour poursuivre sa scolarité "si elle en fait la demande

LEONARDA DIT "NON" A UN RETOUR "SEULE", LE PS AUSSI

Résultat? Personne n'est satisfait. Leonarda Dibrani, d'abord, a refusé son offre. "Sans ma famille, c'est mort. C'est hors de question. J'ai peur de partir seule. Je veux rentrer avec ma famille. François Hollande n'a pas de coeur, pas de pitié, il n'a pas compris ma situation ", a réagi la jeune fille de 15 ans, entourée de ses proches à Mitrovica, où de nombreux médias ont recueilli sa réaction à chaud.

Par Marie Simon 

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

FRANÇOIS HOLLANDE MENAGE LA CHEVRE ET LE CHOU.

Il est de bon temps de crier haro sur François Hollande quand il est au plus bas dans les sondages.

Mais à bien y réfléchir, sa proposition est la moins mauvaise possible et l'arrogance de Léonarda la décrédibilise complètement. «Un jour ou l'autre, je rentre en France: après, c'est moi qui va faire la loi» (Leonarda Dibrani)

 Cette fille a quinze ans soit largement l'âge de raison. S'il elle se veut française, qu'elle assume son autonomie jusqu'au bout et qu'elle morde sur sa chique.

Si elle désire l'école française qu'elle accepte d'être inscrite en internat, elle sera prise en charge.

Sinon qu'elle se taise et que les médias passent à autre chose. La vérité c'est qu'elle est instrumentalisée par une famille pas très nette qui veut le beurre et l'argent du beurre. Cela, Hollande a raison de ne pas l'accepter.

On s'étonnera qu'aucun établissement scolaire n'ait proposé de l'héberger gratuitement surtout ceux qui affichent un projet éducatif inspiré des valeurs chrétiennes et de la référence au bon Samaritain.

"L’affaire Léonarda, qui divise les socialistes, révèle aussi leur manque de réflexion en matière de politique migratoire."

" L’émotion et les calculs politiques anti-Valls ont occulté deux des principaux enseignements de cette affaire : les fractures à gauche sur la question de l’immigration - au sein de la majorité et du PS, mais surtout entre le gouvernement et l'opinion"(Libé)

A bien y réfléchir François Hollande n'avait guère d'autre issue que ce choix cornélien.

Cette affaire montre à quel point, la France et la forteresse Europe se doivent de penser une charte européenne interculturelle du vivre ensemble fondée sur les valeurs éthiques qui sont celles de l'occident. Jacques Attali dit exactement cela dans son magnifique plaidoyer pour un monde en marche.

MG


AU KOSOVO, LES PROVOCATIONS DES DIBRANI 

STEPHANE KOVACS



Figaro

Le père de Leonarda fustige François Hollande et lâche : «Pauvre France ! C'est n'importe quoi ce pays maintenant…»

 

Un président «qui fait le mariage pour tous» et qui «sépare une famille» ? «Non, mais ça va pas!», explose le père de Leonarda. Alors que le chef de l'État a annoncé samedi que seule la jeune fille pouvait revenir en France, la famille Dibrani, qui avait déjà préparé ses valises, n'hésite pas à lui répondre vertement. «Le président n'a pas de cœur, il n'a pas du tout compris la situation!, assène, du haut de ses 15 ans, la collégienne devant les caméras. Je ne suis pas une chienne, pas un animal! Je n'irai pas seule en France, je n'abandonnerai pas ma famille. Je ne suis pas la seule à devoir aller à l'école, il y a aussi mes frères et mes sœurs.» Et de prédire, faisant allusion à la mobilisation des lycéens en sa faveur: «Ce n'est pas fini, cela va être la cata.» À ses côtés, son père, Resat, 43 ans, enrage: «Pauvre France!, lâche-t-il avec emphase. C'est n'importe quoi ce pays maintenant…»

À Mitrovica, où ils ont été relogés par les autorités kosovares depuis leur expulsion, les Dibrani ne décolèrent pas. «Dire que les Arabes qui étaient avec moi au centre de rétention, pour la plupart des voleurs et des trafiquants de drogue, ont eu leurs papiers!, s'enflamme le père. Et pas moi, qui étais tout à fait intégré… j'ai cherché du travail, j'ai même été bénévole aux Restos du cœur». Mais le rapport de l'Inspection générale de l'administration (IGA) dresse du quadragénaire un tout autre portrait. Son «comportement général» ne dénotait pas «une réelle volonté de s'intégrer à la société française», affirme l'IGA, précisant que «selon les témoignages d'élus et de personnes qui l'ont accompagné depuis son arrivée (en 2009, NDLR) à Levier», près de Pontarlier, dans le Doubs, «M. Dibrani n'a jamais donné suite aux propositions d'embauche qui lui étaient faites, et ne cachait pas attendre le versement des prestations familiales qui suivraient sa régularisation pour assurer un revenu à sa famille.»Resat Dibrani a «été placé en garde à vue pour un cambriolage par la communauté de brigade de Saint-Vit le 14 octobre 2010, précise l'IGA. Il a aussi été mis en cause comme auteur dans un vol commis dans une déchetterie.»

 

Maria, 17 ans, et Leonarda, les deux filles aînées, «ont été prises en charge par les services sociaux du conseil général après avoir fait état de violences exercées par leur père (placement en garde à vue pour violences sur mineur par ascendant le 15 janvier 2013) mais elles se sont ensuite rétractées», poursuit le rapport. «J'ai jamais fait de mal à un animal!, jure Resat, furieux. Et maintenant, à cause de tout ça, j'ai des attaques de panique, je fais des cauchemars, et ici il n'y a pas de médicaments pour soigner ma tachycardie…» Leonarda admet cependant avoir reçu «une fessée» un soir où elle était rentrée «à trois ou quatre heures du matin».

Quant à la jeune fille, elle aussi semble avoir enjolivé son parcours… «Avant, j'étais la première de la classe, a-t-elle assuré au Figaro. Et cette année, j'avais de bonnes notes: je veux rattraper mes cours et avoir mon brevet!» Même si l'un de ses professeurs a souligné «ses progrès», la collégienne, relève le rapport, a été absente «66 demi-journées en 6e, 31 en 5e, 78 en 4e et 21,5 depuis le début de l'année scolaire actuelle». Il est aussi précisé que «la jeune fille découchait régulièrement».

À part le père, natif de Mitrovica, la mère et les enfants - sauf Medina, la petite dernière, qui a vu le jour à Pontarlier il y a dix-sept mois - sont nés en Italie. «On a quitté l'Italie, car c'est plus facile d'avoir des papiers en France, a fait valoir Resat Dibrani. J'ai fait faire, pour 50 euros, un faux certificat de mariage à Paris, et j'ai dit qu'on était tous kosovars.» Aujourd'hui, le père s'en mord les doigts: «Voilà les papiers qu'a fabriqués le consulat du Kosovo à Paris!», s'énerve-t-il en montrant des documents «valables pour un seul voyage de France au Kosovo», au nom de chacun des membres de la famille. C'est pourtant lui qui avait imaginé cette fable de la famille de Roms persécutée au Kosovo… «Une chose est de demander l'asile, une autre est de faire des faux documents, comme ça, sans aucune preuve!, rétorque-t-il. Ah, ils sont beaux les diplomates kosovars corrompus! Ah, elle est belle la France qui les croit!»


«Un jour ou l'autre, je rentre en France: après, c'est moi qui va faire la loi» 

Leonarda Dibrani

  En réalité, c'est parce qu'ils risquaient de se voir retirer la garde de leurs enfants que les Dibrani ont fui Fano, ville de la côte Adriatique. «On a mis la pression sur eux», a expliqué à l'AFP Stefano Aguzzi, le maire de Fano, où les Dibrani ont habité jusqu'en 2008. «Resat Dibrani n'était pas quelqu'un de facile, a-t-il témoigné. Les enfants ne fréquentaient que très peu l'école: il les envoyait mendier. Nous lui avons indiqué qu'il ne pouvait pas continuer à vivre ici sans rien payer.»

De toute façon, la famille Dibrani n'a «aucune envie» de retourner en Italie. «On ne changera pas nos plans, assure le père. Les enfants vont retourner en France avec leur mère, puisqu'ils y ont droit, avec leurs actes de naissance italiens. Ensuite, moi, je les rejoindrai et on se mariera, pour de vrai cette fois, à la mairie de Levier.»«Aucune chance, souligne-t-il encore, que j'accepte de diviser ma famille! Si notre retour n'est pas possible gentiment, alors il se fera de force, par tous les moyens.» Quant à Leonarda, elle n'en démord pas non plus: «Mon pays, c'est la France!, scande-t-elle. Un jour ou l'autre, je rentre en France: après, c'est moi qui va faire la loi (sic)!»

Dernier rebondissement de l'affaire, dimanche, alors que «les Dibrani se promenaient dans Mitrovica avec leurs enfants, ils ont été agressés par des inconnus», a indiqué une source policière. S'empressant de préciser: «Cela démontre qu'ils ne sont pas en sécurité ici…»

 

FRANÇOIS HOLLANDE, LA GRANDE INCOMPREHENSION

Le Soir

Aucune porte n’aura donc claqué ce week-end au sein du gouvernement français. La galère Hollande pourra continuer à voguer – pour combien de temps encore ? – avec tous ses matelots, quand bien même certains rameront en sens contraire. Mais quelle image désastreuse pour l’Elysée ! Avant même d’être élu, François Hollande ne cessait de répéter que toute son action serait tournée vers la jeunesse. Et voilà que les lycéens descendent dans la rue pour réclamer le retour dans l’Hexagone d’une adolescente rom expulsée au Kosovo, après avoir été invitée à descendre d’un bus scolaire… Celui qui promettait de réenchanterle rêve français ne récolte aujourd’hui qu’incompréhension.

A vrai dire, François Hollande était dans l’impasse. Il n’avait pas d’autre choix que de proposer cette issue invraisemblable : inviter Leonarda, seule, à rentrer en France en laissant derrière elle sa famille. C’était le seul moyen de tenter d’enrayer une situation que, par son silence, il avait lui-même enflammée depuis des jours en laissant ses ministres s’entre-déchirer sur le cas de l’adolescente. Aucune autre issue n’était envisageable. Congédier Manuel Valls et annuler l’expulsion de toute la famille ? Les trois quarts des Français ne l’auraient pas compris. Et Marine Le Pen aurait allumé un feu de joie. Mais s’abstenir du moindre geste aurait soulevé une bonne partie de la gauche – son propre camp ! – contre lui. Il n’est qu’à entendre les mots choisis par ses partenaires pour regretter l’insuffisance de l’ouverture (une « ignominie », selon le député ex-Vert Noël Mamère) pour imaginer ce que cela aurait pu donner si l’Elysée s’était contenté d’un « expulsez, il n’y a rien à voir ».

François Hollande souffrait déjà de deux handicaps majeurs : une absence de lisibilité de son action et un manque criant d’autorité. L’affaire Leonarda ne fera qu’accentuer ses faiblesses. Sa politique se veut à la fois ferme et humaine, se défend-il. Soit. Mais il va falloir des trésors de pédagogie pour l’expliquer. Car comment plaider la fermeté quand dans son propre camp on laisse des voix aussi dissonantes s’exprimer ?

Le pire, pour François Hollande, l’homme qui, de sang-froid, a livré la guerre au Mali et qui était prêt à intervenir en Syrie si d’autres pays l’avaient suivi, c’est qu’il donne l’impression de s’être laissé guider par la pression de l’émotion. Celle d’une adolescente de 15 ans en plein désarroi mais instrumentalisée et érigée, par l’intermédiaire des médias, au rang d’interlocuteur à même de défier le président de la cinquième puissance du monde.

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