lundi 21 octobre 2013

AU PS, ON NE VEUT PAS EFFRAYER LE BOURGEOIS


ANALYSE>FRÉDÉRIC CHARDON La Libre

Les socialistes, réunis en congrès, slaloment entre le PTB et le centrisme. Une analyse de Frédéric Chardon.



La mécanique Magnette commence à être bien huilée. Ce dimanche encore, lors du congrès de rentrée du PS à Charleroi, même dialectique : le président du premier parti francophone donne un coup de barre à gauche après que les ministres PS à tous les niveaux de pouvoir ont fini de répéter que, s’ils n’étaient pas aux manettes, les formations "de droite" également au pouvoir auraient ratiboisé le secteur public, la Sécu, etc., sur l’autel de l’orthodoxie budgétaire.

Quelles formations "de droite" au juste ? Le PS évite d’être trop spécifique. Il pourrait prendre, par exemple, clairement pour cible le MR ou bien l’Open VLD. Mais à part l’une ou l’autre petite flèche décochée contre les réformateurs, le PS a évité les charges frontales. La prudence est de mise vis-à-vis des alliés du moment au fédéral et qui resteront peut-être des partenaires de majorité dans un prochain gouvernement.

D’ailleurs, hier, le Premier ministre Elio Di Rupo était au premier rang dans la salle, il a écouté les discours sans broncher et surtout sans intervenir personnellement dans la succession de tribuns PS. Difficile d’imaginer une exécution en règle et ad hominem des ministres MR du "numero uno" fédéral devant ce dernier… La fragile coalition fédérale vacillerait bien dangereusement.

Pour en revenir à la stratégie de Paul Magnette, on sent une double logique dans son positionnement politique. D’une part, les socialistes musclent leur discours en vue des élections de 2014 et reviennent aux idéaux de base; au moins dans leur discours, ils dénoncent l’évolution du "libéralo-capitalisme". Exemple : Paul Magnette est d’accord pour que les pouvoirs publics aident les entreprises, mais seulement celles qui renvoient l’ascenseur à la société en créant de l’emploi, en formant les travailleurs, etc. Sur un plan de strict marketing politique, c’est un gage donné à la gauche de l’électorat francophone évidemment : il s’agit de diffuser l’idée que le PS représente toujours la "vraie" gauche, de rassurer le militant PS, de boucher au maximum l’appel d’air créé par le discours anticapitaliste du PTB.

NE PAS EFFRAYER LE BON BOURGEOIS

D’autre part, autre élément de la logique actuelle du parti : le PS veut aussi "ratisser" et se mettre dans la poche les classes moyennes au sens large. C’est-à-dire, la majeure partie de l’électorat, le vivier à voix centriste que toutes les formations politiques convoitent… Il ne faut donc pas effrayer le bourgeois : "Si ceux qui demandent qu’on fasse davantage contribuer le capital pour baisser la fiscalité du travail sont des bolcheviques, alors 80 % des Belges sont des bolcheviques", balance le président du PS.

Autrement dit, le message subliminal envoyé ici aux autres partis, du Nord comme du Sud, c’est que les socialistes "collent" à l’opinion générale et restent des modérés. Et sont surtout des gestionnaires avec lesquels il y aura moyen de négocier les prochains accords de gouvernement (au fédéral, à la Communauté, dans les Régions) en 2014.

 

 

LE PS POUR UN SOUTIEN CONDITIONNE AUX ENTREPRISES QUI S'ENGAGENT POUR L'EMPLOI

Vif

Le parti socialiste, réuni dimanche en congrès de rentrée à Charleroi, a appelé à élaborer un nouveau modèle socio-économique de rupture après la crise de 2008 - mais plus globalement après la crise "libéralo-capitaliste" qui sévit depuis 30 ans - qui passe notamment par des aides publiques conditionnées aux entreprises qui veulent créer de l'emploi.


© Belga

"Nous, socialistes, sommes prêts à aider les entreprises qui jouent le jeu de l'emploi, de la recherche et de la formation (...) Nous n'accepterons pas des réductions de cotisation ou d'impôts sans engagement des entreprises", a lancé le président du PS Paul Magnette, un discours également destiné aux demandes de baisses de charges généralisées du monde de la droite, alors que le MR a appelé récemment a une baisse de charges de 5 milliards d'euros pour relancer l'économie. "Les baisses de cotisations qui auraient pour seul effet de gonfler les bénéfices et les dividendes des actionnaires n'apportent rien à la société", a dit Paul Magnette.

Le PS demande notamment de poursuivre sur la voie des réductions ciblées de cotisations, comme cela vient d'être fait pour les cinq premiers emplois, et de la réorientation des intérêts notionnels dont ont profité des multinationales au détriment de l'emploi. Plus globalement, les socialistes plaident en faveur de cinq leviers pour actionner leur nouveau modèle socio-économique: l'enseignement et la formation, l'innovation, les coûts de production, le soutien aux services publics et au secteur non-marchand et la fiscalité.

La formation est aussi une responsabilité des entreprises, a rappelé PaulMagnette qui a également appelé à une simplification des dispositifs d'aides à l'emploi. Le président du PS a également demandé aux entreprises, et plus particulièrement aux PME, de se lancer pleinement dans l'innovation soutenue par les pouvoirs publics, singulièrement à travers le plan Marshall en Wallonie. On dit qu'il faut diminuer les coûts de production, et c'est en partie vrai, "mais on ne sera jamais moins cher que les Chinois ou les Indiens, parce qu'ils ne respectent ni les travailleurs ni l'environnement", a dit Paul Magnette.

Le coût du salaire peut également être discuté, mais de préférence entre partenaires sociaux, ont dit Paul Magnette et Laurette Onkelinx, cheffe de file socialiste au gouvernement fédéral. Mais il ne faut pas oublier que le salaire constitue un "revenu", du "pouvoir d'achat", avant d'être un coût, ont-ils précisé. Enfin, outre les pouvoirs publics et le non-marchand, qui participent également à la croissance économique, les socialistes ont également mis l'accent sur la fiscalité. "80% des Belges demandent qu'on taxe davantage le capital. 20% sont contre (étude RTL-Ipsos-Le Soir). Une étude de la BNB montre par ailleurs que 20% des Belges détiennent 60% du capital. Mon petit doigt me dit que les 20% qui ne veulent pas d'un impôt sur le capital et les 20% qui détiennent la majeure partie du capital, ce sont probablement les mêmes", a dit Paul Magnette. Selon le président du PS, "ce sont les mêmes qui défendent le secret bancaire et les niches fiscales, et qui, quand on s'y attaque, nous qualifient de marxistes, ou de bolchéviques (...) Alors 80% des Belges sont des bolchéviques, ce que je ne crois pas. Je crois simplement que 80% des Belges, qui sans être forcément pauvres, ne sont pas non plus riches, en ont marre de porter l'essentiel de l'effort parce que les plus riches contribuent peu. Et ils ont raison". Quod demonstrandum, pour le PS, "si on veut baisser le coût du travail sans abîmer le pouvoir d'achat, les services publics et la Sécu, il faut mettre le capital à contribution". Le PS exige enfin une réforme du secteur bancaire, prévue par l'accord de gouvernement, en vue de protéger l'épargnant face à la spéculation. 



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

PAS UN MOT SUR L'ENSEIGNEMENT

PAS UN MOT SUR L'INTERCULTUREL

Bel exercice de musculation pré-électorale, dans lequel Magnette excelle. Il s'agit, sans faire peur au bourgeois (la classe moyenne), de rassurer la puissante FGTB de la fidélité du PS aux idéaux de gauche et couper ainsi l'herbe sous les pieds du PTB.

Dehousse l'a dit: si la FGTB devait snober le Ps au profit du PTB, tous les efforts de Di Rupo pour adopter un profil de premier ministre consensuel se solderaient par une Bérézina électorale.  

Laurette a levé son petit poing idéologique de façon tout à fait symbolique, avant de quitter Charleroi pour rejoindre Lasne dans sa belle automobile.

Un internaute commente:

"Magnette est un spécialiste d'un coup à gauche suivi d'un coup à droite et il finit par se retrouver comme son parti assis entre deux chaises. En mai 2014 les chaises risquent de s'écarter et Magnette, président du PS, se retrouvera le c.. à terre! Là, comme partout où il est passé sa stratégie se révélera foireuse."

Et pas un mot, pas un traitre mot sur l'interculturel ou l'enseignement dont on sait qu'il est le plus inégalitaire, le plus onéreux et le plus inefficace de l'OCDE.

MG

 

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