mardi 1 octobre 2013

En politique, le fric, c'est pas chic

La Libre

CHARDON FRÉDÉRIC 



Plusieurs partis ont appelé hier à revoir à la baisse la prime de départ des parlementaires. Ce qui était admissible avant ne l’est plus et le philosophe Guy Haarscher décode le phénomène.

Le PS et le CDH veulent que le parlement fédéral s’attaque aux indemnités de sortie des parlementaires sans attendre la fin de la législature. Ils l’ont annoncé hier soir. Ecolo s’était déjà exprimé dans ce sens plus tôt dans la journée. Cette position a été adoptée dans la foulée de la décision de Stefaan De Clerckd’empocher sa prime de sortie de la Chambre alors qu’il est nommé président du conseil d’administration de Belgacom. 

À côté du cas du député CD&V, d’autres polémiques ont surgi ces derniers jours : les administrateurs-délégués des entreprises publiques recasés ailleurs ne devraient-ils pas renoncer à leurs juteuses indemnités de départ ? Le patron d’une intercommunale telle que Tecteo ne gagne-t-il pas trop? Ces débats sont venus s’ajouter au plafonnement du salaire des top managers publics fédéraux. Pour décoder cette actualité, "La Libre" a interrogé Guy Haarscherphilosophe et professeur ordinaire à la retraite de la Faculté de philo et lettres et de la Faculté de droit de l’ULB.F.C.

POURQUOI TOUT D’UN COUP CES POLEMIQUES SUR LA REMUNERATION DES TOP MANAGERS PUBLICS, LEURS INDEMNITES DE DEPART OU ENCORE LES PARACHUTES DES EX-PARLEMENTAIRES?

Cette actualité et les polémiques relatives aux primes de départ des ex-parlementaires, ou aux indemnités des anciens chefs d’entreprises publiques auxquels le gouvernement trouve une fonction dans une autre société, ne surgissent pas par hasard. C’est notamment lié à certains événements tels que la crise des subprimes et la faillite de Lehman Brothers en 2008, qui ont mis au premier plan la question des rémunérations et des parachutes dorés des responsables. Ces événements ont d’abord concerné le secteur privé, mais ils ont sensibilisé l’opinion publique à la question des rémunérations des dirigeants en général, y compris dans le secteur public et dans la politique.

N’Y A-T-IL PAS UN PHENOMENE DE SOCIETE PLUS PROFOND QUE LES SUITES DE LA CRISE FINANCIERE INTERNATIONALE ?

Parallèlement à cette sensibilité plus grande de la population, il y a aussi un mouvement de fond visant à la moralisation de la vie publique et à la recherche d’une plus grande transparence dans nos sociétés. Il faut ici distinguer deux débats. Il y a d’abord la question du niveau des rémunérations des chefs d’entreprises publiques ou privées. À ce sujet, je pense qu’un salaire élevé pour un dirigeant qui prend ses responsabilités et se révèle bon gestionnaire peut être justifié. D’autre part, il y a la question des avantages illégitimes. Dans le cas deStefaan De Clerck, sa prime d’ex-parlementaire devait lui servir à se reclasser ailleurs. Mais ici, le gouvernement l’a nommé à la tête du CA de Belgacom, ce qui rend cette prime injustifiée. S’il reverse vraiment cette somme à une association à vocation sociale, les informations données par la presse auront au moins servi à quelque chose.

LA MORALISATION DOIT-ELLE ALLER PLUS LOIN DANS LE SECTEUR PUBLIC QUE DANS LE PRIVE ?

Un tel débat portant sur les avantages des dirigeants est encore plus important dans le secteur public et en politique que dans le privé. Dans le public, il faut être “plus “catholique que le pape” en matière de légitimité des rémunérations, car c’est le domaine du bien commun. Ne pas faire cela se révélerait désastreux et dangereux pour la démocratie, car ce serait la porte ouverte à la démagogie populiste, en particulier au discours de l’extrême droite qui prospère grâce aux abus et à la corruption au sein de la sphère publique. Dans un climat de crise économique et budgétaire, quand on demande aux gens de faire des sacrifices, il y a aussi une question d’équité. Il serait très dommageable que la population ait l’impression que certains, dans le monde politique et dans les entreprises publiques, échappent aux mesures de rigueur qu’ils imposent aux citoyens et se trouvent donc “au-dessus des lois”.

AU FAIT, EST-CE VRAIMENT UNE BONNE CHOSE QUE DE “MORALISER” ?

Cette moralisation de la vie publique a aussi, comme tout phénomène, un revers : en France, François Hollande a décidé de publier la liste des avoirs de ses ministres, mais une telle transparence peut confiner au voyeurisme et alimenter l’esprit de “vengeance” de la société. Mais une telle recherche de transparence est en même temps normale dans nos sociétés démocratiques. Le phénomène prend encore plus d’importance à partir du moment où les gens ont l’impression de ne plus avoir de contrôle sur les dirigeants politiques pour lesquels ils votent et où ils voient ces derniers dépourvus de réel pouvoir sur une économie mondialisée infiniment plus puissante que les États. Il y a donc un sentiment de perte de repères, et cette question des rémunérations et avantages illégitimes dans le secteur public accroît encore le désarroi : la mondialisation et l’immoralité politique constituent deux chevaux de bataille de l’extrême droite.

POURQUOI FAUT-IL ATTENDRE QUE LES JOURNALISTES S’EN MELENT POUR QUE LES CHOSES CHANGENT ?

Si les médias n’avaient pas parlé de ces indemnités et primes de départ, en effet, le débat n’aurait tout simplement pas eu lieu et l’argent aurait été empoché en silence. Il est donc sain que les médias en parlent et poussent indirectement la classe politique à se comporter différemment. Si ces faits n’avaient pas été révélés, la classe politique ne se serait sans doute pas moralisée d’elle-même. C’est toute la question de la nature humaine et du sain pessimisme que l’on doit manifester à son égard. Montesquieu avait proposé que, dans l’organisation politique, “le pouvoir arrête le pouvoir”. De bonnes institutions suppléent l’absence de vertu, qui est la chose au monde la mieux partagée. La moralisation de la vie publique est certes très importante, mais il ne faut pas non plus imposer la transparence aux seuls politiques et dirigeants d’entreprises publiques. Le mouvement de moralisation doit toucher le monde des grandes entreprises privées, et bien entendu avant tout le secteur bancaire et financier.

A TITRE PERSONNEL, COMMENT JUGEZ-VOUS LES PRIMES DES EX-PARLEMENTAIRES, LES PARACHUTES DES DIRIGEANTS D’ENTREPRISES PUBLIQUES ?

Il faut couper l’herbe sous le pied des populistes et affirmer clairement que de telles indemnités sont illégitimes et dangereuses pour la démocratie.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

MORALISATION DE LA VIE POLITIQUE: UNE URGENCE


Il serait temps de se demander si la politique est un art, l'art de la gouvernance ou s'il s'agit d'une activité grassement rémunérée. A lire la presse, il semble bien qu'elle soit devenue pour une majorité de politiciens -dont quelques uns ont pratiquement des charges héréditaires (de politichiens disait De Gaulle)- un fromage permettant de vivre bien et même très bien. Où est la différence avec l'ancien régime? Je caricature, à dessein. Guy Haarscher révèle l'existence "d'un mouvement de fond visant à la moralisation de la vie publique et à la recherche d’une plus grande transparence dans nos sociétés."

On aimerait lui donner raison!

L'art de la gouvernance devrait constituer une activité décemment rémunérée que l'on exerce pour l'amour du bien commun. On en est vraiment très loin dans une société où l'argent gangrène tout, même la sphère politique, surtout la gente politicienne.

Les parachutes privés, les primes de départ somptuaires faussent le jeu et entrainent un élargissement considérable du fossé entre les moins bien payés et ceux qui le sont le plus généreusement.

Conséquence: "le discours de l’extrême droite qui prospère grâce aux abus et à la corruption au sein de la sphère publique tandis qu'on demande aux gens de faire des sacrifices. Il y a aussi une question d’équité. Il serait très dommageable que la population ait l’impression que certains, dans le monde politique et dans les entreprises publiques, échappent aux mesures de rigueur qu’ils imposent aux citoyens et se trouvent donc “au-dessus des lois”.

On ne saurait mieux dire et mieux raisonner.

(...) "Le phénomène prend encore plus d’importance à partir du moment où les gens ont l’impression de ne plus avoir de contrôle sur les dirigeants politiques pour lesquels ils votent et où ils voient ces derniers dépourvus de réel pouvoir sur une économie mondialisée infiniment plus puissante que les États. Il y a donc un sentiment de perte de repères, et cette question des rémunérations et avantages illégitimes dans le secteur public accroît encore le désarroi : la mondialisation et l’immoralité politique constituent deux chevaux de bataille de l’extrême droite."

Tout ceci induit une exigence générale en faveur de plus  de transparence dans nos sociétés.

" Il est sain que les médias en parlent et poussent indirectement la classe politique à se comporter différemment."

Mais il ne faut pas non plus imposer la transparence aux seuls politiques et dirigeants d’entreprises publiques. Le mouvement de moralisation doit toucher le monde des grandes entreprises privées, et bien entendu avant tout le secteur bancaire et financier.

Il faut couper l’herbe sous le pied des populistes et affirmer clairement que de telles indemnités sont illégitimes et dangereuses pour la démocratie."

Ce qui est gênant dans ce raisonnement c'est que Haarscher semble donner implicitement raison à l'extrême droite quand elle dénonce ces pratiques.

C'est Fabius qui disait autrefois que l'extrême droite pose les bonnes mais n'apporte pas les bonnes réponses.

C'est sûr que le contexte politique fume le terreau déjà très lourd de la droite extrême. Le succès du national-populisme en Flandre ne s'explique pas autrement.

L'article qui suit et les commentaires qui l'accompagnent méritent leur pesant d'or.

MG



LES SALAIRES ET LES PARACHUTES DORES POLEMIQUES DANS LE SECTEUR PUBLIC

FRÉDÉRIC CHARDON 

 Des chiffres qui donnent le tournis.

Plusieurs partis ont appelé hier à revoir à la baisse la prime de départ des parlementaires. Ci-dessous, huit exemples de parachutes très dorés dans les entreprises de service public de notre plat pays. Du plus "petit" au plus gros...

Jo Cornu

232 000 €

Le nouveau patron de la SNCB (étiqueté CD&V mais proche du SP.A Johan Vande Lanotte) ne gagnera plus "que" 290 000 euros car les salaires des topmanagers publics ont été plafonnés par le gouvernement fédéral. Toutefois, Jo Cornu, qui a passé une carrière au top dans le privé (ancien patron d’Agfa-Gevaert, entre autres), veut garder les mandats d’administrateur qu’il détient dans plusieurs entreprises. En 2012, ces mandats lui ont rapporté 232 000 euros. Le ministre Labille a demandé au comité de gestion de la SNCB de décider si cette situation est acceptable ou non.


Stefaan De Clerck

270 000 €

L’ancien ministre de la Justice CD&V pensait toucher sa prime d’ex-parlementaire (270 000 euros) sans faire de vagues. Mais, puisque le gouvernement fédéral lui a trouvé un job en or comme président du conseil d’administration de Belgacom, ses indemnités ont créé un "buzz". Après un moment d’hésitation, Stefaan De Clerck a finalement déclaré qu’il allait consacrer cette somme à soutenir des initiatives culturelles et sociales. Hier, le président du CD&V, Wouter Beke, a réclamé de nouvelles règles claires au sujet des primes de sortie des parlementaires.


Stéphane Moreau

588 000 €

Le salaire du patron de Tecteo (groupe constitué autour d’une intercommunale liégeoise et qui détient VooBeTV, etc.) n’est pas connu clairement. La question a été soulevée à l’occasion de la polémique qui a suivi l’annonce du rachat des Éditions de l’Avenir par Tecteo et qui a pris de court le monde politique. La transparence des structures du groupe dirigé par Stéphane Moreau (PS) fait l’objet d’un débat. De même que sa rémunération réelle que l’on dit très avantageuse. On parle de 588 000 euros. En tout cas, c’est bien au-dessus du plafond prévu au fédéral.


Jean-Claude Tintin

700 000 €

Le patron non reconduit de Belgocontrol (société publique en charge du contrôle du trafic aérien) demande des indemnités qui s’élèvent à environ 700 000 euros. Il estime que sa non-reconduction à la tête de l’entreprise équivaut à une rupture unilatérale de son contrat à durée indéterminée. Le secrétaire d’État à la Mobilité, Melchior Wathelet, avait appelé le CEO à renoncer à son parachute doré au nom de l’éthique. Chez Belgocontrol, Jean-ClaudeTintin (PS) a gagné en 2012 une rémunération fixe de 260 000 euros, augmentée d’une partie variable de 50 000 euros et d’autres avantages.


Jannie Haek

750 000 €

C’est l’exception qui confirme la règle : Jannie Haek (SP.A) perd son poste à la tête de la maison-mère du groupe SNCB (la SNCB Holding) et est recasé à la Loterie nationale. Mais, contrairement à Descheemaecker, il a annoncé qu’il renonçait à sa prime de départ de 750 000 euros. " Pas un de mes cheveux n’a pensé à prendre cette indemnité de départ ", avait-il déclaré non sans un certain humour… Il faut dire qu’il gagnait tout de même 512 000 euros par an au sein de l’entreprise ferroviaire. Il n’en gagnera plus que 290 000 à la Loterie.


Marc Descheemaecker

900 000 €

L’indemnité de départ de Marc Descheemaecker (Open VLD), futur ancien patron de la SNCB, s’élève à la somme énorme de 900 000 euros… Pourtant, le gouvernement fédéral lui a trouvé une occupation plus qu’intéressante comme président du conseil d’administration de Brussels Airport. Le ministre des Entreprises publiques, Jean-Pascal Labille, l’a appelé à renoncer à sa prime contractuelle de départ puisqu’il hérite d’une autre fonction publique. Mais, Marc Descheemaecker semble vouloir passer outre et empocher le jackpot.


Johnny Thijs

1,1 million€

Le patron de Bpost a été clair : il ne veut pas diriger l’entreprise publique pour 290 000 euros, c’est-à-dire le plafond auquel le gouvernement fédéral veut fixer les rémunérations des top managers. Il faut dire que le salaire de Johnny Thijs chuterait lourdement puisqu’il est actuellement de 1,1 million d’euros par an. Mais il a précisé qu’il était " prêt à faire un effort ". Une source proche du dossier confirme que l’équipe d’Elio Di Rupo sait bien qu’elle n’arrivera pas à diminuer aussi radicalement le salaire du CEO de Bpost, une entreprise soumise à la concurrence.


Didier Bellens

2,5 millions €

Si le gouvernement fédéral sait qu’il n’arrivera pas à raboter le salaire du patron de Bpost à 290 000 euros, a fortiori, c’est aussi le cas pour Belgacom. Le dirigeant de la société de télécoms à capital public est encore plus élevé : 2,5 millions d’euros environ. Mais Belgacom est cotée au Bel20, est soumise à un environnement hyper-concurrentiel… Comment débaucher un patron de haut vol pour le même salaire que ce que percevra, par exemple, le futur patron deBelgocontrol ? La question est difficile à trancher. L’État fédéral devrait exiger tout de même une diminution salariale.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LA PAROLE EST AUX INTERNAUTES

On observera toutefois qu'il n'y a aucune femme parmi ces nababs de lanomentakura  et pas un seul Belge issu de l'immigration, seulement des Flamands et des Wallons aux ordres de la particratie belge. Et attention ceci n'est que la pointe visible de l'iceberg.

La parole est aux internautes:

"C'est vraiment indécent, surtout quand on sait que ce n'est pas leur mérite qui les a placés à de telles situations, qu'ils sont immédiatement recasés par les petits copains politiques.
Ils pensent tous valoir de telles sommes et être indispensables, en plus ils le prennent de haut..." 

"Quand je pense qu'on bloque des salaires de 1.500 euros bruts......pour des années !"

"Je souhaite un article sur ce que coûtent les 6 parlements du Royaume de Belgique et leurs nombreux parlementaires en :

- salaires
- primes et indemnités (notamment pour le staff)
- pensions "

 

"Jo Cornu: SPA
Stefaan De Clerck: CD&V
Stephane Moreau: PS
Jean-Claude Tintin: PS
Hannie Haek: SPA
Marc Descheemaecker: VLD
Johnny Thijs: CD&V
Didier Bellens: PS"
"belle brochette de capitalistes de tous poils..!!!"

 

"Selon nos informations, nombre de politiciens considèrent le cas de M. Bellenscomme le plus préoccupant.
Certes, ce Monsieur est bardé de diplômes prestigieux, doté d'une expérience hors du commun, manager d'exception grand travailleur devant l'éternel, et a amené une entrerprise très technologique au sommet de ses compétences et de sa valeur.
Mais regardons les choses en face. Sa carrière démontre qu'il est incapable cumuler les sinécures, de mentir au grand public, et de gagner plein de pognon rien qu'en remuant du vent.

Il n'y a donc pas de raison que M. Bellens soit mieux payés que nos politiciens, qui sont, quant à eux, plus qu'experts dans ces domaines d'élite.
Ce point fait l'unanimité des partis de la coalition, et même de l'opposition."

"Les grosses têtes donnent leurs préavis et ont déjà un nouveau poste sur-rémunéré et ils réclament encore une prime de départ ? et allez savoir quel sera le montant de leurs pensions ? c'est à vomir."

"Si au moins ces postes étaient ouverts à tous, et qu'on prenait le meilleur.
(A la poste, ils se débrouillent pas mal. Mais à la SNCB... même moi je ferais mieux)"

"Moi mon salaire est de moins de 20000 EUR brut par an, je n'ai pas de parachute doré, je rame pour payer mon logement, mon énergie, mon chauffage, la scolarité des enfants et je me prive pour essayer de faire vivre ma famille dans des conditions décentes.... et pourtant les impôts que je paie servent, non pas à aider ceux qui ont moins que moi, mais à PAYER CES PARASITES!"

"Qu'on légifère et qu'on supprime les parachutes dorés, point barre, préavis de 3 mois, comme tout le monde!"

 

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