mercredi 2 octobre 2013

Feu vert à l’accord de coopération culturelle Wallonie-Bruxelles-Flandre

Le Soir

JEAN-MARIE WYNANTS 

L’accord de coopération culturelle entre la Flandre et la Fédération Wallonie-Bruxelles a été approuvé ce mardi matin par un vote à l’unanimité du parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

BELGA PHOTO / LAURIE DIEFFEMBACQ.

Attendu depuis de très nombreuses années, cet accord, lorsqu’il sera définitivement signé, devrait faciliter les relations entre les structures culturelles des deux communautés, la circulation des artistes et de leurs créations dans tout le pays mais aussi une politique commune des deux communautés sur certains gros dossiers à discuter au niveau fédéral ou international.

Après bien des vicissitudes, des avancées suivies de reculades et des changements de ministre de l’un ou l’autre côté de la frontière linguistique, les deux ministres de la culture actuelles, Fadila Laanan et Joke Schauvliege, en avaient fait une de leurs priorités communes.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

L'UNION FAIT LA FORCE

L'union faisait la force de ce royaume. La désunion prépare son malheur. De plus en plus, la Flandre et la Wallonie se tournent le dos en se comportant comme deux entités culturelles, sociales et politiques qui s'ignorent superbement. Et voici que deux femmes, une flamande du CD&V et une socialiste bruxellois issue de l'immigration brisent un tabou et une lance en faveur de la coopération culturelle belgo-belge car, comme l'écrit Béatrice: "les « cultures » se rendent compte, au nord et au sud, que c’est en coopérant qu’elles sont également plus fortes."

Comme souvent nous l'avons écrit ici-même, les artistes montrent la voie à suivre: "Les artistes n’ont pas attendu que le politique coopère pour travailler ensemble, échanger acteurs, salles, pièces, œuvres et pour démontrer avec panache que, de ces coopérations et échanges, naissaient des productions internationalement remarquées et qui tissent désormais une véritable légende des artistes belges, flamands ou francophones, à l’étranger."

Un internaute pas vraiment convaincu commente: "Entièrement d'accord. Mais ce n'est que le premier accord de ce genre. Une multitude d'autres vont suivre pour les alloc., les impôts, les redevances, le code de la route, les normes de pollution, ... et j'en passe. "

Un second intervenant observe, non sans sarcasme: "L'accord de coopération culturelle Wallonie-Bruxelles-Flandre est signé". Dissoudre l'ancien Royaume et gaspiller l'argent du contribuable et des années pour en arriver à ca. Faut-il vraiment féliciter nos politiciens ?"

Voilà qui en effet ne manque pas de piquant.

 

LA CULTURE BELGE N’EST PLUS UBULAND. BRAVO!

Béatrice Delvaux, Éditorialiste en chef du Soir

C’était l’absurdité favorite soulignée par Tom Lanoye, l’écrivain star flamand, lorsqu’il présentait ses livres et ses pièces au sud du pays : «  La Flandre a signé des accords de coopération culturels avec le monde entier, en ce compris la Mongolie… et pas avec les francophones  ! » Il ne le dira plus : sa blague est périmée. Depuis hier, le fameux accord de coopération culturelle entre la Communauté flamande et la Fédération Wallonie-Bruxelles est en effet acquis. Désiré, négocié, conclu et signé par les deux ministres de la Culture il y a quelques mois, il est désormais voté par la Commission ad hoc du Parlement de la Communauté française. Et le reste va suivre.

On dit cet accord historique. Il l’est. Dans ce pays compliqué, et dans le contexte qu’on sait, c’est un pas fondamental et peu banal qui a été franchi. Il est véritablement à mettre au crédit des deux ministres, Joke Schauvliege et FadilaLaanan qui y ont cru et ont bataillé pour que ce lien entre les deux communautés se concrétise. Alors qu’on régionalise un maximum de compétences, il y a quelque chose de provocant voire d’ubuesque à ce qu’au même moment, les « cultures » se rendent compte, au nord et au sud, que c’est en coopérant qu’elles sont également plus fortes. Mais l’accord mérite plus que du cynisme à bon marché, il vaut qu’on le salue et, surtout, qu’on l’utilise. Il n’est pas là pour être mis sous verre ou servir de trophée politique, il est un très bel outil avant tout.

Le côté historique tient à sa caractéristique peu banale dans un pays où il est souvent question de séparer plus que de réunir, mais il est dû aussi au fait qu’il a été négocié par d’autres, sans jamais aboutir. Les deux ministres ont été non seulement convaincues de son intérêt, mais elles ont aussi écouté un secteur où, quel que soit l’art concerné, les artistes n’ont pas attendu que le politique coopère pour travailler ensemble, échanger acteurs, salles, pièces, œuvres et pour démontrer avec panache que, de ces coopérations et échanges, naissaient des productions internationalement remarquées et qui tissent désormais une véritable légende des artistes belges, flamands ou francophones, à l’étranger.

Les deux ministres méritent d’autant plus de bravos sur ce coup-là que ce qu’elles ont conclu, sera désormais plus difficile – ou en tout cas extrêmement visible et provocant – à dénouer. Et avec mai 2014 qui approche, on n’est jamais trop prudent !

 

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