mercredi 9 octobre 2013

Il y a des limites aux mots

Béatrice Delvaux

Les mots ont un sens. Ils ne s’utilisent pas n’importe comment, n’importe où. Il y en a même qui ne s’utilisent pas du tout. Jamais. C’est cela que l’affaire « Vande Walle », après le cas « Trullemans », rappelle.

Le racisme est latent dans nos sociétés, de tout temps. La difficulté d’accepter l’autre, sa différence, la tendance à attribuer des « défauts », des travers (avérés ou non) non à un raisonnement, une conviction, une personnalité, mais à des origines, une « race », une identité sexuelle. Bien digne d’un Wallon ! Ça c’est bien un Noir ! Evidemment, un Juif… Sous ces termes ou leurs « synonymes » du Café du commerce, des cours de récré ou des réunions de famille après le pousse-café, dont « pur Belge » est une déclinaison. Alors quoi ? On laisse dire, on laisse aller ? Pour acheter la paix d’une réunion qui sinon va dégénérer, éviter la fâcherie qui nous fera quitter la pièce, pour garantir notre acceptation sociale au travail, au club de sport.

Entre ceux qui dénoncent le politiquement correct qui décidément n’ose pas nommer les choses et ceux qui franchissent la ligne rouge par pur réflexe raciste, il y a parfois ces derniers temps une frontière de plus en plus difficile à définir ou à imposer. D’autant que le Café du commerce et ses pratiquants sont, sur nombre de médias et pas que sociaux, mis en évidence, valorisés : ils font de l’audience. La « simplicité » sans background historique, scientifique ou sans réflexion éthique parle à l’oreille des gens, bien plus que la complexité ou la nuance de ceux qui, parfois, par leur culture et leur savoir donnent le sentiment d’exclure l’autre, moins « initié ». Le « go ! » est d’autant plus donné à cette expression libre du « racisme banalisé » que certains, dans le monde politique, ne s’en privent désormais pas, eux non plus. L’exemple le plus flagrant et le plus affolant concerne cette ministre italienne, noire, traitée par certains de ses collègues dans les instances parlementaires, d’« orang-outan », cris de singes à l’appui.

C’est à cela que mènent les « c’est pas si grave, on ne va rien dire » accumulés au quotidien. Et la question aujourd’hui n’est pas de savoir si Philippe VandeWalle est ou pas raciste, elle est de sanctionner ses propos, qui le sont. Il faut des gens qui disent non. Ce fut vrai dans l’histoire, cela le reste aujourd’hui. La RTBF et RTL, diffuseurs d’informations vers le grand public, sont à saluer pour les décisions prises. Elles ne sont pas populaires, mais elles sont nécessaires. C’est pour avoir rétabli cette hiérarchie trop souvent inversée, qu‘il faut les louer. Les balises sont indispensables, le no pasarán !,  nécessaire ; ce rappel est salutaire.

 



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE MEDIATIQUEMENT CORRECT


Il y a désormais deux types de discours: le médiatiquement correct et l'autre, celui qu'on entend en famille, au bistrot, en salle des profs, à l'atelier, en vacances au bord des piscines de luxe ou de fortune. Où est la frontière? Le papier tournesol sert au prof de chimie à distinguer les bases des acides. Le révélateur du politiquement correct c'est le forum électronique des lecteurs des quotidiens. D'une part l'article du journaliste qui se surveille, d'autre part le discours des internautes qui se lâchent.

Et encore, ces forums sont tempérés, censurés par des modérateurs sévères.

Il circule sur internet des vidéos, des messages, des montages qui vilipendent les arabes, les noirs, les rouges, les jaunes, les Roms surtout et les blondes.

Plus le médiatiquement correct tente de corseter le discours de l'info plus le relâchement s'empare  du discours de la rue.

C'est un signe des temps, un baromètre du mal être général en quête de boucs émissaires.

Avant 1989 (chute du mur et du rideau de fer) personne sauf Hergé ne caricaturait les gitans. Depuis dix ans les Roms sont l'objet de tous les quolibets. Qu'est ce qui a changé? Les Roms n'étaient nulle part, désormais ils sont partout et leur comportement de nomades,pas toujours exemplaire, les  "singularise".

Le relâchement du discours du citoyen lambda qui travaille dur et paye ses impôts  se nourrit du comportement relâché des profiteurs

en tous genres qu'ils soient du côté du manche ou de la cognée.

La disparité scandaleuse des salaires et des revenus n'y est pas étrangère.  Certes "les balises sont indispensables, le no pasarán !,  nécessaire ; ce rappel est salutaire."

Mais il ne faudrait pas imaginer qu'une chasse sévère aux signifiants ( les mots d'oiseaux) suffira à éradiquer la prolifération des signifiés (le ressenti profond du citoyen lambda) .

Le relâchement du discours et celui du langage résultent du relâchement des normes et des valeurs d'une société en rapide déclin.

MG

 

 

 

 

Aucun commentaire: