dimanche 13 octobre 2013

Jacques Delors: « Mon candidat pour la Commission: Pascal Lamy»


Béatrice Delvaux


Invité du Grand Oral Le Soir/RTBF, l’ancien président de la Commission européenne donne son avis sur l’Europe et dévoile le nom de son favori pour reprendre la Commission : Pascal Lamy. Entretien vidéo.

Trois jours pour réinventer l’Europe : c’est ce qui a poussé – encore ce samedi jusque 17H – plus de 6.000 personnes à se ruer vers Bozar pour participer aux débats multiples, rencontrer et interpeller des intervenants prestigieux, polémiques, culturels ou politiques.

Ce rendez-vous organisé par le « Nouvel Observateur » en lien étroit avec Le Soir, De Standaard et la RTBF était placé sous le patronage de Jacques Delors. L’ex-président de la Commission européenne est un mythe, devenu aussi l’incarnation de cette Europe dont beaucoup sont orphelins. Jeudi soir, lorsqu’il est entré devant 2.000 personnes sur la scène de la salle Henri Le Boeuf, l’applaudimat était impressionnant. Le public veut lui dire qu’il l’aime c’est une évidence. Lorsqu’on lui fait part de cette remarque, il sourit et nous confie que lorsqu’il se promène dans les rues de Bruxelles – une ville (et un pays) qu’il adore – il est arrêté tous les deux mètres par des gens qui veulent le saluer, lui dire leur affection.

« Il faut rappeler Jacques Delors », lançait avec force Guy Verhofstadt vendredi soir, à ses co-débatteurs et ex-premiers ministres comme lui, italien et espagnol,MM.Monti et Zapatero. Revenir ? Vous le découvrez à l’écoute du Grand oral, Jacques Delors ne dirait pas non, bien au contraire, si son âge (88 ans), ne l’en empêchait pas. A défaut d’y aller lui, il donne le nom de son candidat préféré : Pascal Lamy, qui fut son collaborateur et termine son mandat de directeur de l’Organisation Mondiale du Commerce. Lorsque nous lui dévoilons le choix de Delors, Pascal Lamy nous répond, vendredi dans les couloirs du colloque, avec un léger sourire : « Il y a un lien filial entre lui et moi… »

 

 

 

« AU CONSEIL DES MINISTRES EUROPEEN, C’EST LE BAZAR »

« Ils sont 28. Ils veulent tous parler et personne ne prépare vraiment ces discussions. Si par exemple, il y avait un conseil des ministres des affaires générales et qu’on se mette d’accord sur le fait qu’on va, par rapport à tel projet, défendre deux ou trois points, alors ça deviendrait clair. Mais c’est le bazar. Je veux dire qu’il faut donc des méthodes de travail nouvelles. Et l’idée fausse pour Sarkozy et Mme Merkel à un moment : le conseil européen, c’est eux qui décident. Enfin,. Ils se réunissent quatre fois par an – les conseils des ministres nationaux toutes les semaines –, ils vont saisir les problèmes d’une manière géniale ?! Non, la méthode de travail est contestable ! »

« MON FAVORI A LA PROCHAINE CANDIDATURE A LA PRESIDENCE DE LA COMMISSION ? PASCAL LAMY »


Jacques Delors refuse de critiquer Manuel Barroso, l’actuel président de la Commission, pourtant très controversé et souvent accusé de tous les maux qui frappent cette Commission paralysée. Mais il donne le nom de son candidat favori à ce poste : « On va m’accuser de favoritisme, mais le meilleur candidat serait Pascal Lamy (actuel directeur de l’OMC) ». « Il fait peur à certains qui le jugent comme un socialiste devenu libéral, adepte de la mondialisation ? « Il fait peur aux gens qui aiment se faire peur la nuit ! Qui ont besoin d’un cauchemar chaque nuit. Ils se le créent eux-mêmes. Dans tout son travail, Pascal Lamy a montré que sur le plan économique la liberté nécessite des marchés mais nécessite une régulation. C’est d’ailleurs le type même de l’économie allemande : économie sociale de marché ».

EXTREMISMES ET POPULISMES ?

La montée des extrémismes et des populismes en Europe rappellent une période noire de l’histoire, peut-on comparer aux années 30 ?

« Tout peut arriver. J’avais 10 ans, en France,. Même pas, j’avais 5 ou 6 ans, mon père était mutilé de la guerre de 14-18 et j’ai vu les fractions de droite qui arrivaient avec des cannes avec des clous au bout, etc. Une partie du déclin de la France, dans ma jeunesse, j’ai ressenti ça, est venu ça. Et donc ça peut revenir, les extrémistes peuvent revenir quand des peuples n’en peuvent plus ou ne comprennent plus ».

 


BELGIQUE : « JE SUIS PLUS OPTIMISTE QU’IL Y A TROIS ANS »

« Sur la Belgique, je suis plus optimiste qu’il y a trois ans. Les nerfs sont moins à vif qu’il y a deux-trois ans. Alors, avec les élections, ce qui se passera… mais je reste optimiste quand même ».

QUAND VOUS ENTENDEZ LA NV-A (QUI EST LE PARTI NATIONALISTE FLAMAND QUI EST LARGEMENT EN TETE DES SONDAGES) DIRE QUE FINALEMENT SON PROGRAMME POLITIQUE PEUT SE RESOUDRE DANS L’EUROPE, QUE LA BELGIQUE PEUT SE DISSOUDRE UN JOUR DANS UNE EUROPE DES REGIONS. PENSEZ-VOUS QUE C’EST POSSIBLE ? LES CATALANS DISENT LA MEME CHOSE ETC.

« D’abord aucun conseil européen n’acceptera de prendre une décision comme ça »

DONC POUR VOUS C’EST IMPOSSIBLE QUE L’EUROPE VALIDE UN JOUR UNE SEPARATION DU PAYS ?

« Non. c’est une sorte de fuite en avant. Si ça continue comme ça, les historiens diront en 2040 que le nombre des frontières a été multiplié par deux, le nombre des pays par deux et tout cela sans que la paix soit venue dans le monde. Il faut faire attention. Nous sommes à un moment clé de ce point de vue. A force de se replier sur soi, de chercher une identité par agressivité aux autres, on risque de créer un monde fulgurant, un monde plein de menaces : une poudrière ».

 

« MON PROJET POUR L’EUROPE : L’EUROPE UTILE ! » 

« Moi j’ai un projet. Je vous ai dit : l’Europe utile ! L’Europe utile aujourd’hui. L’Europe est chamboulée, perturbée et elle manque actuellement d’institutions solides, d’institutions qui fonctionnent clairement – que les citoyens comprennent – et aussi de visions. Pour les grandes idées, on n’a qu’à se réunir à quelques uns, élaborer quelque chose et puis l’annoncer, mais la philosophie ce n’est pas l’urgence ».

 

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

BOZAR REINVENTE L'EUROPE EN TROIS JOURS A BUREAUX FERMES


Oui, il y avait du monde au palais des Beaux Arts et des panels d'une grande qualité réunis par le Nouvel Obs pour réinventer l'Europe en trois journées denses et bien remplies.

Jacque Delors m'a franchement déçu. Pourquoi choisir Lamy?

Selon le père de Martine Aubry : pour trois raison majeures, la première: il fut son collaborateur et son poulain, la deuxième: il est socialiste comme Jacques Delors, la troisième: il est français.

Comment est-il concevable qu'un Jacques Delors qui incarne l'Europe, qui est Monsieur Europe au carré ne voie donc, comme unique successeur possible à Barruso, qu'un français, socialiste de surcroit comme lui. C'est ça l'esprit européen?


Il aurait pu tout aussi bien désigner Martine Aubry sa fille.

Qu'on se souvienne de Guy Verhofstadt, qui prend lui le risque majeur de publier un livre avec Cohn Bendit qui n'est ni flamand ni libéral comme lui.

Constatons avec plaisir que notre ancien premier fut très chaleureusement applaudi dans son intervention passionnée en faveur du fédéralisme européen.

Son volontarisme forcené contraste avec les interventions molles de ses collègues, fussent-elle d'une grande intelligence comme Mario Monti (qui pourrait lui, fort bien succéder à Barruso).



Très en verve, Verhofstadt lança: "Oui, on a commencé à l'envers, avec la monnaie unique. Et maintenant on dit: merde, il manque ceci ou cela. Un Etat sans monnaie cela s'est vu, une monnaie sans Etat, jamais"

"Certains rétorqueront: nous allons perdre notre identité nationale

Entretemps on perd nos boulots!"

"On observe la faillite de ceux qui sont convaincus que le marché peut se passer de règles. "

"C'est la souveraineté commune qu'il faut inventer"

"Au vrai il n'y a pas de crise mondiale de la croissance. Il y a stagnation en Europe par l'incapacité des leaders européens d'harmoniser leurs points de vue."

Il est urgent de faire de la bonne pédagogie sur ce qu'est, surtout sur ce que doit devenir l'Europe. Oui, on peut comprendre l'euroscepticisme des jeunes frappés de plein fouet par le chômage. Pour qu'ils ne se détournent pas du projet européen il serait bon de les sensibiliser à leurs racines communes.


De toute évidence "l'Europe est la meilleur alliée des jeunes".(Monti)

Il est urgent de restaurer la confiance envers l'idée européenne en instaurant une union fiscale, sociale et culturelle.

Ceci implique de s'accorder enfin sur le remède de cheval -des réformes structurelles- à imposer à l'Europe pour la sortir de l'ornière.  

Il serait bon de reparler enfin de culture.

Pour l'écrivain américain Douglas Kennedy de passage à Bruxelles, "la culture européenne n'existe pas!"

Il pourra rentrer ravi aux States: personne ne l'a contredit sur ce point! Ses partenaires de discussion ont admis qu'il existait certes une culture sociale européenne totalement différente de l'américaine.


Pour le reste on laissa entendre que l'Europe multiculturelle observe une renaissance des particularismes régionaux (culture bretonne, gaëlique, flamande, frisonne etc.) La culture européenne ne pourrait exister que grâce à unemétamorphose, une  révolution opérée sur elle-même par interactions et entrechoquements des langues et par le dialogue des cultures. Nous appelons cela la dynamique interculturelle sur DiverCity. Il s'agirait d'une culture dynamique, émancipatrice, libératrice, indignée, rebelle, subversive, diverse mais rassembleuse à partir de valeurs communes. La culture, la civilisation européenne est la seule qui jette des ponts entre les diverses cultures qu'elle respecte.


Ce qui doit fonder l'Europe c'est sa diversité, selon Jean Michel RibesLa vocation culturelle de l'Europe est de libérer la pensée. Les artistes doivent continuer à se révolter en étant plus résistants que collabos. Il ne faudrait pas qu'elle soit une forteresse qui nous enferme  et nous conditionne. C'est par leur singularité et leur sens critique que les artistes résistent.

La Belgique, patrie du surréalisme  est comme un microcosme culturel de l'Europe au carrefour de la latinité, de la germanité et du monde anglo-saxon: en cela elle est plus laboratoire que conservatoire de la culture européenne. Bruxelles serait une sorte de prototype de l'interculturalité cosmopolite.


Il est temps de mobiliser la culture européenne pour réenchanter l'Europe et nous sortir des formatages. Pour Luc Dardenne notre culture se doit de jeter des ponts, c'est en cela qu'elle est un modèle. La Belgique est une Europe en réduction, un bouillon de culture, un brouillon de cette belle culture européenne en devenir.

Seule la culture peut nous réveiller du cauchemar européen et réenchanter le rêve, en pariant sur le coeur plus que de la raison.

MG

 

 

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