mercredi 23 octobre 2013

« J’en ai marre de l’Holocauste »

Le Vif


Professeur à l’ULB, autorité internationale en matière de droit d’auteur, avocat des héritiers de Tintin ou de la famille royale... le parcours du « zinneke de Bruxelles » Alain Berenboom aurait de quoi ravir son père, immigré juif polonais arrivé en Belgique dans les années 1930, lui qui était si attaché à faire de son fils un bon Belge. Après plusieurs romans qui l’ont installé comme un écrivain reconnu « de la Communauté française de Belgique », voilà qu’il livre avec Monsieur Optimiste un tendre et étonnant regard sur la vie de ses parents. Rare parce que l’Holocauste n’y dicte pas tout. Essentiel pour ce qu’il nous révèle de l’évolution du vivre ensemble. Car le cosmopolitisme qui faisait le charme – et le caractère éminemment juif – de Bruxelles, tend à reculer devant la montée des communautarismes. De quoi ne pas rendre Alain Berenboom très... optimiste.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

ZINNEKE COSMOPOLITE


Plus zinneke que lui, tu meurs! Plus subtil, plus paradoxal et facétieux, il faut vraiment chercher beaucoup et sans doute en vain. Il était déjà comme ça à 15 ans, élève attentif dans la classe de cinéma de André Delvaux à l'athénée Fernand Blum ou dans les coulisses des inoubliables soirées littéraires qu'y organisait cet autre ado surdoué, Jacques De Decker et sa clique de l'Esprit Frappeur.  Dans la classe du grand Jo DelahautBerenboom comprit- il nous fit publiquement cette confidence à la maison des arts- qu'il ne serait jamais peintre, encore une désillusion. N'avait-il pas imaginé devenir pape un jour, mais un pontifex polonais, fallait quand même pas trop rêver?  Comme dit De Decker, Berenbouch ce « déboulonneur d’idoles intellectuelles » c'est notre Woody Allen européen. Il en a la dégaine et surtout l'esprit perpétuellement en éveil.


En  lançant son "j'en ai marre de l'holocauste"  il rejoint l'anti-club de Groucho Marx qui affirmait: "don't care to belong to any club that will have me as amember".  (Je refuse d'appartenir à un club qui me voudrait comme membre).


Cette boutade sidérante risque de lui coller longtemps à la peau. Il n'en a cure et l'assume pleinement. "Je suis belge et juif, et j’assume totalement cette culture de l’exil, minoritaire, cosmopolite, humaniste, tolérante, différente de la culture israélienne, forcément basée sur des idées nationalistes"

Un exemple vivant pour tous les immigrés de seconde et troisième génération, quelle que soit leur religion d'origine. Elio di Rupo, l'homme qui marche sur l'eau, en est un autre! Tous les deux ne doivent-ils pas leur ascension à la qualité de l'enseignement reçu et à la stimulation d'enseignants d'exception, véritables éveilleurs de talents?

Je n'ai pas encore lu son "Monsieur optimiste" mais je m'apprête à le dévorer comme son savoureux "pigeon" cuisiné  "à l'italienne" .


MG

 




Ce livre raconte l'"histoire d'un homme apparemment sans histoires. A sa mort son fils le redécouvre à travers les archives familiales. Se dessine ainsi le portrait d’un Don Quichotte original et aventureux, mauvais juif, mauvais polonais, qui, sous couvert de patronymes différents, a vécu plusieurs vies avec l’indéfectible optimisme des vrais héros."

Mais c’est l’humour avant tout qui définit le mieux son style, l’humour sous toutes ses formes, « de l’ironie féroce ou douce-amère au burlesque le plus délirant. Il fait feu « contre tous les conforts idéologiques » (D. Meurant).



'MONSIEUR OPTIMISTE' D'ALAIN BERENBOOM 

Revue Regards


Après dix romans policiers, l’avocat-écrivain Alain Berenboom nous revient avec Monsieur Optimiste, et une histoire tout à fait personnelle, la sienne et celle de ses parents. Quand un Bruxellois « sans mémoire » tente de retrouver ses racines... Une réussite que vous pourrez découvrir avec l’auteur le jeudi 24 octobre 2013 à 20h30 au CCLJ.

POURQUOI CE LIVRE, MAINTENANT ?

Beaucoup d’écrivains, c’est vrai, écrivent leur histoire dès leur premier livre. Il m’a fallu à moi dix fictions, certes avec quelques éléments autobiographiques, pour raconter mon histoire. J’ai donc beaucoup tourné autour du pot, et c’est mon éditrice, en définitive, qui a voulu en savoir plus, après avoir lu mon texte « Je suis un écrivain de la Communauté française de Belgique » dans lequel je me sers justement de mon histoire familiale. Je pense que sa demande est venue aussi à un bon moment, j’avais cette envie de me pencher dessus et j’avais eu le temps de fourbir mon outil littéraire. Je suis un écrivain, pas un mémorialiste. Je ne voulais donc pas livrer un témoignage brut, mais raconter mon histoire sous une forme littéraire. Ce qui m’a freiné aussi jusque-là, c’est que mes parents ne m’avaient jamais rien raconté, ou par bribes, ils avaient même tout fait pour que je me désintéresse de leur histoire en tenant de fabriquer un petit Belge pure souche. Je n’avais donc pas encore réuni toutes les pièces du puzzle. La dernière raison, enfin, est politique. Que signifie « être juif » quand on est laïque, et belge quand votre pays se déchire ? A travers l’histoire de mes parents, ce livre est un questionnement sur ma propre identité, avec quelle transmission pour nos enfants.

COMMENT VOTRE PERE QUE VOUS PENSIEZ UN PETIT PHARMACIEN « SANS HISTOIRE » EST-IL DEVENU L’HOMME QUE VOUS ADMIREZ ? SON OPTIMISME ET SON INCROYABLE CAPACITE A REBONDIR ONT-ILS JOUE UN ROLE ?

Probablement, oui. J’ai aussi voulu soulever ce défi de faire un livre sur une relation harmonieuse entre un fils, son père et sa mère. Avec le temps, je me suis rendu compte de l’incroyable vie de mes parents et de toute leur génération d’ailleurs. Je trouve incroyable que des gens qui ont survécu à tant d’obstacles aient pu donner à leurs enfants une éducation aussi tournée vers l’avenir, avec un vrai message d’optimisme et d’amour de l’humanité. Ma mère a échappé au ghetto de Vilnius, comme sa sœur d’ailleurs aujourd’hui âgée de 93 ans et qui vit au Canada, alors que 95% des Juifs y ont péri. Mon père a évité de peu le ghetto de Varsovie, et sa mère s’en est échappée. Mes parents ont donc échappé aux deux principaux ghettos de l’Est, se retrouvant avec un destin bien plus aventureux que la plupart des aventuriers de fictions. Mon père a eu aussi, c’est vrai, cette capacité de rebondir et de tout recommencer après être chaque fois passé par les sept cercles de Dante. Il a du mérite Monsieur Optimiste.

VOUS EVOQUEZ REGULIEREMENT LES ALBUMS D’HERGE. QUEL LIEN SON HISTOIRE A-T-ELLE EU AVEC CELLE DE VOTRE PERE ?

J’admire beaucoup son œuvre. Hergé et Tintin correspondent aussi à la représentation parfaite du Belge des années 30 aux années 60. J’ai vu un parallèle intéressant entre le pharmacien « sans histoires » qu’était mon père et Tintin, petit reporter, lui aussi sans histoires, mais déclencheur autour de lui d’un tas d’événements. Tintin est un peu le double belge parfait de mon père. Mon père a voulu émigrer en Palestine et Hergé a voulu émigrer en Amérique latine, mais je soupçonne ce dernier d’avoir prévu cette escale pour se rendre lui aussi en Israël, un pays qu’il aimait beaucoup… Je n’ai jamais pensé qu’Hergé était antisémite. C’était un extraordinaire buvard de l’air du temps. Certains de ses albums rendent donc compte de l’irrespect et du mépris inconscient des Juifs qui régnaient alors.

L’HUMOUR RESTE INDISSOCIABLE DE VOS RECITS… UNE NECESSITE ?

L’humour n’est-il pas la politesse du désespoir ? Mon père, resté optimiste toute sa vie, a probablement été sauvé par l’humour. Ne suis-je pas d’ailleurs Monsieur Optimiste Junior ? L’humour permet également des audaces, des sarcasmes, pour faire passer des choses qui au premier degré pourraient paraitre un peu choquantes. J’ai toujours été attiré par les grands écrivains juifs, Sholem Aleichem, Singer, Bellow, Philip Roth, Woody Allen… Je me retrouve dans leur univers mêlant la tragédie au comique.

QUEL JUIF ETES-VOUS DEVENU ?

Je ne suis en tout cas sûrement pas devenu avocat par hasard. En me lisant la Bible toute mon enfance, comme une vision historique, tout en me répétant que Dieu n’existait pas, mon père m’a inculqué très tôt la valeur de justice. Je me suis assez vite aussi intéressé aux récits de la guerre. Ma première pièce de théâtre, écrite à l’âge de 18 ans, s’appelait « Adolphe - 2 », racontant façon burlesque les deux derniers jours passés par Hitler dans son bunker, en tournant autour de l’injustice de cette guerre. Je suis belge et juif, et j’assume totalement cette culture de l’exil, c’est-à-dire une culture minoritaire, cosmopolite, humaniste, tolérante, différente de la culture israélienne, forcément basée sur des idées nationalistes. L’Etat d’Israël idéal est encore à créer selon moi. A la question maintenant de savoir si ne pas connaitre mon histoire m’a permis de m’épanouir pleinement, avec quelques ombres qui me hantent, ou si en le connaissant, je serais parvenue à dépasser le vécu de mes parents, je n’en connais pas la réponse.


Propos recueillis par Géraldine Kamp

 

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