mercredi 9 octobre 2013

Lecture, écriture... les adultes français ne brillent pas

Par Caroline Brizard

L’OCDE publie ce mardi sa première enquête internationale sur les compétences des adultes, sur le modèle des fameuses enquêtes PISA.

 

Lecture et écriture : les adultes français pas brillants (PHOTOPQR/NICE MATIN/F FERNANDES)


Après les mauvais résultats de la France aux enquêtes PISA successives, la série noire continue. Les mauvais esprits diront que l’on aime à s’auto-flageller, mais les chiffres sont là : en France, on lit et on compte moins bien que dans les autres pays de l’OCDE. Et les Français nés à l’étranger, encore moins bien que les Français nés en France, ce qui en dit long sur notre capacité d’intégration.

Ces différences, et ce n’est pas un scoop, s’expliquent plus qu’ailleurs par l’origine sociale et le niveau de formation. En France, quand on naît pauvre, on a moins de chance qu’ailleurs d’accéder à une bonne formation, et d’acquérir des connaissances essentielles. Voilà ce que révèle la première évaluation des compétences des adultes de 16 à 65 ans (PIAAC) conduite par l’OCDE entre septembre et novembre 2012 auprès d’un panel représentatif de 7000 personnes, et rendue publique aujourd’hui.

LA DEMOCRATISATION DE L’EDUCATION DEPUIS 50 ANS PORTE SES FRUITS

Dans un niveau de 1 à 5 (1 le plus bas, 5 le plus haut), seuls 7,7% des Français se situent aux niveaux 4 ou 5 pour les compétences en lecture, contre 11,8% dans les 24 pays de l’OCDE participants ; 34% des Français se situent au niveau 3, soit 4 points en dessous de la moyenne. Pour les compétences en "numératie", un anglicisme qui désigne les capacités à utiliser des concepts mathématiques et à résoudre des problèmes, les Français ont aussi plus de quatre points de retard sur le score moyen.

A l’inverse, les adultes ayant un niveau 1 ou inférieur à 1 sont plus nombreux qu’ailleurs. Ils représentent 21,6% des personnes interrogées, contre 15,5% en moyenne ; en "numératie",  28%, contre 19% en moyenne. Certes, les jeunes adultes font mieux : les 16-44 ans obtiennent des scores plus proches de la moyenne des pays de l’OCDE, tout en restant inférieurs. La démocratisation de l’éducation depuis 50 ans porte ses fruits, même si l’école reste injuste et incapable de gommer les inégalités sociales de départ.

HOMMES ET FEMMES DANS LE MEME BATEAU

Cette évaluation PIAAC inclut aussi des informations fines sur le niveau de formation, les contextes social et linguistique, et le rôle qu’ils jouent pour trouver un emploi. On y trouve confirmation de faits souvent évoqués, mais rarement mis en parallèle avec les pays étrangers. Il ressort qu’en France, le diplôme initial joue un rôle plus important dans votre destin social et professionnel que dans la moyenne des autres pays, tout comme pèsent davantage les études supérieures de vos parents.

Dans la vie d’adulte aussi, le déterminisme social est plus fort qu’ailleurs. Mais il est légèrement compensé par la situation du marché de l’emploi : l’enquête montre que si le salaire horaire et la probabilité d’occuper un emploi sont bien liés au niveau de compétences de l’individu, ce lien est moins fort en France qu’en moyenne. Les écarts de salaire entre un Français du groupe 1 et un Français du groupe 4 ou 5 sont moins élevés que dans la moyenne des pays de l’OCDE. Autre surprise, dans ce lot de nouvelles en demi-teinte : les différences de compétences entre les hommes et les femmes sont du même ordre de grandeur qu’ailleurs. Voire inférieures !   


 

COMMENTAIRE DE DIVERITY

DEBUT DE DECIVILISATION?


La France ne se porte vraiment pas bien et son enseignement, comme l'enseignement de Communauté française s'avère peu performant.

Il serait temps de s'interroger sur les causes de ces dysfonctionnements. Mais voilà, faute de budget on ne saura pas où on se situe dans l'échelle des (in)compétences, c'est dire...

Certes les ingérences du politique dans le domaine pédagogique avec une succession ininterrompue de réformes n'est pas de nature à améliorer le rendement de l'enseignement. Mais il y a autre chose que pointe une enquête des universités flamandes. Il semblerait bien que de plus en plus d'enseignantes et enseignants soient issues de l'enseignement professionnel ce qui n'augure pas spécialement d'un haut niveau intellectuel de la profession.


 

LECTURE/MATHS: PAS DE BUDGET POUR EVALUER LES FRANCOPHONES

LAURENT GÉRARD La Libre



BELGIQUE Wallonie et Bruxelles n’ont pu participer à l’enquête de l’OCDE.

Vous connaissez certainement Pisa, le Programme international pour le suivi des acquis des élèves. Cette enquête de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) compare les performances en mathématiques, lecture et sciences des élèves âgés de 15 ans dans plusieurs dizaines de pays. La Finlande et la Corée du Sud y obtiennent généralement de beaux résultats. La Flandre aussi. La Communauté française, elle, se retrouve souvent sous la moyenne internationale.

Ce mardi, l’OCDE a présenté les premiers résultats d’une nouvelle enquête, dénommée PIAAC, qui évalue cette fois les compétences des adultes, en lecture et mathématiques. On y apprend que les Japonais de 16 à 65 ans sont les plus performants. La Flandre obtient pour sa part des résultats supérieurs à la moyenne.


Et la Communauté française ? Pas de nouvelle. On ne trouve pas traces des Wallons et des Bruxellois dans cette nouvelle étude, à laquelle ont pourtant participé 24 pays membres ou partenaires de l’OCDE, dont la plupart des pays européens et la totalité de nos voisins, sauf le Luxembourg.

L’enquête PIAAC ne manquait pourtant pas d’intérêt. Car Bruxelles et la Wallonie manquent de données fiables sur le niveau des compétences de la population, sur le taux réel d’analphabétisme,… "Cette étude aurait pu nous fournir des données précieuses pour nourrir des politiques d’alphabétisation, de formation continue ou de mise à l’emploi , explique une universitaire qui connaît bien le dossier. C’est dommage. Si nous avions pu y participer ne fût-ce qu’une seule fois, cela nous aurait permis de faire le point. Mais là, on n’a aucune info."

"IL FAUT FAIRE DES CHOIX"

La Fédération Wallonie-Bruxelles avait pourtant marqué son intérêt pour le projet PIAAC. Un collaborateur de l’Iweps (Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique) a même pris part à des réunions préparatoires avec la Flandre. "Mais la Communauté française et la Région wallonne n’ont pas débloqué de budget. Cela aurait pu mettre en danger la participation à Pisa. On a dû arrêter. Il était pourtant intéressant de pouvoir se comparer à d’autres pays. PIAAC est devenu un outil de référence, qui donne une idée de sa position par rapport à des normes internationales, notamment sur la part des personnes en difficulté en lecture ou en calcul. C’est un thermomètre, qui fournit des scores, mais également des explications aux scores."

Car PIAAC est aussi une étude qualitative, où chaque enquêteur rencontre les personnes à leur domicile, durant une ou plusieurs heures. Ce qui explique son coût élevé. La Flandre a dû réaliser plus de 5 000 enquêtes de terrain et la Communauté française aurait dû en faire autant. Ajoutez à cela la participation aux frais de l’équipe internationale de recherche, et vous arrivez à un coût de près de 700 000 euros . "Notre budget total s’élève à 1 million d’euros, explique l’administrateur général de l’Iweps, Sébastien Brunet. On s’est dit que c’était impossible."

Malgré l’intérêt de l’enquête, et malgré l’insistance d’associations comme Lire et Ecrire, qui réclament des statistiques fiables en matière d’alphabétisation, la Wallonie et Bruxelles n’ont pas pu (voulu) dégager le budget nécessaire. "Ces enquêtes coûtent très cher. Il faut faire des choix" , confirme une source ministérielle. Chez le double ministre-Président Demotte (PS), on précise que c’est bien le prix qui a freiné les francophones, mais sur base d’un avis négatif de l’Iweps quant au rapport coût-bénéfice.

Résultat des courses : alors que Slovaques, Estoniens ou Polonais ont trouvé les fonds nécessaires pour se doter de ces données précieuses, on ne sait pas où en sont les adultes bruxellois et wallons en lecture et maths. M. Brunet annonce cependant que l’Iweps va utiliser les données PIAAC des régions comparables à la Wallonie et développer des outils statistiques alternatifs à moindre coût. C’est déjà ça. 

 

 

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