lundi 14 octobre 2013

Lettre ouverte à tous les étudiants qui font la guindaille

UNE LETTRE DES PARENTS DE THOMAS 


Dans quelques jours ce seront les 24h vélo de Louvain-la-Neuve. Et tout cela recommencera. Les beuveries, les guindailles, les excès en tous genres. Que veut-on ? D’autres étudiants morts ?

Une lettre des parents de Thomas, jeune étudiant de l'UCL décédé le 11 octobre. 

Aujourd’hui vendredi 11 octobre 2013, mon fils Thomas, 20 ans, est mort. Si je m’adresse à vous, tous les jeunes et étudiants de Belgique et d’ailleurs, c’est pour lancer un grand cri. Un grand cri de tristesse et d’indignation. 

Thomas est mort en tombant d’un pont à Louvain-La-Neuve, il a fait une chute de 6 mètres qui lui a été fatale. Pourquoi je m’indigne ? Pourquoi je hurle ma douleur et m’adresse à vous, les étudiants ? Tout simplement car Thomas avait fait la fête, avec ses potes, comme tous les étudiants en fait, surtout maintenant en période de baptêmes estudiantins. Thomas avait trop bu, comme tous les copains. La guindaille, vous connaissez ? Les soirées beuveries dans les cercles étudiants et les kots, ça vous dit quelque chose ? Les soirées à « jusqu’à plus soif » quand les copains restés sobres essayent de vous convaincre de ne pas prendre la route et d’aller vous coucher ? Vous voyez ce que je veux dire ? Vous avez déjà vécu cela, par vous-même ou vos amis ?

Il est grand temps de s’indigner contre l’excès d’alcool dans les soirées estudiantines. L’alcool tue, la preuve. Alors oui, c’est vrai qu’il y a un mort pour 100.000 bitures.....C’est peu en fait me direz-vous, mais quand c’est un jeune de 20 ans et que c’est votre fils, cela vous paraît inacceptable, révoltant, injuste. Thomas était un garçon formidable, gentil, honnête, studieux ( il venait de rentrer en 3° année d’ingénieur de gestion à l’UCL ), il aimait la vie, était heureux, bien dans sa peau, il avait plein de copains et une charmante petite amie depuis deux ans. Thomas n’avait pas de problèmes d’alcool, ce n’était pas un alcoolique. Non, il buvait dans les soirées d’unif, de la bière comme tout le monde. Car dans le milieu estudiantin, « si tu ne bois pas, t’es pas vraiment dans le coup, dans l’ambiance ». Les tournées de verres de boissons alcoolisées envahissent les tables, les pompes à bières débitent jusque tard dans la nuit....

Si je m’adresse à vous aujourd’hui, vous qui faites la fête dans les unifs et les écoles supérieures, vous qui avez 20 ans et qui vous croyez indestructibles, vous qui ce soir, demain, la semaine prochaine boiront chopes sur chopes pour « faire la fête », au point de ne plus tenir debout, indignez-vous et dites NON à l’alcool. Si vous ne le faites pas pour Thomas que vous ne connaissiez pas, faites le pour vous, pour vos parents, pour vos amis.

Dans quelques jours ce seront les 24h vélo de Louvain-la-Neuve. Et tout cela recommencera. Les beuveries, les guindailles, les excès en tous genres. Que veut-on ? D’autres étudiants morts ? Il y aura des « morts-bourrés » et peut-être aussi des morts tout court, des vrais. Toi ? Ton copain ? Ton frère ?

Toi, étudiant aujourd’hui , qui te prépares à bientôt faire la fête, mobilise-toi pour que cela cesse. Vous les jeunes avez aujourd’hui les réseaux sociaux pour vous mobiliser, vous avez la parole, pour vous indignez. Utilisez Facebook,Twitter et les autres pour réfléchir à la manière de consommer de l’acool dans les soirées estudiantines. Et pas que là d’ailleurs : les clubs sportifs, les mouvements de jeunesse, les soirées en tous genres sont autant d’endroits où faire la fête rime trop souvent avec soulographie.

Vous êtes jeunes, c’est normal que vous vouliez faire la fête, mais pour Thomas la fête est finie, à tout jamais.

Etudiant, si tu lis ce message, parles-en avec tes amis. Parents, si vous lisez ceci, parlez en en famille avec vos enfants, tant qu’il est encore temps. Pour moi, c’est maintenant trop tard.

Jeunes de toutes origines, mobilisez-vous contre l’excès d’alcool dans les soirées. Parlez-en autours de vous, imaginez des guindailles et des sorties d’un genre nouveau, où la pompe à bière ne conditionne pas le succès de la soirée. Prévoyez un BOB, laissez vos clés au vestiaire, et limitez l’alcool à tous prix, car vient tôt ou tard un moment où vous n’êtes plus vraiment maître de vous mêmes.

Etudiants, indignez-vous de ce qui vient d’arriver à un chic type de 20 ans du Brabant Wallon et mettez tout en oeuvre pour que cela ne vous arrive pas, ni à vos amis. faites que Thomas ne soit pas mort pour rien. 

André et Catherine Dusausoy, le papa et la maman de Thomas

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

UN BUS ANGLAIS NOMME BEUVERIE

 

Superbe lettre rédigée par d'admirables parents. Elle fait un buzz sur le net et en incite plus d'un à réfléchir.

Non, l'étudiant inconnu n'est pas mort dans les tranchées boueuses comme soarrière-grand-père, ni à bord de son Spitfire en flammes comme son grand-père au même âge. Il est décédé "bêtement" en tombant d'un pont comme ce bleu de l'ULB qui mourut la tête écrasée sous les pneus d'un camion transformé en char. Il ne buvait pas, il étudiait et réussissait, il est décédé pourtant. Que signifie cette mort? Peut-on lui trouver un sens? On me dira et on me dit d'ailleurs qu'il s'agit d'un rite d'initiation nécessaire. Initiation à quoi?


Une étudiante française qui poursuit des études vétérinaires à Liège, comme sa compatriote tombée dans le coma pour avoir absorbé trop d'eau m'a expliqué en long et en large qu'il existait des chartes et que toutes les précautions sont prises,que tout cela est strictement réglementé. Comme les centrales nucléaires, en somme! Et surtout, il faut bien comprendre, me dit cette baptisée, qu'il s'agit d'une initiation au libre examen à l'ULB et d'un exercice d'intégration et de fraternité étudiante à Liège-Cureghem. Les moutons se bourrent la gueule, seuls les sages disent stop: c'est cela le sens du baptême. C'est, fondamentalement une opération intégration au sein d'une faculté rude qui prépare à un métier qui exige endurance et caractère. On vous y prépare, un peu comme on déniaise les commandos: connaître ses limites physiques et psychologiques pour les vaincre : le froid, le manque de sommeil, l'ébriété, le dégoût...


Question: combien de filles parmi les comitards organisateurs? Aucune! Combien de filles baptisées? Plus de la moitié! Combien de bleus d'origine immigrée? Euh...

Ah bon!


Voyons cela de plus près... baptême (du verbe grec  ancien Βαπτίζειν baptizein, fréquentatif du verbe Βάπτειν baptein, « plonger dans un liquide ») est un rite ou un sacrement symbolisant la nouvelle vie du croyant chrétien. Morts par rapport à leur ancienne vie caractérisée par le péché, les nouveaux chrétiens ressuscitent dans une nouvelle et éternelle vie avec Christ. La cérémonie du "coming out" symbolise le témoignage public de la conversion.

« Alors Jésus vint de la Galilée au Jourdain vers Jean, pour être baptisé par lui." 

Certaines confessions chrétiennes regardent le baptême comme un choix personnel : le baptisé doit vouloir faire ce choix et l'assumer, comme l'étudiant moderne, en somme.

Le baptême génère une re-naissance. Les navires sont baptisés au champagne etles étudiants à la pils: de médiocre qualité pour les poils, de bons brassins pour les comitards.

Dérivé du bain rituel juif (mikvé) le baptême participe d'un symbolisme qui renvoie, selon  Carl Gustav Jung, à la vie intra utérineL'immersion figureune noyade virtuelle et purificatrice ; mort et renaissance en l'occurrence en vue d'entrer dans le cercle sublime des étudiants baptisés et s'intégrer plus aisémentau sein de la faculté.

Il semblerait que chaque président de baptême imprime avec plus au moins de bonheur ou de sadisme son "coup de griffe" personnel à l'affaire: visite à Wallibi, lavages de voitures, virées au carré, mises en scène de saynètes folklorique, mémorisation de chants et surtout des noms des augustes comitards togés ou capés . On croit rêver. Les épreuves vécues en commun visent à solidariser le groupe cimenté par le folklore étudiantA la faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Liège , 15 % des étudiants se disent victimes de discrimination dans leur faculté pour avoir refusé d'être baptisés.



Mais comment peut-on entamer correctement une année universitaire par trois semaines d'épreuves épuisantes moralement et physiquement?

Et ne parlons pas des dégâts provoqués par les abus de consommation de la boisson culte de l'étudiant: la pils de fabrication belge.

En sortant de la Cinematek Flagey samedi soir je vis descendre un bus rouge londonien à deux étages bourré d'étudiants se bourrant la gueule en chantant des chants folkloriques, en hurlant leur mépris du bourgeois. En fait ils crachent dans la soupe qu'ils espèrent boire dans quelques années... 

Pas le moindre immigré à bord. Est-ce à dire que les musulmans répugnent à pratiquer la beuverie expresse appelée "binge drinking" en anglais?

MG


DITES DESORMAIS "BEUVERIE EXPRESS", PAS "BINGE DRINKING"

Le Monde.fr 


Boire beaucoup (plus de quatre à cinq verres en moins de deux heures) et très vite. C'est ce qu'on appelle le binge drinking, appellation venue d'outre-Manche au début des années 2000. Le terme anglo-saxon souvent utilisé jusqu'ici pour désigner cette pratique a désormais son équivalent en bon français, "beuverie express. Le terme "beuverie express" désigne, selon la Commission générale de terminologie et de néologie, l'"absorption massive d'alcool, généralement en groupe, visant à provoquer l'ivresse en un minimum de temps".

Très étudié en Grande-Bretagne, ce phénomène, qui touche en particulier les jeunes, reste mal évalué en France, même si des spécialistes s'en inquiètent, utilisant également les termes de "biture express" ou "alcool défonce". "J'aimerais qu'on puisse creuser cette question du bingedrinking ailleurs qu'en Angleterre, car il y a un certain nombre d'indices qui laissent penser que cela existe en France", déclarait en janvier dernier Maud Pousset, directrice de l'Observatoire français desdrogues et toxicomanies (OFDT).

En juin, une étude de l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (Inpes) estimait que la consommation d'alcool régulière reste rare chez les 15-30 ans (2,5 %, contre 27 % chez les 61-75 ans) mais que ceux-ci s'adonnent de plus en plus au binge drinking : 25,5 % reconnaissent avoir bu au moins six verres en une seule occasion au cours du mois écoulé, contre 18 % des 31-45 ans et 10 % des plus de 60 ans. Et, comme pour le tabac, après plusieurs années de baisse, la consommation d'alcool est repartie à la hausse, plaçant la France au 12e rang européen pour les ivresses ponctuelles. 

Oui aux mots étrangers qu'on adopte quand ils enrichissent notre langue. Mais là, "beuverie express" est une bonne expression car elle dit très bien en français de quoi il s'agit : une vieille tradition (la beuverie) mise au goût de notre époque pour la rapidité!! Faut espérer que dans quelques années, l'expression (anglaise et française) tombera en désuétude parce que la répugnante pratique de la chose sera passée de mode. 

La plupart des parents d'ados français savent depuis assez longtemps qu'effectivement, cela existe en France. Et pas qu'un peu.


 

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