mercredi 6 novembre 2013

Bruxelles? Il faut s’en montrer digne


Béatrice Delvaux, Le Soir

Forcer les Bruxellois à choisir entre être Flamand ou Wallon pour obtenir leur « kit » de droits et de devoirs ? La proposition de la N-VA est inacceptable. Sur le plan fondamental, elle organise une ségrégation entre des populations qui vivraient différemment dans la même rue. Elle est aussi en décalage complet avec la réalité bruxelloise. Les nationalistes flamands ne seraient-ils plus venus dans la Région depuis les années 80 ou 90 ? Celle-ci n’est plus une addition de Wallons et Flamands exilés. Bruxelles, c’est une identité partagée mais c’est aussi un ensemble de pouvoirs acquis, et dont on ne voit pas pour quelle raison soudain, ils seraient exercés par deux « superpuissances ».

 

Nous l’écrivions jeudi dernier : « La vision de la N-VA sur Bruxelles correspond à ce que nombre de Flamands pensent. » Le Bruxelles avec trop de communes, de zones de police, un manque de coordination entre la Région et les communes, etc., nourrit les critiques au nord du pays. Nombre de décisions prises démentent ce constat, mais d’autres ne font que leur donner raison. La farce électorale à Bruxelles-Ville est de celles-là. Le mensonge des socialistes de la Grand-Place avant, pendant et après les élections communales, sur l’engagement du bourgmestre, de M. Thielemans, est lamentable. La désinvolture et le cynisme avec lesquels ce départ est annoncé, le seul fait qu’un bourgmestre estime normal de quitter son mandat après un (!) an, alors que son successeur n’a pas de capital électoral, reviennent à se moquer du monde. Déni de démocratie, mépris de l’électeur et du citoyen : est-ce cela gérer une ville et être digne d’une Région à part entière ? Où sont les projets, à part de carrière ? La gestion de l’évacuation du Gesù par le PS Emir Kir ne vaut guère mieux. Fallait-il régler le problème ? Oui. Mais avec tact. Où est la responsabilité citoyenne ? Où est la coordination Région-commune dont on nous assurait que « ça roulait », pour justifier qu’on ne fusionne pas les 19 communes ?

Il faut éviter de donner raison à la N-VA ? Alors il va falloir s’y prendre autrement, au PS bruxellois notamment. Car la pantalonnade mayorale à Bruxelles-Ville peut désormais être brandie comme un étendard par la NVA lors de sa tournée électorale. Les Bruxellois, eux, doivent se dire qu’ils ont bien du souci à se faire.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

DÉCRÉDIBILISATION


On savait le politique en perte de vitesse par rapport aux pouvoirs économiques et financiers. Mais on ne mesurait pas, à quel point le carriérisme des élus avait pris le pas sur les enjeux, notamment à Bruxelles : l’enseignement, la précarisation et l’interculturel.

Rien de tout cela ne semble prioritaire par rapport au plan de carrière de nos édiles.

Un internaute commente :

« Et le MR si prompt à donner des leçons au PS ne dit rien à Bruxelles-ville ? Accord déjà scellé pour gérer la Région ensemble ? certainement. De toutes ces mascarades, la politique bruxelloise n'en sortira pas grandie et le citoyen finira par le payer lors des prochaines élections. A force de se regarder le nombril et gérer sa carrière, les politiques oublient qu'ils sont des élus et non des employés, ils sont censés être au-dessus de la mêlée et montrer l'exemple, le PS critique les hauts salaires et le pouvoir de l'argent, mais quand un bourgmestre âgé de 69 ans demande un salaire équivalent à ce qu'il avait, on lui donne immédiatement là où le citoyen reçoit une pension plutôt faible comparé à son salaire...et le PS se dit social et proche des gens... »

A agir comme il le fait, le monde politique se décrédibilise complètement aux yeux de son électorat.

On aimerait que le Soir organise un sondage (un de plus) pour mesurer l’impact qu’aurait, sur la population bruxelloise cosmopolite la proposition de De Wever d’opter pour une sous-nationalité.

Il se pourrait que les résultats soient tout à fait surprenants quand on constate que plus de 20% des ketjes de Bruxelles d’origine immigrée fréquentent l’enseignement flamand. S’il s’agit de payer moins d’impôts et de bénéficier d’une meilleure couverture de sécurité social, beaucoup seront enclin à obéir au dictat du portefeuille.

La « flamandisation » de Bruxelles pourrait être sérieusement accélérée par les « chipotages » des élus socialistes bruxellois qui s’apparentent de plus en plus à des magouilles internes entre privilégiés du parti. Gare à la vague d’anti politisme qui spontanément déferle sur l’Europe.

Les silences de Paul Magnette et de Laurette Onkelinx ne grandissent pas le président du parti et la présidente de sa section bruxelloise pourtant volontiers redresseurs de torts.



PERAITA : UNE BOMBE SOUS LE SIÈGE DE MAYEUR

Olivier Rogeau - Journaliste Le Vif/L'Express

Yvan Mayeur, bourgmestre de Bruxelles à partir du 16 décembre, est mal pris dans l’« affaire Peraita ».

Chaud, très chaud, l’après-Thielemans ! La démission du bon Freddy, poussé vers la sortie par Laurette Onkelinx, présidente de la Fédération bruxelloise du PS, aurait dû, selon le plan concocté depuis des mois par les socialistes, se dérouler sans turbulences. Mais l’ « affaire Peraita », qui éclabousse depuis deux semaines Yvan Mayeur, actuel président du CPAS de Bruxelles-Ville et futur bourgmestre de la commune, change la donne. En cause : le manque de transparence dans la gestion du Samusocial, pointé par un rapport explosif de l’Inspection des Finances, et les avantages - salaire de top manager, logement du CPAS ayant bénéficié d’un subside régional pour « rénovation d’immeubles isolés » - dont bénéficie Pascale Peraita, la directrice de cette ASBL qui a pour vocation de venir en aide aux personnes en grande précarité.

Le rapport demandé par la Commission communautaire commune (Cocom), l’une des institutions qui subsidient le Samusocial, soulève plusieurs questions sur le manque de transparence des flux financiers entre l’ASBL et la CPAS de la Ville, une éventuelle double subsidiation entre la Cocom et le Fédéral, des libellés de factures flous, un déplacement pour 30 personnes à Alicante, en Espagne, en juin dernier… L’Inspection des Finances relève, en outre, que la directrice de cette ASBL touche un salaire brut annuel de 192 705,34 euros, dont 46 899,52 de charges patronales et 33 047,56 euros de primes de garde et horaires décalés. « Eu égard à la vocation du Samusocial, cette rémunération est choquante », a réagi Joëlle Milquet, le chef de groupe CDH au conseil de la Ville, renvoyée dans l’opposition suite aux dernières élections.

D’ici la fin du mois, le Samusocial doit justifier ses comptes. Mais déjà, on s’interroge sur les conditions dans lesquelles la directrice chargée des sans-abri bruxellois occupe un logement du CPAS. Yvan Mayeur prétend qu’il ne s’agit pas d’un logement social. Or, l’appartement est situé dans le complexe de la Savonnerie, un immeuble à vocation sociale, qui compte, selon nos sources, 35 logements inclus dans un contrat de quartier, et 10 autres logements subsidiés par la Région bruxelloise dans le cadre d’une « rénovation d’immeubles isolés ». L’appartement de Pascale Peraita fait partie de ces 10 logements-là, pour lesquels des conditions financières strictes doivent être respectées quant au revenu des locataires. Conditions non remplies par la directrice du Samusocial.

Un contrôle effectué sur place par l’administration régionale a conclu au non-respect des règles locatives pour un appartement du complexe occupé depuis septembre 2011. Le CPAS a admis les faits : Yvan Mayeur a accepté, en juillet dernier, de rembourser le subside obtenu pour cet appartement de trois chambres habité par un ménage de trois personnes gagnant trois fois plus que le montant maximum autorisé. L’appartement visé semble bien être celui qu’occupe Pascale Peraita et ses deux enfants. Malaise... D’autant que l’actuelle directrice du Samusocial est pressentie pour diriger le CPAS de la Ville, une fois Mayeur devenu bourgmestre et Thielemans recasé comme secrétaire général du Parc des Expositions de Bruxelles.

 

 

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