vendredi 15 novembre 2013

"J’ai hélas découvert le visage hideux de la Belgique!"


ANNICK HOVINE La Libre

Une enseignante, qui aide les Afghans sans droit de séjour, "effrayée" par ce qu’elle a vu.


Du chaos, de la terreur et de la violence généralisée qui sévissent en Afghanistan, Tessa de Briey en connaissait, jusqu’en septembre, surtout ce qu’en rapportaient les médias. Peu après la rentrée scolaire, une amie propose à cette maman de quatre grands enfants, professeur de français, d’animer un atelier créatif, rue du Trône à Ixelles, où des familles afghanes qui ont fui leur pays ont trouvé un (fragile) refuge. Elle y entend les témoignages, parfois terribles, de victimes d’un conflit qui s’éternise depuis trente ans. "J’ai gardé le dessin d’une petite fille de 5 ou 6 ans qui nous a expliqué que son papa était mort."

Au-delà de cette confrontation avec la réalité afghane, elle découvre, "hélas !" , au contact de ces familles sans droit de séjour mais inéloignables, "le visage hideux de la Belgique" .

"J’y suis allée et j’ai été sidérée de voir tous ces enfants, non scolarisés, alors que tous parlent français ou néerlandais. Ils étaient ravis de chanter des petites chansons d’école." Le lendemain, c’était l’expulsion de la rue du Trône. "J’ai été interdite d’accès au bâtiment. Je voulais récupérer le matériel pour le donner aux enfants." Malgré son insistance, cela a été impossible.


RACONTER DES HISTOIRES

 Le lundi suivant, 30 septembre, l’enseignante se rend à l’église Sainte-Croix avec l’intention de lire des histoires aux enfants. "On ne pouvait faire entrer ni eau ni nourriture. Une amie qui était à l’intérieur m’a dit qu’un policier leur avait dit de boire l’eau des bénitiers."

A l’extérieur, les forces de l’ordre lui répliquent que les enfants peuvent sortir et qu’elle peut leur raconter des livres sur la place. "Je savais que, comme moi, ces enfants ne pourraient plus revenir dans l’église près de leurs parents. Je leur ai dit, très calmement, que ce n’était pas possible d’accepter cela, que ma grand-mère, mon arrière-grand-mère et mon grand-oncle n’avaient pas fait de la résistance en 1940-1945 pour voir cette Belgique-là." Réponse du responsable policier : "Je vais vous mettre en arrestation administrative." Symptôme de l’attitude répressive adoptée à l’égard des actions citoyennes de soutien aux sans-papiers.

Il y a eu aussi ce cri, aux échos sinistres, "Raus !" , lancé par un des cinq policiers alignés sur le parvis de l’église à une dame qui les photographiait.

Quand, finalement, les Afghans sont sortis de l’église, une partie d’entre eux ont été dirigés vers un local paroissial où il n’y avait rien, sinon une toilette et une cuisine. Tessa de Briey et son mari se mettent dare-dare à la recherche de matelas et couvertures pour la trentaine de femmes et enfants qui, sans cela, auraient dû dormir à même le carrelage et le ventre vide. "J’étais sidérée de voir que cela pouvait exister en Belgique, que personne ne se préoccupe d’une trentaine de personnes, dont une vingtaine de jeunes enfants, en détresse." Deux soirs de suite, l’enseignante et son mari ont apporté et partagé le repas du soir avec ces demandeurs d’asile afghans. L’occasion de lier des liens privilégiés.

 

CAMION POUBELLE

 Tessa de Briey suit ensuite ces familles, d’hébergements provisoires en expulsions : chaussée de Charleroi, rue Vandeuren, rue du Trône, bis… "Cette fois-là, je ne me suis plus laissée faire et j’ai réussi à trouver un policier humain qui m’a laissé entrer dans le bâtiment pour récupérer les couvertures." Même si un employé communal, "visiblement hostile", s’arrangeait pour les jeter dans le camion poubelle dès que les sympathisants des Afghans avaient le dos tourné. Des enfants et des femmes en état de choc sont arrivés de la manif aux abords de la zone neutre, qui avait donné lieu à des brutalités, poursuit Mme de Briey. Des policiers se moquaient d’eux et ont refusé qu’une personne récupère un médicament pour son enfant cardiaque. "J’ai alors exprimé haut et fort mon indignation devant tant d’inhumanité et un excès de zèle confinant au racisme."

Depuis quinze jours, l’enseignante se rend tous les deux jours à la rue de la Poste, où ont échoué plusieurs familles afghanes, pour des aides ponctuelles.

Au-delà de cette solidarité très concrète, l’enseignante essaie aussi de sensibiliser les citoyens. "Ce qui m’effraie, c’est d’entendre et de voir chez nous et aujourd’hui, des comportements, des paroles qui rappellent étrangement des faits lus dans des œuvres autobiographiques ou des journaux intimes écrits dans les années trente , alerte-t-elle. Même si le contexte est différent, je pense que si on n’y prend pas garde, nous nous dirigeons vers des années d’obscurantisme dont je voudrais préserver mes enfants et éventuels petits-enfants."

Dans ce but, la citoyenne a pris contact avec des élus communaux et envoyé des e-mails au Premier ministre, Elio Di Rupo (PS), et à la ministre de l’Intérieur, Joëlle Milquet (CDH). Demeurés jusqu’ici sans réponse.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

OBSCURANTISME


«  Je pense que si on n’y prend pas garde, nous nous dirigeons vers des années d’obscurantisme dont je voudrais préserver mes enfants et éventuels petits-enfants." Un groupe de parlementaires nationalistes et europhobes est en train de se constituer sein du Parlement européen. Danger !

Ce témoignage donne froid dans le dos.

Il rend compte du rejet viscéral de l’autre dans sa souffrance et surtout dans sa différence.

Il est facile de dire que la Belgique, la France, l’Europe ne peuvent accueillir toute la misère du monde ce qui au demeurant n’est pas faux. Il est plus difficile d’affronter concrètement les conséquences d’une telle affirmation sur le terrain, face au visages des demandeurs d’asile. La forteresse Europe est assiégée de toutes parts par des réfugiés politiques, sociaux, économiques qui fuient l’enfer pour retrouver un autre visage de cet enfer.  Seule une politique  européenne commune et concertée pourra faire face humainement à cet afflux de candidats réfugiés.

Cela dit, Il faut bien voir que cette enseignante généreuse et engagée ne fait rien d’autre qu’imiter celui que la parabole de sa religion nomme le bon Samaritain. Et cela mérite le plus grand respect.

Peu l’imitent et beaucoup, en revanche, se rallient à la bannière des partis nationalistes naturellement xénophobes qui plaident le rejet et le renvoi. Voyez plutôt les articles qui suivent.



DE WEVER VOIT TROP GRAND POUR LES MAROCAINS

Le Vif

Bart De Wever n’est pas homme à bâtir des châteaux en Espagne. Il préfère construire une prison au Maroc : « Il y a près de 1 200 Marocains derrière les barreaux dans notre pays.

De quoi remplir une prison complète... », déclarait fin septembre le président de la N-VA, sans faire la distinction entre les illégaux (théoriquement expulsables) et ceux en règle. Répondant à une question parlementaire écrite, la secrétaire d'Etat à l'Asile et la Migration, Maggie De Block (Open VLD), vient de faire le point : en date du 29 août de cette année, 3 429 illégaux étaient prisonniers en Belgique (3 289 un an plus tôt) dont 646 Marocains (606 l’an dernier). Voilà qui recadre les chiffres du nationaliste.


 

MARINE LE PEN DISCUTE AVEC WILDERS D'UNE ALLIANCE ENTRE EUROSCEPTIQUES

La Libre  


Marine Le Pen se voit en haut de l’échelle "C'est une politicienne très importante, elle pourrait être la prochaine présidente de la France", a assuré Geert Wilders.

La présidente du parti français Front national Marine Le Pen était à La Haye mercredi, où elle devait discuter avec le chef de file de l'extrême droite néerlandaise Geert Wilders d'une alliance entre eurosceptiques en vue des élections européennes de mai 2014.

Mme Le Pen est arrivée en fin de matinée au parlement néerlandais. Elle a été accueillie devant l'entrée par GeertWilders, député connu pour ses positions anti-Islam comme pour sa chevelure péroxydée. "Bienvenue aux Pays-Bas", a-t-il lancé en français, tout sourire, avant d'enchaîner en anglais : "content de vous revoir".

"C'est une politicienne très importante, elle pourrait être la prochaine présidente de la France", a assuré Geert Wildersquelques minutes plus tard dans les couloirs du parlement, qu'il faisait visiter à Marine Le Pen.

Ils ont ensuite assisté à une séance plénière du parlement. Ils étaient assis côte à côte au fond de l'hémicycle, M. Wilders pointant du doigt, en guise d'explication, certains endroits de la salle.

 

La présidente du FN devait déjeuner avec M. Wilders avant une conférence de presse commune prévue vers 15H00 (14H00 GMT).

 

Marine Le Pen et Geert Wilders, qui s'étaient déjà rencontrés en avril à Paris, veulent unifier plusieurs mouvements europhobes au Parlement européen en vue de former un groupe politique en mesure de faire entendre sa voix au niveau continental.

 

Quant aux Britanniques de l'UKIP de Nigel Farage, qui forment l'ossature du groupe EFD, ils estiment trop extrêmes certaines positions de Geert Wilders.

 

PVV (4 eurodéputés actuellement) et FN (3 eurodéputés) partagent de nombreuses positions, notamment sur l'immigration et le protectionnisme, mais M. Wilders, pro-Israël, pourrait avoir des problèmes de principe avec l'antisémitisme de Jean-Marie Le Pen, père de Marine et fondateur du FN.

Le PVV avait enregistré un revers aux élections législatives de septembre 2012, mais il demeure bien placé dans les sondages. Le FN est en tête des intentions de vote en France pour les élections européennes avec 24%, selon un récent sondage.

 

Geert Wilders a annoncé mardi avoir demandé à une agence britannique, selon lui "indépendante", de déterminer quelles seraient les conséquences économiques pour les Pays-Bas d'un retrait de l'Union européenne.

 

Selon le quotidien économique néerlandais NRC Handelsblad, l'agence aurait déjà assuré à M. Wilders "être persuadée" que l'étude "montrera qu'une sortie (de l'UE, ndlr) serait avantageuse pour les Pays-Bas".

 

Une précédente étude confiée par le PVV à l'agence londonienne ouvertement eurosceptique avait conclu en 2012 que l'adoption de l'euro avait fait perdre de l'argent aux Pays-Bas.

 

M. Wilders avait alors appelé à un référendum sur le retour au florin, la devise néerlandaise avant l'adoption de l'euro.

 

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