samedi 16 novembre 2013

"Nous sommes tous des primates, c'est Darwin qui le dit"



Assita  Kanko - Conseillère Communale MR à Ixelles in La Libre

Nous avons tous "des yeux, des mains, des organes, des dimensions, des sens, de l'affection, de la passion ; nous sommes nourris avec la même nourriture, blessés par les mêmes armes, exposés aux mêmes maladies, soignés de la même façon, dans la chaleur et le froid du même hiver. Si vous nous piquez, ne saignons-nous pas ? Si vous nous chatouillez, ne rions-nous pas ? Si vous nous empoisonnez, ne mourrons-nous pas ?" Ainsi écrivait Shakespeare dans "Le Marchand de Venise". Cela est toujours vrai.

Madame Taubira appartient elle aussi à cette "espèce humaine". Je suis solidaire d'elle parce qu’avant d’être ministre, avant d’être politique, elle est un être humain, une femme, une Européenne, la sœur, la mère ou l’amie de quelqu’un. Si elle avait un chagrin d’amour, elle serait aussi triste que vous et moi. Si on la chatouillait, elle rirait. Non ? Qui a déjà essayé ?

Peu importe que Madame Taubira soit de gauche. Peu importe qu’elle soit noire. Qu’elle soit riche ou pauvre, qu’elle ait tort ou raison quand elle exprime ses idées politiques. Le débat n'est évidemment pas là. Je prends ma plume aujourd’hui pour condamner les basses attaques dont Madame Taubira fait l’objet parce qu’un libéral n’accepte aucune forme de racisme. Parce que le silence est une complicité. Parce que l’Europe est la terre des Lumières et que la Déclaration universelle des droits de l’Homme est plus essentielle que jamais...

 

Qu’on critique donc Madame Taubira sur son bilan, sur son travail (sous une présidence qui, malheureusement pour elle, n’est pas des plus brillantes) mais pas sur un aspect de son identité. De son humanité. Qu'ajouter à cette évidence sinon que la banalisation des propos racistes en Europe témoigne d’une évolution humainement dangereuse. Le prix Nobel d’économie Amartya Sen n’avait-il pas prévenu dans son livre "Identité et Violence" des dérives que l’illusion de l’identité peut causer ? En effet, tout cloisonnement identitaire est réducteur et empêche de voir la personne humaine dans sa totalité. Il faut éviter ce type d’enfermement qui a conduit aux atrocités de l’Histoire récente. Est-ce si difficile de concevoir l’humanité de chacun ?

En aucun cas, le racisme ne peut être toléré, relativisé. Il doit être condamné sans faillir. Les auteurs d’actes ou de propos racistes se trompent de siècle et d’objectif. Leurs propos en disent plus sur eux-mêmes que sur leurs cibles, en l’occurrence Madame Taubira.

Assita Kanko

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« IL Y A TROP DETRANGERS DANS LE MONDE »


Le tagueur fou, a frappé une fois encore : « Il y a trop d’étrangers dans le monde »

Le grand Jacques Attali commente :

« Il faut donc s’apprêter à recevoir en Europe beaucoup plus d’étrangers que par le passé ; c’est inévitable, sauf à fermer nos frontières aux marchandises venues d’ailleurs et à remettre en cause la démocratie. Et c’est très bien ainsi : l’Europe a besoin de population, pour se rajeunir, pour exercer les métiers dont les Européens ne veulent plus.

En particulier, la France résulte de centaines de vagues d’immigration, à commencer par le peuple qui lui donne son nom. Aujourd’hui, la poursuite de cette immigration y est, comme ailleurs, la condition du retour de la croissance et de l’emploi.

Pour que cela ne constitue pas un choc insupportable, pour que cela n’entraine pas le refus, avec l’immigration, de l’économie de marché et de la démocratie, il est urgent, essentiel, d’en fixer consciemment les limites, bien plus élevées qu’aujourd’hui, d’oser expulser sans état d’âme ceux qui viendraient sans y être autorisés, et, surtout de repenser la politique de l’intégration. Ce n’est pas le nombre d’étrangers qui pose problème, c’est le nombre de ceux qui ne s’intègrent pas. Parce qu’on ne leur en fournit pas les moyens, ou parce qu’ils ne le désirent pas.

Il faut pour cela imposer à tous ceux qui prétendent venir vivre en France de se conformer aux lois et coutumes de la France, de parler et d’écrire le français au bout d’une période raisonnable, de connaître l’Histoire de France, de se l’approprier et d’élever leurs enfants en français. Il faut enfin créer les conditions pour que la mobilité sociale permette à tout enfant vivant régulièrement en France d’avoir les moyens de réussir ses études et d’atteindre toute position sociale que son mérite lui rendra possible. Dans la France d’aujourd’hui, c’est très loin d’être le cas. »

Salutaire mise au point !

A revoir les images des années soixante, les années Kennedy,on s’aperçoit qu’il y a à peine un demi siècle, la ségrégation raciale était de règle au Sud des Etats Unis. Kennedy a voulu renverser la vapeur et sans doute lui et son frère furent-ils assassinés précisément à cause de leur acharnement anti-ségrégationniste.  Il est vrai que son successeur démocrate Barack Obama n’est pas mieux traité par ses concitoyens et les médias que Christiane Taubira par les siens.  On sait depuis Adolphe Hitler jusqu’où le racisme organisé est capable d’aller.

Un internaute commente avec lucidité : « Les propos tenus envers Mme Taubira depuis plusieurs semaines sont indignes et condamnables....Cependant les indignations excessives à force deviennent contre productives... En continuant ainsi dans l'hystérie, le gouvernement français doit pouvoir arriver à minimiser les vrais problèmes du pays jusqu'à Noël. »

Et un autre d’ironiser : « Le premier "singe" au monde à avoir lu le philosophe français Emmanuel Levinas, et à le citer à l'assemblée nationale. Un grande première scientifique ! Ceux qui l'insultent ne comprendraient même pas la première ligne d'une oeuvre de Levinas ! »

Mais qu’on y soit attentif  excès d’antiracisme n’est pas non plus sans danger : « Une étude hollandaise dans des classes d'élèves a démontré que l'antiracisme asséné systématiquement à des gens qui ne sont pas racistes finit par les exaspérer et les rend intolérants aux autres cultures ,car ils se sentent injustement traités. C'est une étude sérieuse de l'European Sociological Review, basée sur une dizaine d'écoles néerlandaises. »

«Devant le politiquement correct qui monte en puissance et l’instrumentalisation de l'indignation ciblée, je pense que le prochain journaliste qui utilisera l'expression "nègre" pour désigner une personne qui écrit un ouvrage ou un texte en lieu et place d'une personnalité (qui le signera pourtant de son nom), devra être condamné à une lourde peine de prison, et (surtout) à la vindicte de ses confrères... » 

«A chaque fois qu'elle est en déroute totale, la gauchefrançaise lance une grande campagne "antiraciste et anti fasciste". C'est sa petite routine clientéliste mais je regrette, elle divise profondément le pays. Les vrais racistes, heureusement, sont assez rares et il est profondément malhonnête de les confondre avec la majorité des citoyens qui désirent plus de contrôle de l'immigration par exemple. Ainsi les tartuffes n'hésitent pas à qualifier Valls de facho. Trop facile. Qui est encore dupe de tout ça? Il suffit de voir la cote de Hollande pour comprendre qu'il ne s'en tirera pas en lançant simplement la énième campagne "antiraciste". Le procédé est éventé. »


Il faut donc savoir raison garder et tenter d’aller vers l’autre plutôt que de le brocarder et  de le vilipender gratuitement.

Quand le populisme et le nationalisme, ces deux mamelles du fascisme, ressurgissent partout en Europe, le retour et le recours au racisme n’est pas loin.

L’être humain est spontanément clanique. Il doit faire effort sur lui-même pour accepter qu’il existe d’autres clans que le sien. C’est en cela que réside la démarche interculturelle qui va dans le sens inverse de la pente naturelle de chacun. C’est dire-jamais on ne le répétera assez- qu’elle participe d’un volontarisme qui commence par un travail sur soi, de connaissance de soi et d’acceptation pleine de soi avant d’aller vers l’autre. 

« Il y a trop d’étrangers dans le monde » ; il y a trop de voitures sur les routes, trop de pollution, trop d’injustice et d’inégalité, de gaspillage. Mais qu’est-ce que je fais, personnellement pour renverser la vapeur ? 

Kennedy, encore lui, disait dans son discours d’investiture : »ne vous demandez pas ce que l’Amérique peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour l’Amérique »

Cette phrase doit nous interpeller aujourd’hui plus encore qu’alors. Il dira aussi face au scandale du mur de Berlin « ich bin ein Berliner. »  C’est pour des prises de paroles comme celles-là, prononcées par un président au charisme hollywoodien, que John Fitzgerald Kennedy est devenu un demi-dieu de la mythologie contemporaine, avec l’icône Jackie et le prophète Martin Luther King.  La France était alors  dirigée par Jupiter en personne sous les traits d’un général deux étoiles, père de la sixième république.

Aujourd’hui, nTaubira, ni Hollande, ni Elio ne nous font rêver et Obama que l’on a surinvesti nous fait carrément déchanter.

Seul le pape François réveille quelqu’enthousiasme en cette veille de la célébration du centenaire du plus grand  traumatisme de l’humanité qui signa l’arrêt de mort du grand empire cosmopolite autrichien et préluda  à la naissance des totalitarismes communistes et fascistes.

En serions-nous revenus au même point ?

MG

 

 

 

TAUBIRA : «CES ATTAQUES RACISTES SONT UNE ATTAQUE AU CŒUR DE LA RÉPUBLIQUE»


Dans un entretien exclusif à «Libération», la ministre de la Justice revient sur les injures dont elle a fait l'objet et s'inquiète d'une dérive de la société.

Christiane Taubira a accepté de revenir longuement, dans Libération ce mercredi, sur les attaques racistes dont elle a été victime ces dernières semaines. La garde des Sceaux a été traitée de guenon par une enfant lors d’une manifestation contre le mariage homosexuel, comparée à un singe par une candidate FN aux municipales (exclue du parti depuis), tandis qu’un abbé scandait «Y a bon Banania» lors d’une manifestation.

INSULTES ENVERS TAUBIRA : «C’est un racisme pur et dur, un racisme de peau» Par Sonya Faure

«Dans notre société, des choses sont en train de se délabrer, s’alarme Christiane Taubira dans Libération. Ces attaques racistes sont une attaque au cœur de la République. C’est la cohésion sociale qui est mise à bas, l’histoire d’une nation qui est mise en cause. […]  Des millions de personnes sont mises en cause quand on me traite de guenon. Des millions de gamines savent qu’on peut les traiter de guenons dans les cours de récréation!» La ministre confie que ces injures n’ont pour elle rien de nouveau: «Je me ramasse depuis longtemps du "macaque", du "Y a bon Banania", par des manifestants ou des élus qui l’écrivent sur leur site internet.»

 

Mais au-delà de son cas, Christiane Taubira s’inquiète d’une société dans laquelle «périodiquement, et encore sous le dernier quinquennat, on a construit un ennemi intérieur». Une société dans laquelle le Front national s’est institutionnalisé, et la droite classique a «un problème d’identité». La ministre admet que les réactions n’ont pas été à la hauteur face aux attaques visant une ministre noire. «Ce qui m’étonne le plus c’est qu’il n’y a pas eu de belle et haute voix qui se soit levée pour alerter sur la dérive de la société française.»



UN MONDE EN MARCHE



Depuis vingt ans, le monde a changé ; il serait temps de s’en rendre compte et d’en prendre la mesure. En particulier, de comprendre les conséquences de la formidable expansion, dans le monde tout entier, du champ de liberté individuelle, et de ce qui en découle : l’économie de marché et la démocratie. Et de ce qui en découle encore : un grand mouvement à venir des choses et des gens.

 

Une des premières manifestations de l’économie de marché est la liberté de circulation des marchandises ; elle suppose et entraine celles des services, et des capitaux. Et demain, ces mouvements vont beaucoup augmenter, pour assurer le financement de l’économie mondiale, par le transfert massif de l’épargne des créanciers vers les emprunts des débiteurs.

 

Une des premières manifestations de la démocratie est la liberté de circulation des personnes. Les dictatures se reconnaissent d’ailleurs à l’interdiction de sortir qu’elles imposent à leurs citoyens : on connait les refuzniks dans l’ancienne Union Soviétique, les boat people au Vietnam, lesbalceros à Cuba. Demain, les mouvements de gens ne feront qu’augmenter, si, comme c’est vraisemblable, la liberté individuelle continue de s’étendre : le nombre de gens qui voudront, ou devront, aller vivre dans un autre pays que celui où ils sont nés passera de 200 millions aujourd’hui à plus d’un milliard dans 30 ans, sans même tenir compte de ceux qui auront à se déplacer pour de tragiques raisons climatiques.

 

Ces deux libertés s’auto-entretiennent : la démocratie a besoin du marché et réciproquement. On ne pourra avoir de liberté durable de circulation des marchandises et des capitaux sans libre circulation des personnes. On ne pourra pas continuer durablement à exiger de pouvoir acheter des objets produits à bas coût ailleurs sans autoriser un jour ceux qui les produisent à venir travailler chez ceux dont ils constatent le niveau de vie dans tous les médias auxquels ils ont accès. La libre circulation des marchandises finira donc par entrainer un formidable mouvement de personnes.

 

Ces mouvements ont commencé. On en voit les manifestations à toutes les frontières du monde, et en particulier à l’intérieur et aux portes de l’Europe. Non seulement parce que les Africains et les Moyens-Orientaux s’y précipitent, mais aussi parce que les Européens sont les premiers à quitter leur pays quand ils ne s’y sentent pas bien : personne ne prétend, et c’est heureux, le leur interdire.

 

Il faut donc s’apprêter à recevoir en Europe beaucoup plus d’étrangers que par le passé ; c’est inévitable, sauf à fermer nos frontières aux marchandises venues d’ailleurs et à remettre en cause la démocratie. Et c’est très bien ainsi : l’Europe a besoin de population, pour se rajeunir, pour exercer les métiers dont les Européens ne veulent plus.

 

En particulier, la France résulte de centaines de vagues d’immigration, à commencer par le peuple qui lui donne son nom. Aujourd’hui, la poursuite de cette immigration y est, comme ailleurs, la condition du retour de la croissance et de l’emploi.

 

Pour que cela ne constitue pas un choc insupportable, pour que cela n’entraine pas le refus, avec l’immigration, de l’économie de marché et de la démocratie, il est urgent, essentiel, d’en fixer consciemment les limites, bien plus élevées qu’aujourd’hui, d’oser expulser sans état d’âme ceux qui viendraient sans y être autorisés, et, surtout de repenser la politique de l’intégration. Ce n’est pas le nombre d’étrangers qui pose problème, c’est le nombre de ceux qui ne s’intègrent pas. Parce qu’on ne leur en fournit pas les moyens, ou parce qu’ils ne le désirent pas.

 

Il faut pour cela imposer à tous ceux qui prétendent venir vivre en France de se conformer aux lois et coutumes de la France, de parler et d’écrire le français au bout d’une période raisonnable, de connaître l’Histoire de France, de se l’approprier et d’élever leurs enfants en français. Il faut enfin créer les conditions pour que la mobilité sociale permette à tout enfant vivant régulièrement en France d’avoir les moyens de réussir ses études et d’atteindre toute position sociale que son mérite lui rendra possible. Dans la France d’aujourd’hui, c’est très loin d’être le cas.

 

Cela exigera quelques moyens. Nous aurions tous, dans ce pays, tout à y gagner. Là encore, être altruiste sera une façon intelligente de servir nos propres intérêts.

 

j@attali.com

 

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