dimanche 24 novembre 2013

SÉQUESTRÉES DE LONDRES : "L'ESCLAVAGE MODERNE SE PORTE BIEN"

Le Nouvel Observateur avec AFP




Trois femmes terrifiées et profondément traumatisées ont été libérées après avoir été retenues comme esclaves pendant plus de trente ans dans une banale maison du sud de Londres. "Du jamais vu", dit Scotland Yard qui a arrêté un couple de sexagénaires jeudi 21 novembre à l'aube.

Le couple, âgé de 67 ans, qui n'est pas de nationalité britannique, a été libéré sous caution jusqu'en janvier prochain dans l'attente d'informations complémentaires, a précisé Scotland Yard. Ils sont soupçonnés de travail forcé et d'esclavagisme, selon la police.

"On a eu des cas d'esclavage où des gens ont été retenus contre leur gré pendant dix ans, mais jamais rien d'une telle ampleur", a souligné le détective Kevin Hyland après l'annonce de la libération d'une Malaisienne de 69 ans, d'une Irlandaise de 57 ans et d'une Britannique de 30 ans.

"CES CAS NE SONT PAS RARES"

 

Au-delà de l'émotion, la Grande-Bretagne tentait de comprendre vendredi comment une telle chose était encore possible. "Comment est-ce possible ? On a tellement peu d'informations de la police", s'est interrogée la député travailliste Tessa Jowell qui dit s'être réveillée "trois fois dans la nuit" en pensant au sort de ces "pauvres femmes". "L'esclavage est un dossier que les gens pensaient consignéaux livres d'histoire. La triste réalité est que le problème est toujours là", a souligné le secrétaire d'Etat à l'Intérieur JamesBrokenshire.

 

"Les gens doivent comprendre que ces cas ne sont pas rares. L'esclavage moderne est une réalité et se porte bien en Grande-Bretagne", regrette de son côté Frank Field, vice-président de la Fondation contre le trafic des êtres humains.


"TOTALEMENT TERRIFIÉES PAR CES GENS"

 Les arrestations des deux sexagénaires ont eu lieu jeudi à 7h30 du matin mais les trois femmes ont été libérées dès "le 25 octobre", a précisé la police en fin d'après-midi. "Il y a eu un délai jusqu'aux arrestations parce qu'on a dû prendre le temps pour travailler avec des personnes très traumatisées et parce qu'il était très difficile d'établir les faits", a commenté le détective Kevin Hyland.

"On est sûr que toutes les trois se sont trouvées dans cette situation pendant trente ans au moins. On pense que la plus jeune n'a jamais été en contact avec le monde extérieur", a ajouté Kevin Hyland qui n'était pas en mesure de confirmer si la plus jeune des trois victimes était née en captivité. "Toutes les trois sont extrêmement traumatisées et ont été emmenées dans un endroit sûr où elles se trouvent toujours", a déclaré Scotland Yard.

"Les dames étaient totalement terrifiées par ces gens", a rapporté Aneeta Prem, fondatrice de Freedom Charity. L'association de lutte contre l'esclavage et les mariages forcés a alerté la police en octobre dernier, et a travaillé avec les autorités. Les trois femmes, qui ont pu sortir de la maison par leurs propres moyens, n'avaient, semble-t-il, pas été victimes de violences sexuelles, mais elle pense qu'elles ont subi des sévices physiques.

"CELA DÉFIE L'IMAGINATION"

L'association avait été directement contactée par l'une des victimes après que celle-ci a regardé un reportage sur les activités de Freedom Charity. L'association a été en contact avec la victime par téléphone pendant une semaine pour gagner sa confiance, avant d'alerter la police.

"Cela a été le catalyseur qui a conduit l'une des victimes à appeler au secours et qui a permis en définitive de les sauver", a souligné le détective Kevin Hyland, ajoutant que la police ne connaissait pas grand-chose, à ce stade, des conditions dans lesquelles vivaient les trois recluses, toujours trop traumatisées pour donner davantage de détails.

"Il semblerait qu'elles vivaient sous une forme de liberté contrôlée, mais nous sommes encore en train d'évaluer le degré de cette liberté. Leur existence a été fortement entravée et elles ont passé l'essentiel de leur temps dans la maison", aexplique le détective. "Cela défie l'imagination, c'est impossible d'imaginer qu'une chose pareille puisse arriver en Grande-Bretagne, à Londres, en 2013".

"Heureusement, elle a vu cette émission et était suffisamment confiante pour décrocher le téléphone", a encore déclaréAneeta Prem. "Je ne pense pas que les voisins savaient quoi que ce soit. C'était juste une maison ordinaire dans une rue ordinaire", à Lambeth, dans le sud de Londres. "J'espère", a-t-elle conclu, "que ces trois femmes auront des vies heureuses et épanouies une fois qu'elles auront surmonté le traumatisme, si jamais elles y arrivent un jour".

ENTRE 4.200 ET 4.600 ESCLAVES MODERNES AU ROYAUME-UNI

Aussi spectaculaire soit-elle, l'histoire des trois femmes séquestrées n'est de fait que le dernier épisode d'une série d'histoires sordides au Royaume-Uni, 183 ans après l'abolition de l'esclave dans l'Empire britannique. Le 23 octobre dernier encore, un octogénaire et son épouse ont été condamnés à des peines de respectivement treize et cinq ans de prison pour l'exploitation et le viol pendant près d'une décennie d'une jeune Pakistanaise sourde et muette, soumise "à une vie de misère et d'humiliation", selon le jugement.

L'histoire des trois femmes est "horrible" au regard de la durée de leur calvaire, a déclaré Andrew Wallis, président de l'association "Unseen" à la BBC. "Mais elle ne fait qu'illustrer un problème qui s'étend au Royaume Uni et dans le monde entier. Il y a 200 ans on avait recours aux chaînes de fer pour enfermer les esclaves. Aujourd'hui on utilise des entraves psychologiques pour contrôler ces personnes."

Le mois dernier, une ONG britannique a chiffré entre 4.200 et 4.600 le nombre de personnes victimes au Royaume-Uni d'esclavage moderne sous ses formes diverses, comme le travail forcé, le trafic d'êtres humains et les mariages forcés.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

RETOUR A CA CASE BARBARIE


Il s’agit bien d’un phénomène de dé civilisation et de retour à une forme pernicieuse de barbarie. « Il y a 200 ans on avait recours aux chaînes de fer pour enfermer les esclaves. Aujourd'hui on utilise des entraves psychologiques pour contrôler ces personnes. »

On se souviendra que Dutroux et consort agissaient un peu de la même manière.

Ce qui évidemment interpelle le plus, c’est le nombre de cas observés : « entre 4.200 et 4.600 le nombre de personnes victimes au Royaume-Uni d'esclavage moderne sous ses formes diverses, comme le travail forcé, le trafic d'êtreshumains et les mariages forcés. »

« Les gens doivent comprendre que ces cas ne sont pas rares. L'esclavage moderne est une réalité et se porte bien en Grande-Bretagne » 

Elisabeth Badinter a raison : il convient de défendre sans défaillance les principes et les valeurs de la laïcité, laquelle permet à chacun de vivre sa culture et sa religion mais non sans adhérer, obligatoirement aux valeurs communes à savoir la séparation religion et politique, l’égalité hommes femmes, les droits de l’Homme et le pluralisme démocratique. Et fi des accommodements divers et variés dans une société sécularisée où l’islam et l’islamisme tentent de planter leurs griffes en imposant leur Weltanschaung.

MG

 

 

 Esclavagisme en France

Alors que l'Angleterre n'avait jamais connu de cas d'esclavage d'une telle ampleur, la présidente du Comité contre l'esclavage moderne (CCEM), Sylvie O'Dy, fait le point sur la situation en France.

LE FIGARO - L'AFFAIRE DES TROIS FEMMES SÉQUESTRÉES DE LONDRES VOUS SURPREND-ELLE?

 

Elle est exceptionnelle par sa durée, puisqu'on parle d'une trentaine d'années d'enfermement. En France, les victimes d'esclavage le sont généralement entre deux et cinq ans, même si nous avons déjà aidé des personnes asservies pendant plus de dix ans.

Malheureusement, la nature de leur séquestration me surprend moins. Travail forcé, agressions sexuelles, violences physiques répétées, nous entendons des histoires similaires régulièrement. Entre 6 000 et 10 000 personnes seraient victimes d'exploitation sexuelle en France.

Sylvie O'Dy, présidente du CCEM


• À QUOI RESSEMBLE L'ESCLAVAGE DOMESTIQUE EN FRANCE AUJOURD'HUI?

 Les esclaves domestiques travaillent et vivent chez leur exploiteur. Des journées de 18 heures de travail, parfois, à laver du linge à la main pour économiser l'électricité, à nettoyer le même sol plusieurs fois par jour, à s'occuper des enfants... Sans parler des cas d'exploitation sexuelle. Epuisées par leur travail, souvent mal nourries, les victimes de servitude logent généralement dans des conditions indignes. Nous avons rencontré des jeunes filles qui dormaient sur le balcon de leur exploiteur, par terre dans la cuisine ou recroquevillées dans un placard.


• QUEL EST LE PROFIL DES VICTIMES?

 90% des personnes suivies par le CCEM sont des femmes, dont 30% de mineures. En 2010, 82% des victimes étaient d'origine africaine, notamment d'Afrique de l'ouest. Il y a aussi des femmes plus âgées venues des Philippines, du Sri-Lankaet d'Indonésie, qui sont attirées par la promesse, évidemment non tenue, de gagner assez d'argent pour aider leurs enfants.

Au départ, ce sont toujours des gens vulnérables financièrement. À cela s'ajoute une faiblesse psychologique, l'isolement linguistique et l'absence de papiers d'identité. Les exploiteurs en profitent pour manipuler leurs victimes, qui connaissent mal la loi et sont souvent terrorisées à l'idée de croiser un policier.


• QUAND DÉCIDENT-ELLES DE DIRE STOP?

 Il faut un déclic: un geste particulièrement violent, une tentative de viol par exemple. Les esclaves mettent fin à leur calvaire le jour où elles réalisent que leur vie est en danger.


• À LONDRES, LA POLICE BRITANNIQUE DIT AVOIR DU MAL À RECONSTITUER LES FAITS. CELA VOUS SURPREND-IL?

 Non, les victimes ont toujours beaucoup de mal à mettre des mots sur ce qu'elles ont vécu. Elles sont tétanisées de peur. Raconter leurs souffrances, c'est comme les revivre. Il nous faut parfois six mois de dialogue pour qu'une victime parle enfin librement. C'est particulièrement long quand il y a eu agression sexuelle. Les victimes n'en parlent souvent qu'après une dizaine de rendez-vous chez nous.

• LA SITUATION TEND-ELLE À S'AMÉLIORER EN FRANCE?

 Il y a quelques signes encourageants. Le 5 août dernier, la France a introduit la notion de servitude dans le Code pénal. La police et à la justice peuvent désormais nommer clairement les cas d'esclavage, qu'on réduisait trop souvent à du travail dissimulé ou à des séjours clandestins.

Mais la crise empêche que la situation s'améliore nettement. Nous accompagnons actuellement une centaine de personnes et suivons environ 80 affaires en justice, autant que les années précédentes. Je m'inquiète aussi du nombre croissant d'esclaves masculins, forcés de travailler dans des petitsentreprises du bâtiment par exemple. Je crains que ce nouveau phénomène prenne davantage d'ampleur ces prochaines années.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

ET EN BELGIQUE ?


Encore une fois, il s’agit d’un phénomène qui touche l’Europe entière et qui exige forcément une réponse commune européenne.  Mais à l’évidence ce n’est pas l’avis de tout le monde puisqu’il est de bon ton de crier haro sur l’Europe.

 

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