mercredi 20 novembre 2013

Un plan d’action contre le racisme sur le Net

Le Soir



Le Centre pour l’égalité des chances et Facebook collaborent dans le cadre d’un plan contre les discriminations sur les réseaux sociaux.

Le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme planche actuellement sur un meilleur contrôle de l’usage des réseaux sociaux, notamment en ce qui concerne les commentaires racistes, xénophobes, antisémites ou incitant à la discrimination. Un plan d’action qui consiste à mieux identifier les commentaires illicites postés sur Facebook etTwitter, mais surtout à les faire disparaître du réseau. «  Cettecyberhaine s’est amplifiée ces dernières années. Elle s’est d’abord exprimée sur les sites internet, puis dans ces mails qu’on vous demande de faire suivre et, enfin, sur les forums de discussions. Aujourd’hui, c’est sur le web 2.0, soit les réseaux sociaux, que notre attention se porte et qu’il faut agir  », développe Patrick Charlier, directeur adjoint du Centre pour l’égalité des chances.

L’organisme qui, pour mener à bien son projet de lutte contre les messages haineux, s’est directement adressé à Facebook Europe. «  Cette initiative fait suite à la décision de la justice française, en juin dernier, d’obliger Twitter à donner l’identité des auteurs de tweets racistes signés. Mais aussi à des dérapages observés chez nous. Je pense notamment à l’affaireTrullemans, mais aussi aux attaques antisémites dont le candidat Yves Goldstein a été victime lors des dernières élections communales. Aujourd’hui, notre objectif est d’imposer aux réseaux sociaux certaines obligations.  »



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

TOTALITARISME INDOLORE



Insidieusement et presque à notre insu, les forces antidémocratiques se développent absolument partout. De fait les réseaux sociaux, -observons que le café du commerce est devenu un bistrot électronique virtuel - cet ultime salon où l’on cause,  sont méchamment gangrenés par elles, de même que les forums des quotidiens numérisés. L’islamisme antidémocratique, ainsi que la propagande d’extrême-droite se banalisent sur la toile au détriment du « démocratiquement » correct raillé par eux. Enfin et surtout, Big Brother a l’œil sur chacun de nos déplacements (notre GSM et notre GPS nous trahissent, à l’insu de notre plein gré) sur chacune de nos transactions  financières, commerciales -nos plus simpleachats. Nous sommes tous traçables et repérables à merci, que nous soyons voyous ou honnêtes citoyens.  Bref nous vivons dans un système qui présente un certain nombre de caractéristiques de l’Etat totalitaire si bien analysées par Hannah Arendt qui en avait compris les rouages avant tout le monde.

Hannah Arendt définit le concept de totalitarisme dans « Les Origines du totalitarisme » (1951, Staline vivait encore). Ces régimes sont gouvernés par un parti unique qui contrôle l'État, qui lui-même s'efforce de contrôler la société et plus généralement tous les individus dans tous les aspects de leur vie (domination totale). Paradoxalement, malgré l’absence de parti unique, ce contrôle est devenu infiniment plus aisé à exercer technologiquement aujourd’hui que du temps de Hitler et Staline.

Les sociétés totalitaires créent un mouvement perpétuel et paranoïaque de surveillance, de délation et de retournement. La Stasi de l’ex république « démocratique » allemande  en fut un très efficace avatar. Ce qui est tout à fait singulier dans le régime dans lequel nous vivons en Europe, c’est qu’on peut l’assimiler à un totalitarisme doux, soft, indolore : chacune et chacun est surveillé dans ses moindres agissements quand chacun ne s’est jamais senti aussi libre, au point d’afficher ses moindres frasques sur face book au vu et au su de tous, y compris de ses employeurs.

Selon Zbigniew Brzezinski et Enzo Traverso un « syndrome » du totalitarisme comporte cinq caractéristiques fondamentales : (1) un parti unique contrôlant l'appareil d'État et dirigé par un chef charismatique ; (2) une idéologie d'État promettant l'accomplissement de l'humanité ; (3) un appareil policier recourant à la terreur ; (4) une direction centrale de l'économie et ; (5) un monopole des moyens de communication de masse.

On peut y ajouter comme autres aspects pratiques, la prise en main totale de l'éducation pour la baser sur l'idéologie et la mise en place d'un réseau omniprésent de surveillance de l'individu . Une prépondérance étant accordée au facteur technique : c’est la technologie moderne qui rend le pouvoir politique capable d’avoir une emprise totale sur les populations.

Homo sovieticus  a été forgé dans les écoles d’enseignement hyper performantes de l’Etat totalitaire russe ; Hitler en aurait fait autant, mais il n’eut pas le temps d’arriver à ses fins.

L’enseignement est le vecteur de conditionnement idéologique le plus efficace qui soit.  On est consterné à l’idée que le politique le néglige à ce point. A moins que, comme certains le pensent, l’ambition du politique ne soit de décerveler les citoyens dans le dessein de les rendre hyper dociles. C’est une hypothèse qui vaut son pesant d’oreilles d’ânes. Il s’agirait de « de mettre les esprits même en esclavage, et de tarir toute révolte à sa source vive, en ôtant jusqu’à son intention même».

Brzezinski prévoyait une aggravation constante du totalitarisme

« L’objectif de la révolution totalitaire est de pulvériser toutes les unités sociales existantes afin de remplacer l’ancien pluralisme par une unanimité homogène».

Selon l'historien américain, Martin Malia le mot « totalitaire » ne veut pas dire que « des régimes de ce genre exerçaient de fait un total contrôle de la population (puisque c'est impossible), mais qu'un tel contrôle était leur aspiration fondamentale ».

C’est précisément ce que nous observons aujourd’hui : l’Etat est devenu capable d’exercer un contrôle total de ses citoyens. La proposition du procureur Liégeois de récolter l’ADN de chaque nouveau né, autrement dit de chaque citoyen est tout à fait terrifiante à cet égard.

Le mot « totalitarisme », entré dans le langage courant, est bien souvent utilisé sans les précautions méthodologiques nécessaires.

Le film libertaire « De la servitude moderne » décrit quant à lui la mondialisation et le système économique et politique qui l'accompagne comme un « totalitarisme marchand » où l'homme serait réduit à la condition d'esclave.

Il convient d’être lucide et de se demander si et comment il est possible d’échapper à ce contrôle de tous par le système, lequel, s’il devait tomber dans les mains d’un pouvoir politique fort, réduirait l’humanité à l’esclavage et marquerait la disparition sans retour possible de la démocratie.

Il s’agit d’être très vigilant.

MG  

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