mardi 17 décembre 2013

«Abattoir, où Bruxelles vit»


Un collègue m’arrêtait dans le couloir: «Pourquoi n’interviewerais-tu pas dans «l’abattoir» pour Metro 5? Je pense que c’est vraiment ton genre.» Quelques thèmes d’interview sur un post-it dans ma poche arrière, les coordonnées de contact de Paul Thielemans, responsable des Relations Publiques, en addition, et j’étais parti. Plus que quelques achats au marché et un bal paré aux caves magnifiquement voûtées, je n’avais encore jamais vu sur le site. J’étais donc vraiment curieux d’entendre leurs histoires.

L’histoire nous raconte que le domaine d’Abattoir S.A. a été créé en tant que marché aux bestiaux et abattoir, il y a plus de 100 ans. Il y a une trentaine années, le domaine est tombé entre les mains d’un particulier, ce qui permettait d’y investir durablement et de profiter entièrement du potentiel de ce grand domaine. Outre le marché hebdomadaire - qui attire pas moins de 100 000 visiteurs en trois jours - et la location des caves pour des événements, on voulait surtout en faire un endroit animé. Les voisins, les entreprises, les clients, les commerçants et le gouvernement ont réagi avec enthousiasme à l’idée et la devise «Abattoir, où Bruxelles vit» était née. Dans le plan global ambitieux, plusieurs projets sont planifiés afin d’utiliser de façon plus utile et plus efficace la surface immense de 10 hectares avec une halle couverte imposante au milieu. Paul Thielemans, un homme avec plus de 20 années d’expérience au sein de l’organisation, me raconte avec enthousiasme qu’on commence bientôt avec le premier pas: la construction d’une nouvelle halle alimentaire. Le but de cette halle est de transférer le sentiment de shopping du marché connu «La Boqueria» de Barcelone à l’Anderlecht local et de rendre les achats hebdomadaires d’une expérience agréable. En plus, on veut créer une Urban Farm sur le toit du bâtiment, avec un restaurant complémentaire, ce qui serait un cas unique à Bruxelles. Une disposition générale avec des photos est amenée et s’annonce bien. Serait-il possible de déjà réserver ma table pour 2015? Moi, je me trouve déjà au premier rang.

Ça ne s’en arrête pas là avec leurs projets ambitieux. Il y a un an, l’a.s.b.lCultureghem a été établie dans le but de donner à «l’abattoir» une nouvelle dimension au niveau socioculturel et d’encadrer le site durablement dans le quartier multiculturel. Eva De Baerdemaeker a été attirée afin d’assurer le bon fonctionnement du projet entier. Elle s’était donné une année pour discuter avec des gens et de nouer des contacts, mais le plan s’infléchissait à cause de l’exposition de photos Mixtus, à laquelle des différents peintres donnent une image contemporaine de Bruxelles et de la société. Il y avait tant de matériel disponible que le projet a démarré plus vite qu’attendu.

Eva est une dame captivante qui voit et cherche surtout des possibilités de développer des initiatives avec les habitants et les associations du quartier. Très important dans son histoire est le fait qu’elle veut travailler de manière facilitante en dialogue avec d’autres partenaires, car «on organise déjà tant de belles choses inspirantes». Un festival avec 600 jeunes, une journée de l’enfance avec la commune d’Anderlecht pour les écoles du quartier, un VeloMet avec un service de réparation de vélos à des jours de marché… Aucun défi n’est trop grand pour elle! Elle veut surtout créer une maison pour entre autres le quartier, des écoles, des organisations et d’autres qui animent le site. Pour d’autres groupes cibles, Abattoir S.A. organise également une offre variée d’activités: Le Boeremet, une sorte de «After Work Apero» avec de la musique le jeudi, ou un Vintage Market, où il est possible d’acheter des vêtements au kilo.

Ce qui a de neuf, c’est le Kookmet, où une cuisine mobile spécialement adaptée servira de cuisine locale à la place immense du site. Le vendredi, des participants, surtout d’écoles, reçoivent la possibilité d’éprouver, de percevoir et de sentir le marché par la pratique. Ils doivent aller chercher les ingrédients nécessaires pour un plat à bon marché et sain, mais surtout bon. On en a préparé de trop? Aucun problème. Commerçants, clients ou passants hasardeux, joignez-vous! Il n’existe pas de doute, «l’abattoir» est un cœur battant dans la Bruxelles multiculturelle, une vraie plus-value dans la ville. De plus amples renseignements sur www.cultureghem.be etwww.abattoir.be.




 

COMMENTAIRE DE DIVERCiTY

COSMOPOLITMET


Le marché Babel des abattoirs est un formidable incubateur interculturel qui attire, chaque semaine pas moins de 100 000 visiteurs en trois jours. On y entend parler les langues d’Afrique, de l’Est européen, l’arabe, le turc. C’est un marché mondial en miniature, métaphore sonore, cosmopolite, microcosme du monde qui vient : fascinant, terrifiant. Une brume d’automne saturée de soleil flotte sur les vastes hangars métalliques à claires voies où se tient le marché couvert,  comme aux Halles de Paris avant que Pompidou n’ordonne sottement leur démantèlement. Deux orgueilleux taureaux de bronze montés sur socle gardent, depuis plus d’un siècle, l’entrée principale. Partout des étals de vêtements, de vaisselle, de valises,  de petite électronique, d’objets de toutes sortes, de fruits colorés, amoncellements de légumes, de poissons et de crustacés. Guirlandes de saucisses séchées et des jambons entiers à l’étal de la belle charcutière roumaine, fromages inconnus chez la laitière bulgare, crevettes géantes et dorades fraiches à la poissonnerie algérienne. Des jeunes gens à accent slave proposent sous le manteau des fardes de cigarettes. Des Africains vendent à la criée des parfums capiteux, des femmes andines proposent des bonnets colorés en laine de lama, une bonne sœur hébétée vend des petits calendriers phares.

C’est un gigantesque ballet exotique, un melting pot où tout se s'interpénètre. Comment transformer cet incubateur en creuset interculturel, en un vaste « cosmopoliet met »  ?  

MG

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