mardi 3 décembre 2013

Comment peut-on être progressiste, sioniste et accessoirement islamophobe ?


Par Fouad Benyekhlef (musulmans progressistes)

Dans la dernière livraison du fil d’actualité de son site Internet, le Centre culturel laïc juif publie, dans la rubrique « Islamisme » - excusez du peu - une tribune, au titre à tout le moins indélicat , de Willy Wolsztajn au sujet de trois associations distinctes actives en Belgique francophone: Musulmans Progressistes, Tayush et Muslim Rights Belgium. Et que nous dévoile ce docte scrutateur des réalités musulmanes depuis son observatoire de la rue de l’Hôtel des Monnaies ? Que ces trois organisations ne seraient rien d’autre que des officines des Frères Musulmans, pardi ! Tremblez braves concitoyens, la confrérie égyptienne avance à grandes enjambées pour préparer l’islamisation de nos villes et de nos quartiers. Apprenez que les Frères Musulmans avancent masqués et se travestissent en cellules progressistes, LBGT-friendly au besoin, pour « bombarder l’opinion d’un flux médiatique « musulman sympa » destiné à préparer les esprits à leur programme (…). » (sic). On ne sait plus trop au bout de la lecture de cette tribune si c’est à dessein ou par déformation professionnelle que la prose du dessinateur habituel du CCLJ hésite entre la caricature et l’humour involontaire.

Dans sa Charte, le CCLJ se donne comme objectif de «contribuer à l’élaboration d’un judaïsme laïque, participer à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et le fascisme, renforcer notre solidarité avec Israël et avec toutes les communautés juives dans le monde qui mènent le combat pour assurer leur existence physique, morale et culturelle. » Dans le contexte actuel en Europe et au Moyen-Orient, on peut légitimement se demander s’il est raisonnablement possible d’être à la fois progressiste, solidaire d’Israël et en même temps considérer comme anodin la publication par un de ses membres d’un texte d’où pointe un fumet nauséabond d’islamophobie ?

Mais revenons un instant à l’objet de l’offense faite à notre association Musulmans Progressistes, tout en laissant la liberté aux autres destinataires d’évaluer si le déversement de ce fiel généreux mérite ou non qu’une correction écrite y soit opposée pour leur part.  Ainsi donc, Musulmans Progressistes serait coupable d’un activisme frénétique, d’une communication tous azimuts, de poursuivre un projet politique totalitaire, de propager un antisémitisme rabique, de répandre la haine de la démocratie libérale et de l’Occident. L’accusation étant sans doute encore trop conciliante, WillyWolsztajn, poursuit son réquisitoire. Sans rire, il avance qu’il s’agit là d’un projet visant à convertir à l’islam l’humanité toute entière (sic). Diantre ! L’idée même d’une conspiration de cette ampleur n’a germé ailleurs que dans les vidoirs cybernétiques de la droite décomplexée. Et l’on peut légitimement soupçonner l’auteur de ces lignes d’y avoir indagué à défaut d’avoir été en mesure de mener sur les musulmans que nous sommes, une enquête digne d’un tant soit peu de crédibilité. Face à ce qu’il présume être de la naïveté démocratique, l’auteur presse enfin son lecteur d’ouvrir les yeux. Il était donc évident - mais comment notre société ne l’avait-elle pas vu plus tôt - que, dans le labyrinthe des forces du mal absolu associées à l’islamisme, il suffisait de tirer un fil d’Ariane pour qu’il nous ramène sur les bords de la Vesdre, au cœur d’une ancienne cité lainière, qui après avoir épuisé des pères musulmans immigrés au travail a pétri leurs enfants d’un esprit enclin à la félonie.

Sont-ce ces noirs desseins qui ont motivé l’association Musulmans Progressistes lorsque fort esseulée, elle s’est engagée dans une campagne contre l’homophobie et la violence homophobe après le meurtre d’Ihsane Jarfi ? Sont-ce ces noirs desseins qui nous ont amené à participer avec le Foyer culturel juif de Liège à la commémoration de la Shoah ? Sont-ce ces noirs desseins qui nous ont motivé dans la campagne de soutien que nous avons organisé en faveur d’un couple mixte harcelé par des jeunes parce qu’ils ne pratiquaient pas le Ramadan ? Sont-ce ces noirs desseins qui nous ont motivé dans notre dénonciation du djihadisme qui a convaincu trop de nos jeunes concitoyens à partir prendre les armes sur des terrains de combats étrangers ? Sont-ce ces noirs desseins qui nous ont amené à défendre la liberté dans le cadre du débat parlementaire sur l’euthanasie des mineurs ?

Ces engagements, notre offenseur, progressiste authentiquement auto-proclamé, les dénigre. C’est son droit ! Qu’il refuse de nous serrer la main ? C’est sa liberté ! Qu’il refuse le dialogue pour la confrontation ? C’est son choix ! Mais qu’il considère nos combats comme des renoncements au profit d’une cause supérieure de nature sectaire, c’est se dévoiler en véritable escobar. Qu’il franchisse un pas supplémentaire en considérant que notre poignée de main est empoisonnée, c’est une véritable injure que n’autorise que le climat d’islamophobie ambiante dans laquelle il s’esbaudit depuis quelques temps déjà . Il eut été bien inspiré de considérer cette sagesse, toujours dans le registre lainier, queCervantes place dans la bouche de Sancho Panza par ces mots : « Personne ne connaît l’âme de personne, et tel va chercher de la laine qui revient tondu ».



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

INFO OU INTOX?


Chacun jugera de la pertinence ou de l’impertinence de cette mise au point.

C’est toutefois un point crucial.

On aurait aimé qu’il existât un vrai courant islamique progressiste, nous avons bien écrit islamique et non pas islamiste. C’est tout le problème. Wait and see donc.

Jusqu’à nouvel ordre laissons aux Musulmans progressistes le bénéfice du doute.

MG

 

 

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