vendredi 6 décembre 2013

Nelson Mandela en 15 citations

Le Vif

Source: Belga




Nelson Mandela, décédé jeudi à l'âge de 95 ans, a semé sa vie de réflexions qui seront ses épitaphes, dans la lutte clandestine, puis à la tête de l'Etat et jusque dans sa retraite politique. En voici quelques-unes:

Nelson Mandela en 1961. © AFP

- "Je ne suis pas né avec une faim de liberté. Je suis né libre - libre de toutes les façons que je pouvais connaître. Libre de courir dans les champs près de la hutte de ma mère, libre de nager dans le ruisseau clair qui traversait mon village, libre de faire griller du maïs sous les étoiles et de monter sur le dos large des boeufs au pas lent (...) Ce n'est que lorsque j'ai appris que la liberté de mon enfance n'était qu'une illusion, qu'on m'avait déjà pris ma liberté, que j'ai commencé à avoir faim d'elle." (Autobiographie)

 

- "J'ai lutté contre la domination blanche et j'ai lutté contre la domination noire. Mon idéal le plus cher a été celui d'une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie avec des chances égales. J'espère vivre assez longtemps pour l'atteindre. Mais si cela est nécessaire, c'est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir." (1964, présentant sa défense lors du procès de Rivonia, qui allait le condamner à la prison à vie)

 

- "J'ai l'impression que toutes les parties de mon corps, chair, sang, os et âme ne sont plus que de la bile, tant mon impuissance absolue à te venir en aide dans les moments terribles que tu traverses me rend amer." (Lettre à sa femme Winnie datée du 1er août 1970, citée dans une compilation de ses écrits parue en 2010, "Conversations avec moi-même")

 

- "Je décidai de ne dire à personne ce que j'étais sur le point de faire... Il y a des moments où un leader doit s'avancer au-devant du troupeau, partir dans une nouvelle direction, avec la confiance qu'il mène son peuple sur le bon chemin." (Autobiographie, racontant sa décision en 1985 d'entamer, en captivité, des pourparlers préliminaires avec le régime d'apartheid.)

 

- "Je me tiens devant vous non comme un prophète, mais comme votre humble serviteur à vous, le peuple. Vos sacrifices infatigables et héroïques ont rendu possible ma présence ici aujourd'hui. Je place en conséquence les années restantes de ma vie entre vos mains." (11 février 1990, discours du balcon de l'hôtel de ville du Cap, quelques heures après sa libération après plus de vingt-sept ans de détention)

 

- "De l'expérience d'un extraordinaire désastre humain qui a duré trop longtemps doit naître une société dont toute l'humanité sera fière... Jamais, jamais, plus jamais ce magnifique pays ne devra connaître l'oppression d'un homme par un autre."

 

"Nous forgeons une alliance qui nous fera bâtir une société dans laquelle tous les Sud-Africains, noirs et blancs, pourront marcher la tête haute, sans peur dans leur coeur, assurés de leur droit inaliénable à la dignité humaine - une Nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et le monde." (10 mai 1994, discours d'investiture de président)

 

- "Je savais parfaitement que l'oppresseur doit être libéré tout comme l'opprimé. Un homme qui prive un autre homme de sa liberté est prisonnier de sa haine, il est enfermé derrière les barreaux de ses préjugés et de l'étroitesse d'esprit. (...) Quand j'ai franchi les portes de la prison, telle était ma mission: libérer à la fois l'opprimé et l'oppresseur." (Autobiographie)

 

- "Quelles qu'aient été ses erreurs, et il en a fait beaucoup, il a sa place dans l'Histoire. Sans son soutien (au processus de négociations), nous n'aurions jamais fait la paix." (Son jugement sur le bilan du dernier président du régime de l'apartheid, Frederik de Klerk)

 

- "Mon plus grand regret dans la vie est de n'être jamais devenu champion du monde poids lourds de boxe." (1998)

 

- "Si je n'avais pas été enfermé en prison pendant vingt-sept ans, je ne sais pas si j'aurais été aussi bon avec les enfants. Mais vingt-sept ans sans voir des enfants, c'est une expérience terrible." (2003, réflexion sur son oeuvre au profit de l'enfance)

 

- "Etre amoureux est une expérience que chaque homme doit connaître. Pour moi, c'est une expérience extraordinaire. On devrait être reconnaissant de vivre une expérience pareille." (1997, sur sa liaison naissante avec Graça Machel)

 

- "Toutes les composantes de la nation travaillent à construire notre pays et à en faire un miracle. C'est ce qui me fait espérer quand je vais me coucher. Je ne doute pas un seul instant que lorsque j'entrerai dans l'éternité, j'aurai le sourire aux lèvres." (1997, réflexion sur les réalisations accomplies depuis la fin de l'apartheid)

 

- "L'un des problèmes qui m'inquiétaient profondément en prison concernait la fausse image que j'avais sans le vouloir projetée dans le monde: on me considérait comme un saint. Je ne l'ai jamais été, même si l'on se réfère à la définition terre à terre selon laquelle un saint est un pécheur qui essaie de s'améliorer." (Interview au Sunday Times, citée dans "Conversations avec moi-même")

 

- "Nous devons nous rappeler que notre première tâche est d'éradiquer la pauvreté et d'assurer une meilleure vie à tous." (2009, message vidéo diffusé lors d'un meeting électoral de l'ANC, sa dernière intervention politique)





MADIBA RESTERA POUR LUI CELUI QUI FUT UN "SYMBOLE SANS VISAGE" AVANT DE DEVENIR L'HOMME "QUI A CONSTRUIT LA NATION".

Nouvel Obs

En avril dernier, le "zoulou blanc" Johnny Clegg a confié au "Nouvel Observateur" ce que représentait pour lui Nelson Mandela, alors hospitalisé. Décédé le 5 décembre, Madiba restera pour lui celui qui fut un "symbole sans visage" avant de devenir l'homme "qui a construit la nation". Interview.

 

QUE REPRÉSENTE NELSON MANDELA POUR VOUS ?

 

- Il a été un symbole très important. Je suis de cette génération qui a grandi sans savoir à quoi il ressemblait. En 1986, j'avais écrit pour Mandela une chanson, "Asimbonanga", qui signifie en zoulou "nous ne l'avons pas vu". A l'époque, nous savions qu'il était emprisonné sur Robben Island, mais comme nous n'étions pas autorisés à avoir un portrait de lui, c'était pour nous un symbole sans visage, une étoile qui brillait dans notre ciel.

 

L'UNE DE VOS RENCONTRES AVEC LUI VOUS A-T-ELLE MARQUÉ EN PARTICULIER ?

 

- Le meilleur moment a été en 1997, à Francfort. C'était à la fin d'un concert. Comme souvent, j'ai fini par "Asimbonanga". J'ai commencé à chanter quand soudain le public s'est levé comme un seul homme. Je me suis dit, wouah, c’est fou que les Allemands connaissent ma chanson ! J’étais profondément ému. Et puis j'ai aperçu du coin de l’œil quelqu’un derrière moi qui était en train de monter sur la scène, en dansant, au bras de la chanteuse qui m'accompagnait. C’était Mandela ! C’était lui que le public acclamait ! Ça a été un choc. Je ne savais même pas qu’il était là, à Francfort.

A la fin de la chanson, je lui ai tendu le micro : "Vous voulez dire quelque chose ?" Ce qu'il a dit était très beau, quelque chose comme : "C’est la musique et la danse qui me mettent en paix avec le monde". Il m’a demandé de recommencer à chanter et il s’est remis à danser ! C’était dingue. On est descendu de la scène ensemble et je lui ai glissé : "Quand j'ai écrit cette chanson, je n’aurais jamais imaginé que 11 ans plus tard, dans un autre pays, vous monteriez sur scène et chanteriez Asimbonanga avec moi ! C’est le moment le plus fort de ma vie." II m’a répondu qu’il me remerciait pour avoir contribué à faire connaître au reste du monde le combat des Sud-Africains contre l'apartheid. Ça a été un moment fantastique, le seul véritable moment personnel que j’ai partagé avec lui.

 

QUELS TRAITS DE SON CARACTÈRE RETENEZ-VOUS ?

 

- Il a un sens de l'humour fantastique. Et un regard très aiguisé, il se souvient de petits détails sur les gens. C’est un véritable homme d’Etat. Quand il te parle, il te met à l’aise, il te regarde droit dans les yeux et tu te sens comme le centre de l’univers. Je pense qu’il était le seul à pouvoir ainsi faire le pont entre les Blancs et les Noirs, les vieux et les jeunes, l’ordre ancien et l'ordre nouveau. Il a été celui qui a construit la nation, celui qui a fait sentir aux Noirs, aux Blancs, aux Indiens, aux Coloured qu’ils avaient tous le droit d’être sud-africains. Il a travaillé très dur pour y arriver. L’ANC, notamment, ne lui a pas rendu la tâche facile, l'accusant parfois d'être trop conciliateur avec le régime blanc.

 

A QUOI RESSEMBLAIT SA PRÉSIDENCE ?

 

- Les cinq années qui ont suivi les premières élections post-apartheid de 1994, c'était l’âge d’or. Il y avait un tel sens de la réconciliation que cela changeait la vie quotidienne des gens, on s’entraidait, on se pardonnait. Si tu n’avais pas assez d’argent pour payer ton loyer, ton propriétaire te disait : "Pas de problème, tu me paieras la semaine prochaine !" Aujourd’hui, il te met à la porte et prend ta voiture en compensation ! C’est quand Mandela a quitté la présidence, en 1999, que cet âge d’or s’est terminé. Les luttes de pouvoir au sein de l’ANC ont commencé et très vite le climat a changé.

 

QUEL HÉRITAGE LAISSE-T-IL ?

 

- Il ne reste rien aujourd'hui de cette époque. Les jeunes ne se souviennent pas de ce temps-là. Ils n'ont pas un attachement aussi fort que celui que les générations des années 50, 60 et 70 éprouvaient pour lui. Ils continuent de le considérer comme une icône car ils ont appris à l'école que c'était une personne importante dans l'histoire de l'Afrique du Sud, mais, pour la plupart, ils ne savent pas pourquoi. Il y a eu comme une amnésie. Ces enfants qui sont nés dans la liberté necomprennent pas le rôle qu'il a joué comme nous nous le comprenons. Ils n'ont jamais eu l'expérience de l'apartheid, de l'oppression, et ils construisent le personnage d'une autre manière.

 

DIRIEZ-VOUS QUE LE COMBAT DE MANDELA EST TERMINÉ ?

 

- Oui, la lutte contre l’apartheid est terminée. Il y a un nouveau combat à mener : il faut transformer l’Afrique du Sud en pays démocratique. C'est un sacré défi pour nous qui avons changé très vite, en quinze ans. Pour cela, nous devons démanteler nos vieilles structures héritées du temps de l’apartheid, lutter contre la corruption qui se développe dans notre pays et, enfin, combattre l'idée que la démocratie est synonyme de consommation. Voitures, argent, bling-bling,smartphones… c'est ça maintenant la liberté ! Comment se transforme-t-on en démocratie ? Comment explique-t-on que la démocratie ce n’est pas la propriété et la consommation ostentatoire mais la liberté, la liberté d’expression, d’association ?

 

On se retrouve aujourd’hui avec une police qui se comporte comme au temps de l'apartheid, qui tire sur des ouvriers en grève. Ce n’est pas ça la liberté d’expression, ce n’est pas ça la démocratie. On se retrouve avec un gouvernement qui se bat pour conserver les privilèges d’une minorité alors que pour la classe moyenne noire, c’est très dur. Ce n’est pas un combat de Noirs et Blancs. C'est un combat pour la démocratie.

 

Y A-T-IL AUJOURD’HUI DES POLITICIENS QUI LUTTENT COMME MANDELA A LUTTÉ ET DES ARTISTES ENGAGÉS COMME VOUS L’ÉTIEZ À L’ÉPOQUE DE L’APARTHEID ?

 

- Non, pas vraiment. Les jeunes aujourd’hui, comme en France, veulent du travail, de l’éducation, avoir une voiture, pouvoir payer l’essence… Ils ne semblent plus croire en des combats politiques. Qu’ils chantent, qu’ils écrivent, qu’ils parlent… rien ne change. La politique est devenue une sorte de spectacle de marionnettes. Le problème c’est aussi que pour beaucoup de gens, l’ANC reste le parti de la libération. Ils ne comprennent qu’ils peuvent utiliser leur vote pour changer les choses, voter pour un autre parti par exemple pour sanctionner l'ANC.

Propos recueillis par Sarah Halifa-Legrand - Le Nouvel Observateur

 

Johnny Clegg continue de chanter sur les scènes d'Afrique du Sud et du reste du monde les titres de son dernier album, "Human", sorti en 2010.

 


    

Nelson Mandela dans la tenue traditionnelle de sa tribu Thembu - 1950


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

UN METEORE

Il a traversé nos vies comme un météore. Il fut comme les prophètes d’autrefois, un donneur d’alarme.

On ne peut le comparer qu’à Gandhi qui connaît une lente renaissance.

Il incarnait comme lui la dynamique interculturelle, la main tendue vers l’autre tout en demeurant soi pleinement.  

Entré vivant sans sa légende il s’est imposé à l’humanité comme un homme universel, un des derniers sages.

Ce monde sera digne d’être habité tant qu’il y aura des sages et des justes.

Il fut avant tout un homme de caractère d’une ténacité et d’une endurance exceptionnelles.

Il demeure vivant dans le souvenir et le cœur de ses contemporains.

MG



"L'un des problèmes qui m'inquiétaient profondément en prison concernait la fausse image que j'avais sans le vouloir projetée dans le monde: on me considérait comme un saint. Je ne l'ai jamais été, même si l'on se réfère à la définition terre à terre selon laquelle un saint est un pécheur qui essaie de s'améliorer."

Aucun commentaire: