jeudi 26 décembre 2013

"Gouverner sans le PS est difficilement réalisable pour la N-VA"


Eddy Eerdekens Le Vif 

Simon Demeulemeester   Source: Knack



Selon Carl Devos, politologue à l’Université de Gand, l’exigence de la N-VA de gouverner sans le PS est difficilement réalisable. Entretien avec nos confrères de Knack.




CINQ MOIS AVANT LES ÉLECTIONS, LE PRÉSIDENT DE LA N-VA LAISSE ENTENDRE CLAIREMENT SA PRÉFÉRENCE POUR UN GOUVERNEMENT DE CENTRE DROIT, CE QUI REVIENT À UNE COALITION AVEC LE CD&V ET L’OPEN VLD SANS LE PS ET LE SP.A. CE SCÉNARIO EST-IL RÉALISTE AUJOURD’HUI ?

 

Carl Devos: "Bien évidemment, cette préférence n’est pas étonnante. On sait depuis longtemps que la N-VA aspire à un gouvernement sans socialistes, et sans la gauche en général. Les partis de gauche compliqueront ou empêcheront en effet la réalisation de réformes structurelles ou socioéconomiques planifiées par la N-VA. Ce choix – sans la gauche - implique aussi qu’il n’y aura sans doute pas de gouvernement avec une majorité des deux tiers et que le confédéralisme ne sera donc pas pour tout de suite : depuis l’opposition, le PS ne sera pas enthousiaste à l’idée de soutenir un gouvernement de centre droit pour une réforme confédérale.

 

Du côté flamand, une "coalition anversoise"(N-VA, CD&V et Open VLD) est possible. C’est même l’une des plus probables à côté de l’alternative : une tripartite classique. Au gouvernement flamand, même un gouvernement sans les anciens partenaires de cartel pourrait suffire, donc sans l'Open VLD."

 

DE QUOI DÉPEND CETTE OPTION ?

 

Carl Devos: "De nombreuses questions. Le CD&V sera-t-il d’accord avec les propositions tranchées de la N-VA. Si l’Open VLD est nécessaire, les libéraux flamands sont-ils d’accord ? Le CD&V souhaite-il un gouvernement avec unministre-président N-VA? La N-VA utilisera-t-elle le gouvernement flamand comme point de départ pour la formation fédérale, et quelle est l’opinion du CD&V à ce sujet ? Bien que ce ne soit pas évident, la "coalition anversoise" constitue un scénario réaliste pour le gouvernement flamand. Mais sur le plan fédéral, l’exigence de gouverner sans la gauche est beaucoup plus difficile à réaliser.

 

QUELLES SONT LES PROBABILITÉS?

 

Carl Devos: "Je pense que ce scénario n’aura pas lieu. Gouverner sans le PS signifie qu’outre le MR, un ou deux partis francophones soient prêts à gouverner avec une majorité flamande de centre droit au fédéral. Même s’il y a des tensions entre le PS et le MR, on entend aussi qu’ils pourraient gouverner la Wallonie et Bruxelles ensemble et que Reynders pourrait enfin diriger un gouvernement à Bruxelles. Il faut donc voir si le MR souhaite gouverner sans le PS, avec la N-VA et d’autres.

 

Ensuite, cela dépend de ce que fait le cdH : depuis les élections locales à Bruxelles les relations entre le cdH et le PS sont moins bonnes, mais cela ne signifie pas pour autant que le cdH soit d’accord de gouverner sans le PS. Beaucoup dépend de quel flanc (centre droit ou centre gauche) du cdH sera le plus fort. Bien sûr, Ecolo constitue également une possibilité et peut-être que les verts désirent faire partie d’un gouvernement fédéral sans le PS, certainement s’ils ne peuvent pas participer au niveau régional.

 

Cependant, la N-VA ne devra pas se montrer trop ambitieuse avec les écologistes wallons (qui forment une fraction avec Groen au niveau fédéral).

 

Bref, un gouvernement sans le PS n’est pas impossible, mais semble plutôt improbable. Même si le PS perd encore quelques pour cent, il est fort et en Belgique francophone il reste le parti dominant.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

IL EST BIEN TÔT POUR TIRER DES PLANS SUR LA COMÈTE.


Une chose est certaine, le PS sera, une fois encore l’arbitre du jeu en 2014 sauf si le MR devait faire un malheur en Wallonie, ce qui est très peu probable.

En revanche, la N-VA fléchit à peine en Flandre et le départ de Thijs, patron de la poste, donnera des ailes à la NVA comme le montre bien Béatrice Delvaux dans son édito à lire sans faute : «  Ils veulent coûte que coûte construire un barrage contre cette coalition fédérale. Ils en ont marre d’être ceux qui tirent le char et se font cependant tirer dessus. Je ne comprends pas qu’on couillonne (sic) ainsi la Flandre dynamique et entreprenante. »

Les jeux sont faits et la bataille sera rude.

 

MG

 

UN FORUMEUR  COMMENTE : « Priorité  à une réforme profonde de l’enseignement. En effet, le redressement de la Wallonie et la survie de Bruxelles en dépend. Malheureusement, et indépendamment de l'intelligence des enfants et de leur volonté d'apprendre ce sont souvent les parents qui freinent car ils souhaitent que leurs rejetons obtiennent le diplôme sans effort et sans eux-mêmes s'engager et s'impliquer. »

«  Votre acceptation (de ce départ) sans autre commentaire, ne fera que creuser le fossé entre nos deux communautés pour divergence grave sur les valeurs qui doivent être la base de l’action politique. Vous n’avez pas mesuré l’impact de votre attitude sur les décisions qui doivent permettre de nous hisser dans le peloton de tête européen. »

Le grand bras de fer a commencé.

 

 

LE DÉPART DE THIJS, UNE BOMBE NORD-SUD

Béatrice Delvaux, Éditorialiste en chef

Jean-Pascal Labille, ministre des Entreprises publiques, a intérêt à trouver très, très vite le successeur de Johnny Thijs, patron de bpost, car son départ est une bombe préélectorale politique pour les partis du gouvernement Di Rupo. Le retrait de Thijs n’a rien à voir avec celui de Didier Bellens. Ici, ce n’est pas un patron compétent et rebelle qu’on remercie. Mais un patron qui a réussi sans remous la transformation de son entreprise et qui, lui, accuse le gouvernement de lui avoir manqué de respect et de soutien, en le forçant à accepter une réduction de son salaire.

 

Voilà qui a mis le feu au banc patronal flamand qui n’en demandait pas tant. Johnny Thijs est en train de devenir pour le nord du pays, un symbole des effets de la politique reprochée au gouvernement Di Rupo et Jean-Pascal Labille, l’incarnation de ce gouvernement marxiste dénoncé par Luc Bertrand, patron de AvH, il y a quelques mois.

 

Fernand Huts, le très influent patron de Katoen Natie, entreprise logistique anversoise de taille mondiale, expliquait récemment pourquoi, dans un sondage, la moitié des CEO flamands disaient vouloir voter pour la N-VA : «  Ils veulent coûte que coûte construire un barrage contre cette coalition fédérale. Ils en ont marre d’être ceux qui tirent le char et se font cependant tirer dessus. Je ne comprends pas qu’on couillonne (sic) ainsi la Flandre dynamique et entreprenante. »

 

Ce mardi, c’est Karel Vinck, ex-patron d’Union minière et de la SNCB, qui écrit à Jean-Pascal Labille, l’accusant d’agir par pure idéologie dans ce dossier des salaires des top managers, sans égard pour le travail de Thijs : «  Votre acceptation (de ce départ, NDLR) sans autre commentaire, ne fera que creuser le fossé entre nos deux communautés pour divergence grave sur les valeurs qui doivent être la base de l’action politique. Vous n’avez pas mesuré l’impact de votre attitude sur les décisions qui doivent permettre de nous hisser dans le peloton de tête européen. Et maintenant  ? »

 

Il ajoute dans le Standaard, que jamais Kris Peeters et le gouvernement flamand n’auraient eu une telle réaction idéologique. «  Qui veut encore travailler avec un pouvoir qui commet de tels caprices  » ?

 

C’est la conclusion de Karel Vinck qui se dit très déçu des partis flamands de la majorité. La N-VA vient, hier, de consolider ou de gagner de fameux points.

 

 

 

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