jeudi 16 janvier 2014

6/10 au test de lecture: "Nous sommes face à des compétences en construction"


ENTRETIEN > STÉPHANIE BOCART La Libre Belgique



Roger Godet, inspecteur général coordonnateur, analyse les résultats de l'épreuve externe non certificative.

Comment peut-on interpréter les résultats obtenus par les élèves lors des évaluations externes non certificatives d’octobre dernier ? Roger Godet, inspecteur général coordonnateur, livre son analyse.

CES ÉPREUVES ONT LA PARTICULARITÉ D’INTERVENIR EN DÉBUT D’ANNÉE SCOLAIRE…

Ces tests ne sont pas certificatifs. Ils sont réalisés à trois moments de la scolarité où l’on prend latempérature collectivement, tout en permettant à chaque enseignant de voir où en sont ses élèves. Nous sommes face à des compétences en construction. En ce qui concerne la lecture, contrairement à ce que l’on a cru à une certaine époque, on apprend à lire tout au long de l’école primaire et du secondaire.

LES ÉVALUATIONS DE CETTE ANNÉE EN LECTURE PORTAIENT SUR LE TEXTE INFORMATIF. QUEL EN EST L’INTÉRÊT ?

Lorsqu’un enfant, notamment en primaire, est confronté à des textes plus longs ou qu’on lui demande de découvrir des informations plus implicites ou des contradictions, ses résultats sont moins bons que quand il est confronté à des textes courts, où l’information est explicite et où il n’y a pas de contradictions. L’intérêt d’une telle épreuve est donc de voir où les élèves en sont à tel moment pour mettre en place des apprentissages, des stratégies de compréhension de façon à les faire progresser dans ces compétences plus difficiles.

QUELLES SONT CES STRATÉGIES DE LECTURE ?

A l’école, les élèves lisent de plus en plus de textes informatifs. Ils en lisent surtout, et là on touche à l’interdisciplinarité, dans le cadre des cours d’histoire, de géographie, de sciences. Mais là, la préoccupation n’est pas de l’ordre d’apprendre à lire, mais bien de l’ordre "je cherche l’informationhistorique, géographique ou scientifique". Parallèlement, il faut aussi que dans le cadre du cours de français, que ce soit en primaire ou en secondaire, on construise des stratégies de compréhension spécifiques au texte informatif qui soient utilisées et réinvesties dans les cours d’histoire, géo, sciences… Exemples ? Identifier l’idée principale du texte à l’aide du titre, de l’illustration; identifier dans chaque paragraphe l’idée principale du paragraphe; etc.

NOS ÉLÈVES ONT UNE MOYENNE DE 6/10 EN LECTURE. C’EST UN BULLETIN AVEC MENTION "PEUT MIEUX FAIRE" ?

Je ne dirais pas "peut mieux faire", mais "en construction". Ces trois groupes de résultats nous montrent qu’il y a une série de compétences qui sont en train de se construire. Et c’est bien cela qu’on attend puisque la plupart des compétences doivent être construites en fin de rhéto. C’est un travail qui s’étend sur toute la scolarité. Elles sont dans des états de construction différents selon les compétences, les écoles et les enfants.

UN MÊME CONSTAT TRAVERSE TOUS LES TYPES D’ÉVALUATION : LES DISPARITÉS RESTENT FORTES SELON QUE LES ÉLÈVES FRÉQUENTENT L’ENCADREMENT DIFFÉRENCIÉ ET L’ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL…

Oui, c’est exact. On doit en tirer des enseignements sur le plan général du système : les compétences en lecture sont meilleures en général qu’en professionnel. On est ici non pas dans de la critique littéraire mais bien dans du texte informatif, c’est-à-dire que quelle que soit la filière choisie, cette compétence doit être maîtrisée. Les enseignants qui travaillent en encadrement différencié ou dans le professionnel ont un autre type de public. Le but de ces résultats est de permettre à chaque enseignant de se situer par rapport à un public similaire et de réussir à dégager à son niveau quelles sont les forces et faiblesses de ses élèves.




COMMENTAIRE DE DIVERCITY

GODET A MOITIE VIDE OU A MOITIE PLEIN ?


Cet article ne nous apprend pas grand-chose sauf que l’inspecteur coordinateur pose les bonnes questions et y répond, non pas en pédagogue, mais en diplomate soucieux de ne froisser personne, ni les enseignants ni surtout le politique.

Une petite phrase a retenu toute mon attention :

« Il faut que dans le cadre du cours de français, que ce soit en primaire ou en secondaire, on construise des stratégies de compréhension spécifiques au texte informatif qui soient utilisées et réinvesties dans les cours d’histoire, géo, sciences… Exemples ? Identifier l’idée principale du texte à l’aide du titre, de l’illustration; identifier dans chaque paragraphe l’idée principale du paragraphe; etc. »

Autrement dit : lire c’est comprendre et bien lire c’est montrer qu’on a bien compris…

Je me souviens avoir dit exactement cela à un groupe de professeurs de français du premier degré du secondaire il y a plus de 20 ans. Réponse fâchée. « Mais enfin on n’a pas été formées pour ça ! »

A bon, et pourquoi êtes-vous formées selon vous. « Pour enseigner la grammaire, l’orthographe en faisant des dictées et les auteurs français. »

Je constate avec dépit que globalement rien n’a changé. Sauf que les élèves ne sont plus les mêmes et que la majorité d’entre eux ne parlent pas français chez eux ce qui exigerait une toute autre pédagogie. Mais quand on prononce le mot pédagogie en salle des profs on voit aussitôt sortir des révolvers virtuels. Les évaluations extérieures ont un grand mérite, celui de l’objectivité. Elles montrent à l’enseignant exactement où ses élèves en sont et pointent ses carences ou confirment son savoir faire et ceci n’a pas de prix.

MG

 

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