lundi 27 janvier 2014

MARCHE ARRIÈRE ÉTHIQUE, TOUTE? LA BELGIQUE RESTE UN MODÈLE

Olivier Mouton  Le Vif      

 


© Image Globe

C’est comme si une page se tournait dans certains pays d’Europe. Chèrement acquises, des libertés éthiques fondamentales sont remises en question par les courants conservateurs en cette période de crise économique et sociale, mais aussi démocratique et morale. 

En Espagne, le gouvernement, dirigé par le Parti populaire, se prépare à limiter fortement les possibilités d’avortement, réservant strictement ce droit aux viols et aux cas où la santé est menacée. Cette avancée éthique avait été obtenue par les socialistes à leur retour au pouvoir, craquant le carcan de quarante années de franquisme. 

En France, à l’inverse, la majorité socialiste devrait élargir ce droit à l’avortement pour le mettre en conformité à la pratique, supprimant la notion de “femmes en situation de détresse”. Mais sur le mode espagnol, le mouvement très virulent qui s’était opposé au mariage pour tous entend désormais mener une nouvelle croisade pour le droit à la vie. 

Marquées par l’héritage libéral de mai 1968, nos sociétés sont à nouveau écartelées. Ils sont de plus en plus nombreux à dénoncer les dérives d’une dérégulation à outrance. Sur le plan économique, la révolution des années soixante a, il est vrai, laissé la voie libre au marché, menant le capitalisme sur des voies outrancières. Au niveau de la société, elle a modifié en profondeur le lien familial et placé les individus devant leurs propres responsabilités. Une gestion politique judicieuse de ces mutations profondes est plus que jamais nécessaire. 

La liberté est un bien précieux. Mais la liberté, aussi, fait peur quand ceux qui en disposent ne savent pas la gérer à bon escient. En revenant sur des acquis éthiques de façon outrancière, les conservateurs se confrontent sans doute avec leurs propres démons. Ils ne font pas confiance à la maturité et à la sagesse de l’homme. 

LE DÉCLIN DES PARTIS CHRÉTIENS 

En Belgique, le débat est heureusement plus serein. Notre pays est un modèle en matière éthique depuis le début des années 1990, quand une majorité progressiste dirigée par Guy Verhofstadt a multiplié les avancées: mariage homosexuel, euthanasie... Avant cela, il faut s’en rappeler, une grave crise politique avait été nécessaire, marquée par l’interruption de règne du roi Baudouin, pour dépénaliser l’avortement. C’est dire que notre pays n’est pas à l’abri. 

Le déclin des partis chrétiens explique sans aucun doute ces évolutions majeures. Sous cette législature encore, une majorité parlementaire alternative, sans le CD&V et le CDH, a étendu le droit à l’euthanasie aux mineurs d’âge. Les discussions parlement furent intenses, mais leur aboutissement n’a été contesté ouvertement par personne. Pas de pétitions incendiaires, ni de manifestations chaotiques dans les rues. Assez curieusement, cette réforme voulue par les libéraux et les socialistes a été rendue possible par les voix des nationalistes flamands, la N-VA témoignant à ce sujet d’une ouverture dont elle ne fait guère preuve dans d’autres domaines. Jusque quand? 

Laboratoire de l’Europe, la Belgique reste un phare lumineux où la tolérance prédomine. Pour l’instant. Car notre pays n’est pas une île. Les résistances qui se font jour au sud du continent sont d’ores et déjà relayées chez nous et le retour du religieux, singulièrement dans les villes, pourrait infléchir les positions. Raison de plus pour gérer minutieusement les droits acquis, éviter les dérives libertaires et permettre à nos sociétés de vivre ses progrès de façon responsable. 

Notre pays est riche de son consensus social, tant sur le plan socio-économique que sur le plan éthique. C’est ce sens de la modération qui lui permet d’affronter la tête haute les bourrasques de la crise tous azimuts que l’Europe traverse. A l’heure où certains remettent en cause les avancées du progrès, dans tous les domaines, seul ce bon sens permettra d’éviter les outrances de l’extrémisme. Et éteindre l’incendie de débats éthiques qui virent ailleurs à un dangereux affrontement.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« LABORATOIRE DE L’EUROPE, LA BELGIQUE RESTE UN PHARE LUMINEUX OÙ LA TOLÉRANCE PRÉDOMINE. POUR L’INSTANT. »

Georgette était restée belle malgré ses 94 printemps. Elle avait du caractère et de la distinction et il émanait d’elle un charme puissant qui faisait mouche à tous les coups, elle était grande, élégante, toujours soignée. Sa conversation était exquise, infiniment variée. Georgette s’intéressait à tout, au monde d’hier et à l’actualité.  Elle empruntait le bus et le métro pour sillonner sa ville en toute autonomie.  Pourtant Georgette était tourmentée par sa vue qui de plus en plus se brouillait.  Son ophtalmologue l’avait prévenue, la nuit la guettait... Elle avait dû renoncer aux plaisirs de la lecture, il lui restait ceux de la conversation que ses pertes de mémoire de plus en plus fréquentes rendaient difficiles, du moins à ses yeux.

Elle exigeait beaucoup d’elle-mêmeméprisait la médiocrité.

Depuis un peu plus de cinq ans, elle disait que la comédie avait assez duré qu’elle souhaitait, en femme libre et totalement autonome, tirer sa révérence, descendre enfin de scène où elle avait joué tant de rôles au propre comme au figuré. Elle était habitée par mille répliques du répertoire et mille poèmes qu’elle se récitait en silence, qu’elle déclamait parfois pour le plus grand plaisir de ses très nombreux amis. Le rideau est tombé ce midi.

Georgette était co-fondatrice de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité. Elle incarna la dignité jusqu’à son dernier soufflequ’elle rendit aujourd’hui entre les mains de son médecin, en présence des siens, comme son ami Hugo Claus, comme dans l’inoubliable film « les Invasions barbares ». A sa plus proche amie, elle avoua que les adieux à la vie étaient plus rudes qu’elle ne l'avait imaginé, mais elle triompha de la mort comme elle l'avait fait des obstacles de la vie.

MG

 

 





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CONSULTATIONS CONCERNANT LA FIN DE VIE

INSTITUT BORDET, 121 BD DE WATERLOO À BRUXELLES

Une consultation « médico-éthique » assurée par le Dr Dominique Lossignol est ouverte à l'Institut Bordet aux patients souhaitant obtenir des informations concernant la fin de vie. Il ne s’agit pas exclusivement de gérer des demandes d’euthanasie, mais également les déclarations anticipées ou tout autre élément que le patient souhaite aborder en matière d’interruption de traitement. Les patients peuvent consulter spontanément mais il est préférable qu’ils soient référés par un médecin (traitant ou spécialiste). Il s'agit uniquement d'un avis consultatif et non de prise en traitement. Ces consultations ont lieu le vendredi matin. Il convient de prendre rendez-vous au 02 541 33 26

CHU BRUGMANN (SITE HORTA) À BRUXELLES

Une consultation d’information concernant la fin de vie (soins palliatifs, demandes anticipées de non acharnement thérapeutique, euthanasie…) est ouverte au CHU Brugmann (site Horta).Elle est assurée par le Dr Michèle Rauïs-Morret le mardi après-midi. Pour prendre rendez-vous :  02/477.23.46 entre 8 et 16H

WEMMEL (PÉRIPHÉRIE BRUXELLOISE)


Un centre médical a été créé à Wemmel, une commune de la périphérie bruxelloise,  par LEIF, l’équivalent flamand de notre réseau EOL. Il est destiné à aider des patients qui éprouvent des difficultés à résoudre leurs problèmes relatifs à la fin de vie. Il comporte des consultations de diverses spécialités et dispose d’un accord avec la V.U.B. pour pouvoir faire hospitaliser des patients dans l’hôpital universitaire de Jette-Bruxelles. Une version française de sa présentation est disponible. Voir le site Internet www.ulteam.be.

 

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