jeudi 2 janvier 2014

Daniel Barenboïm triomphe au concert du Nouvel An de Vienne


Enfant prodige et pianiste de grand talent, Daniel Barenboïm a dirigé les plus grands orchestres du monde.



Le maestro Daniel Barenboïm a été longuement ovationné mercredi à l'issue du traditionnel concert du Nouvel An de Vienne, tout empreint cette année de la vivacité de ce jeune homme de 71 ans.

C'est la deuxième fois, après 2009, que le chef d'orchestre israélo-argentin recevait ce qu'il appelle "le plus beau cadeau pour un chef d'orchestre" : être choisi par les musiciens du Philharmonique de Vienne pour diriger ce concert de prestige sous les ors du Musikverein.

Enfant prodige et pianiste de grand talent, Daniel Barenboïm a dirigé les plus grands orchestres du monde, tout en menant de front un engagement actif pour la culture et la paix au Proche-Orient.

Rappelons que le maestro a aussi créé en 1999, avec son ami Edward Saïd, intellectuel palestinien décédé en 2003, l'Orchestre Divan, formé de jeunes Arabes et Israéliens de 14 à 25 ans, qui se produit dans le monde entier.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

WEST-EASTERN DIVAN ORCHESTRA

« NOUS CHERCHONS À COMPRENDRE, SURTOUT QUAND NOUS NE SOMMES PAS D'ACCORD »


Daniel Barenboïm est un homme surprenant. Pianiste génial et chef d’orchestre de renommée, il a fondé avec de l'écrivain chrétien américano-palestinien Edward Saïd ce magnifique orchestre  interculturel pour promouvoir le dialogue et la paix entre Juifs et Arabes. Il fut fondé en 1999 à Weimar à l'occasion du 250e anniversaire de la naissance de Goethe.

Le nom de l'orchestre vient du reste du recueil West-östlicher Divan (Divan occidental-oriental) du poète allemand. D'abord basé à Weimar pendant les deux premières années, il obtient en 2001 le soutien de l'Orchestre symphonique de Chicago dont Daniel Barenboim était le directeur musical. Depuis 2002, c'est le gouvernement autonome d'Andalousie et différents mécènes espagnols qui en assurent le financement.

Depuis cette date, l'orchestre se réunit chaque été en Espagne, à Séville où il se produit pendant le mois de juillet avant d'entreprendre en août une tournée mondiale toujours sous la baguette de Daniel Barenboïm.

Un événement hautement symbolique a eu lieu en août 2005: le premier concert à Ramallah, en Cisjordanie. Cette manifestation a été soutenue par les ambassades d'Allemagne, de France et surtout d'Espagne, laquelle a fourni un passeport diplomatique espagnol à tous les musiciens.

Composé de musiciens arabes du Moyen-Orient et d’israéliens, l'orchestre a réussi à s’imposer comme un modèle de dialogue entre les cultures pour promouvoir la paix.

« Si nous arrivons à nous entendre pour faire de la musique ensemble, c’est forcément vrai pour un autre domaine »..

Depuis sa création, la grande famille de l’orchestre n’a cessé d’évoluer tant dans sa musique que dans son message de dialogue et de paix. Une tribu menée par son chef Barenboim qui, au-delà de l’aspect musical, joue les médiateurs entre les musiciens. « Nous ne recherchons pas le consensus politique, déclare-t-il. « Nous cherchons à comprendre, surtout quand nous ne sommes pas d'accord ». C’est d’ailleurs la seule solution valable selon lui pour résoudre les conflits qui touchent le Moyen-Orient. Ce « dialogue » semble malheureusement être de plus en plus difficile à établir : guerre civile en Syrie, crise égyptienne, conflit israélo-palestinien, etc. Il demeure malgré tout l'essence même de ce qui pousse les musiciens de l’orchestre à continuer dans cette voie, plus que jamais. Tous espèrent aller jouer un jour dans leur pays, pour réitérer l’expérience de ce concert exceptionnel à Ramallah (Palestine) en 2005.





INTERVIEW DE DANIEL BARENBOIM

ARTE MAGAZINE A RENCONTRÉ LE CHEF D’ORCHESTRE À BERLIN.



Le chef d’orchestre vedette Daniel Barenboïm s’engage depuis des années pour le dialogue israélo-palestinien, non pas par des moyens politiques mais par la force de la musique.

En jouant ensemble, ils entendent favoriser le dialogue entre les différentes cultures du Proche-Orient.

ARTE : AVEC VOTRE ORCHESTRE DE JEUNES MUSICIENS D’ISRAËL ET DES PAYS ARABES, VOUS SOUTENEZ DEPUIS 1999 LE DIALOGUE ENTRE ISRAËL ET LA PALESTINE. COMMENT EN ÊTES-VOUS VENU À FONDER L’ORCHESTRE À WEIMAR ?

Daniel Barenboïm : Weimar représente le meilleur et le pire de l’histoire allemande. Le meilleur, pour Goethe, et le pire, pour le camp de concentration de Buchenwald, à cinq kilomètres à peine. En 1999, Weimar était la capitale culturelle de l’Europe, et grâce aux efforts déployés par le responsable de l’événement, Bernd Kaufmann, cet atelier a pu voir le jour, appelé « Divan occidental-oriental » en référence au recueil de poésie de Goethe. Kaufmann n’a pas ménagé sa peine et établi tous les contacts du Caire à Damas en passant par Amman.

 

ARTE : QUELLES ONT ÉTÉ LES RÉACTIONS À VOTRE APPEL ?

Daniel Barenboïm : Nous avions reçu au total 200 candidatures d’Egypte, de Jordanie, de Syrie, d’Israël et du Liban. J’ai été très surpris par le niveau artistique et j’ai senti que l’on pourrait faire plus qu’un simple atelier de musique de chambre. Il faut comprendre qu’un grand nombre de ces jeunes musiciens n’avait jamais joué dans un orchestre ou assisté à un concert.

ARTE : COMMENT ÊTES-VOUS PARVENU À FAIRE DE CET ATELIER, CENSÉ ÊTRE UNE EXPÉRIENCE PONCTUELLE, UN PROJET D’ORCHESTRE PERMANENT, QUI SE PRODUIT TOUTE L’ANNÉE DANS LE MONDE ?

Daniel Barenboïm : Cela n’a pas été facile. En 1999, la paix froide régnait entre l’Egypte, la Jordanie et Israël, et la Syrie, le Liban et Israël étaient en situation de guerre. La loi interdisait aux Syriens et aux Israéliens d’être en contact les uns avec les autres. Cette même situation a longtemps perduré entre Palestiniens et Israéliens. Ces jeunes gens ont fait preuve d’un grand courage en se joignant à nous. Au début du tournage du documentaire d’ARTE « Nous ne pouvons qu’atténuer la haine », nous voulions masquer leurs visages par crainte des représailles.

 

ARTE : L’INTELLECTUEL PALESTINIEN EDWARD SAÏD, DÉCÉDÉ EN 2003, VOUS A LUI AUSSI ÉTÉ D’UNE GRANDE AIDE.

Daniel Barenboïm : Son décès est une perte irremplaçable à tout point de vue. C’était un homme capable de jeter des ponts entre tous les sujets qui touchent l’Homme, il était un grand critique littéraire et musicien qui, tel un homme de la Renaissance, savait raisonner au niveau interdisciplinaire, sans pour autant nier sa propre identité ou les autres cultures du monde arabe. Il comprenait l’importance de la musique.

ARTE : SUITE À LA CRÉATION DE L’ETAT D’ISRAËL, EN 1948, VOUS AVEZ ÉMIGRÉ AVEC VOTRE FAMILLE DE BUENOS AIRES EN ISRAËL, EN 1952. QUELLES SONT LES DIFFÉRENCES ENTRE L’ISRAËL DE VOTRE ENFANCE ET CELUI D’AUJOURD’HUI ?

Daniel Barenboïm : A l’époque, Israël était peuplé de gens qui avaient traversé l’horreur, des survivants de l’Holocauste et des pogroms russes qui se tournaient pourtant vers l’avenir, animés d’un incroyable idéalisme. Ils voulaient bâtir un pays. A mon sens, la rupture s’est produite en 1967, avec la guerre des six jours. Nous sommes alors devenus les occupants. Aucun peuple n’a le droit d’en occuper un autre, pas même le peuple juif. Durant 2000 ans, nous avons été une minorité, parfois bien accueillie, souvent traitée avec cruauté. Nous devrions savoir qu’il n’est pas acceptable qu’un peuple en occupe, en contrôle un autre. Cela doit cesser, un point c’est tout. Ce conflit ne pourra pas avoir de résolution militaire. Nous devons comprendre que les sorts de ces deux peuples sont intimement liés. C’est pourquoi je m’engage pour le dialogue.

 

ARTE : VOTRE MÈRE COMME VOTRE GRAND-MÈRE ÉTAIENT DE FERVENTES SIONISTES ET ONT MILITÉ POUR LA CRÉATION D’UN ETAT D’ISRAËL EN PALESTINE. QUE PENSERAIENT-ELLES AUJOURD’HUI DE VOTRE ENGAGEMENT DANS LE CONFLIT ISRAÉLO-PALESTINIEN ?

Daniel Barenboïm : Je ne sais pas ce qu’en aurait pensé ma grand-mère, mais ma mère l’aurait compris. Je m’implique dans cette cause depuis les années 70. Ma mère était là, quand j’ai rencontré les Palestiniens pour la première fois. Je ne souhaite pas remettre en cause la création de l’Etat d’Israël. Je veux juste que nous prenions du recul. Nous devons essayer de comprendre quelles erreurs ont été commises en 1948. Qu’avait-on promis à l’époque au peuple juif, et quelle est la situation actuelle ?

Nous ne sommes pas des hommes politiques, nous voulons seulement lutter contre l’ignorance réciproque. Ce qui s’y passe actuellement me fait mal. Nous nous retrouvons dans une situation asymétrique parce qu’une nation occupe depuis 1967 des territoires qui sont, disons, revendiqués par d’autres.

Je ne suis pas naïf. Je ne pense pas qu’on puisse résoudre tous les problèmes par la musique. Mais elle peut constituer une occupation dans la vie. C’est pourquoi j’y ai établi une école de musique. Quand on prend plusieurs cours de violon par semaine, on a moins de temps pour avoir des pensées radicales. Je peux alors peut-être diminuer le niveau de haine pour quelques heures.

 

ARTE : POURQUOI L’HUMANITÉ HAÏT-ELLE AVEC UNE TELLE INTENSITÉ ?

Daniel Barenboïm : C’est malheureusement la haine qui provoque la plus grande énergie émotionnelle.

 

ARTE : ET VOUS, QU’HAÏSSEZ-VOUS LE PLUS ?

Daniel Barenboïm : (résolu) Le manque de curiosité. Et les certitudes.



JOHANN WOLFGANG GOETHE (1749 - 1832) LE DIVAN D'ORIENT ET D'OCCIDENT (WEST-ÖSTLICHER DIVAN)



En 1814 Goethe, alors âgé de 65 ans, vient de découvrir le Diwān du poète persan Hafiz (vers 1320-1389). Subjugué par la lecture de ce recueil, Goethe entreprend de composer à son tour un cycle de douze livres de poèmes dans lequel la reprise de thèmes et de motifs orientaux sert de miroir à la tradition poétique et religieuse de l'Occident. Au même moment, il se rend depuis Weimar à Francfort, sa ville natale, et visite la Rhénanie. Le voyage réel vers l'ouest sur les lieux de sa jeunesse se fait ainsi sous le signe d'un voyage de l'esprit vers l'est, d'une écriture résolument « orientalisée ».

La rencontre amoureuse avec Marianne von Willemer, de 35 ans sa cadette, rapidement sublimée en relation épistolaire, va accompagner le ressourcement du poète.

Goethe adjoindra bientôt à ce cycle de poèmes des « Notes et Dissertations » destinées à ses contemporains peu au fait des civilisations orientales.

Méditation en actes sur le dialogue interculturel, le Divan d'Orient et d'Occident est la première œuvre littéraire majeure de langue allemande qui participe de la construction « orientaliste ».

 

Aucun commentaire: