jeudi 16 janvier 2014

Destexhe: «Milquet fait de la manipulation politique avec les chiffres de la criminalité»


Fabrice Voogt

Le parlementaire conteste la baisse de la criminalité annoncée par la ministre de l’Intérieur. Entretien



Alain Destexhe. Photo Belga

 

Joëlle Milquet (CDH) a annoncé mercredi une diminution de 6,8 % du nombre de délits enregistrés par les services de police lors des six premiers mois de l’année 2013 par rapport au premier semestre 2012, une tendance à la baisse qui s’observe particulièrement dans la Région bruxelloise (-9,4 %). Et, avec 480.683 faits de janvier à juin 2013 pour toute la Belgique, il s’agirait chiffre le plus bas jamais enregistré pour un premier semestre depuis 2000 et la publication des statistiques de criminalité.

VOUS CONTESTEZ L’INTERPRÉTATION DES CHIFFRES FAITES PAS LA MINISTRE DE L’INTÉRIEUR ?

«  Oui. Joëlle Milquet minimise la gravité de la situation à Bruxelles. Elle prend l’ensemble des crimes et délits. Le plus important, ce que je retiens, c’est que la criminalité violente augmente : ce qui est meurtres et homicides de 17 %, les infractions contre l’intégrité physique de 18 %, les rixes au couteau de 23 %, les cambriolages de 15 %, les viols collectifs de 120 %, les violences physiques dans le couple de 135 %, les vols à la tire de 122 %. Donc, tout ce qui est violent augmente assez ou très nettement. »

IL Y A TOUT DE MÊME DES CHIFFRES QUI BAISSENT…

«  Oui. Les vols de voitures, la contrefaçon, les fraudes, les fausses signatures, les outrages à agents et, ce qui baisse le plus : la consommation de cannabis. C’est donc malhonnête de présenter les choses comme cela, parce que ce qui baisse, ce sont les infractions qui ne sont plus poursuivies. A Bruxelles, on ne poursuit plus la consommation de cannabis. Si on mélange tout, évidemment, on arrive à une baisse générale des chiffres.  »

IL Y A TOUT DE MÊME UNE BAISSE DE HOMEJACKINGS ET DE CARJACKINGS. C’EST DE LA VIOLENCE.

«  D’accord, mais je vous ai montré qu’il y avait tout de même une hausse de plusieurs faits de violence. La ministre a choisi de mettre en avant les indicateurs qui baissent. »

CELA NE MONTRE-T-IL PAS LA RELATIVITÉ DE CES CHIFFRES, DANS UN SENS COMME DANS L’AUTRE ? LES CHIFFRES DÉPENDENT AUSSI DE LA PRIORITÉ QUE LA POLICE ACCORDE À TELS TYPES DE DÉLITS.

«  Je n’aime pas l’argument qui consiste à dire que les statistiques reflètent uniquement l’activité policière. Les meurtres sont enregistrés, les cambriolages également, les rixes au couteau probablement aussi. C’est donc vrai jusqu’à un certain point. Je maintiens que la criminalité violente est en augmentation et que la diminution s’explique par le fait que certaines infractions ne sont plus poursuivies. L’usage de drogues. On passe, en 2000, de 2.368 infractions à 130 sur la moitié de 2013. On a presque divisé par dix le nombre d’infractions !  »

NE FAUT-IL DONC PAS PARLER DE CRIMINALITÉ ENREGISTRÉE QUE DE CRIMINALITÉ ?

«  D’accord, mais si on poursuivait la drogue comme il y a 10 ans, cela ferait remonter nettement les chiffres. On devrait aussi pouvoir recouper par grande catégorie. Si on prend les vols, il y a au moins 10 sortes de vols. C’est très difficile d’avoir une vision globale. C’est aussi impossible de suivre régulièrement la criminalité à Bruxelles. A New York ou Londres, on peut la suivre de semaine en semaine. En Belgique, on doit attendre tous les six mois que l’Intérieur veuille bien communiquer. On a des outils statistiques déficients et qui entretiennent la confusion. On devrait au moins pouvoir distinguer ce qui est violent de ce qui ne l’est pas. La police de Bruxelles devrait communiquer chaque semaine les chiffres de criminalité. Charles Picqué (NDLR : l’ancien ministre-président bruxellois) avait annoncé un observatoire bruxellois de la criminalité. Il n’a jamais été mis en place. Entre les six mois où le ministère communique, il n’y a rien. »

LES CHIFFRES TRADUISENT-ILS UNE FORME DE LAXISME ?

«  Il faut en tout cas ne pas prendre au pied de la lettre ce que raconte la ministre de l’Intérieur. On noie la criminalité violente dans l’ensemble des délits et développer une meilleure statistique. Comme citoyen, on a le droit de ne pas dépendre d’une conférence de presse tous les six mois pour être informé. »



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

STRATÉGIES DE COMMUNICATION

Là où Milquet prend ses rêves pour des réalités, Destexhe veut voir un cauchemar et fait peur à l’électeur. Lequel des deux a raison ? Retenons qu’ils sont tous les deux en campagne électorale et que la sécurité est un thème très sensible.

Tout ce qui est excessif est insignifiant.

Imagine-t-on un candidat parlementaire bruxellois qui aille à l’électeur avec un tract électoral proposant un diagnostic sérieux des dysfonctionnements bruxellois accompagné d’une vision d’avenir qui fasse rêver un peu et d’une stratégie chiffrée de ce qu’il entend faire pour corriger l’actuelle mal gouvernance ?

Qu’on me le montre et je voterai pour elle ou pour lui, quel que soit son parti (pris) politique.

MG

 

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