mercredi 15 janvier 2014

PS, MR, N-VA... Les meilleurs ennemis du monde

FRÉDÉRIC CHARDON 


La Belgique préélectorale a une cible : le PS. En Flandre, la N-VA affirme vouloir éjecter les socialistes francophones hors des maroquins ministériels fédéraux qu’ils occupent depuis longtemps. Chez les francophones, c’est le MR qui tape à gros coups de marteau sur ce qu’il voit comme une inamovible enclume PS. Ce week-end et encore ce lundi, les attaques sont devenues encore plus violentes, encore plus passionnelles, encore plus idéologiques. Du côté libéral, Charles Michel, le président du parti, et Didier Reynders, le vice-Premier libéral, ont flingué le passage d’Elio Di Rupo à l’émission de divertissement "Sans chichis" de la RTBF (la semaine dernière). C’était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de la rancœur politique. Et pourtant…

Oui, et pourtant, ce trio en apparence infernal, constitué du PS d’un côté comme victime expiatoire et le MR et la N-VA de l’autre, qui considèrent le premier parti wallon comme nuisible, renforce électoralement chaque acteur. La dialectique est bien rodée : le MR n’est jamais aussi fort électoralement que lorsqu’il s’oppose aux socialistes durant la campagne.

Et la N-VA ? Elle se refait une virginité "flamingante" en Flandre en désignant l’ennemi, cause à ses yeux d’une malgouvernance belgo-belge, wallonne et francophone. Le PS, pour sa part, réplique mais, finalement, avec une certaine modération : ces missiles politiques, libéral et nationaliste, lui permettent de se refaire une santé auprès de l’électorat de gauche : si la "droite libérale" et la "droite nationaliste flamande" s’en prennent au PS, c’est que ce parti est, par opposition, une force de résistance. Voilà de quoi ragaillardir les militants socialistes et l’électorat traditionnels PS avant la grande bataille des prochaines semaines. Avec le MR et la N-VA comme adversaires, le PS est certainement dans le bon, se dit le cœur du parti dirigé par Paul Magnette. En particulier, le PS regagne des points électoraux auprès de son électorat situé plus à gauche, allergique aux libéraux et à la droite du nord du pays. Cela fait autant de voix qui ne se perdront pas chez Ecolo, au PTB ou dans la myriade de microformations situées à la gauche de la gauche…

MR : ATTAQUER MAIS SANS RUPTURE

Le MR, tout d’abord, avec un effet miroir vis-à-vis du PS, se renforce en se distinguant de ce qu’il ne veut pas être : le PS. Les militants de base et le noyau dur des électeurs libéraux détestent lessocialistes. Pourtant, depuis 1999, ils doivent s’accommoder de coalitions où les deux formations, sur le papier si antagonistes, sont alliées dans les faits (aujourd’hui, au niveau du gouvernement fédéral). Déboussolant !

Comme en 2007, où il avait atteint des sommets aux élections grâce à une campagne hyperagressivemenée par Didier Reynders (alors président des libéraux), le MR veut rééditer l’exploit, être le plus fort possible électoralement en se définissant comme l’alternative au "PS archaïque " , pour reprendre l’expression de Didier Reynders. Petite nuance : cette fois, le MR ne cherche pas officiellement à mettre les socialistes dans l’opposition. Le PS, aux yeux du MR, est indésirable, d’accord, mais pas assez que pour risquer de se le mettre à dos et de se faire renvoyer dans l’opposition à tous les étages, même au fédéral. Les libéraux veulent que les électeurs les renforcent le 25 mai prochain pour pouvoir peser le plus possible face aux socialistes, probable futur partenaire de coalition, quasiment inévitable.

N-VA : attaquer sans se gêner…

Et chez les troupes de Bart De Wever ? Là, c’est similaire tout en étant différent. Si la N-VA a intérêt à agiter en Flandre l’épouvantail du PS, les nationalistes ne sont pas confrontés concrètement aux socialistes dans les urnes ni dans les médias. Pas besoin de débattre puisque les deux formations ne sont pas du même monde électoral. L’un au nord, l’autre au sud, ils ne vont pas se rencontrer ni se disputer systématiquement sur les plateaux de télé. Le PS en est d’autant plus un ennemi idéal et bien commode pour la N-VA qui peut se laisser aller à tous les clichés du genre sans devoir rendre de comptes. De son côté, comme indiqué, le PS a tout intérêt à laisser monter la pression nationaliste : elle le renforce du côté francophone, elle redore son image de rempart politique face à une certaine Flandre radicale jugée antisociale et "à la botte des patrons".



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

POINT DE VUE DE SIRIUS .


Imaginons un reporter venu de la planète Mars ou plus exactement de la planète Sirius.

Quelle analyse va-t-il faire pour ses lecteurs de l’article dont il vient de prendre connaissance ?

Il constatera sans doute que la Belgique est composée de deux démocraties avec des partis et des medias différents, avec une NVA qui domine en Flandre, un PS qui domine en Wallonie et qui se font la nique sur le plan, comment dire « fédéral » ? Non carrément « confédéral ». C’est en effet l’impression fâcheuse que de plus en plus ce pays donne et qui semble bien, en être de facto devenu deux, chose dont les Flamands semblent s’accommoder de mieux en mieux  au point d’adhérer électoralement au thèses du parti qui plaide pour un confédéralisme de plus en plus affiché.

Nous avons montré hier que la conclusion logique du confédéralisme c’est l’indépendance de la Flandre suivie d’une négociation désastreuse et dramatique pour se partager la dépouille de la Belgique et la répartition difficile de l’héritage de chacun des survivants du divorce.

Il est encore temps d’éviter la catastrophe mais il est urgent de prendre conscience des enjeux.

MG

 

 

 

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