vendredi 3 janvier 2014

Un premier pas vers un changement attendu


Patrice Leprince



Les boulevards du centre de Bruxelles piétonniers, une bonne idée?

A peine entré en scène, le nouveau patron de la Ville de Bruxelles frappe un grand coup en annonçant sa volonté de piétonniser, à marche rapide, les boulevards du centre entre la Bourse et De Brouckère. Un projet dans l’air depuis longtemps et qui figure noir sur blanc dans l’accord de majorité PS-MR. Mais auquel le bourgmestre Yvan Mayeur souhaite désormais donner corps le plus rapidement possible. D’aucuns attendaient de lui un geste urbanistique fort. En voilà assurément un. S’il souhaite aller vite, c’est parce qu’Yvan Mayeur sait qu’il devra passer les longues étapes des procédures mais aussi et surtout affronter la fronde de nombreux opposants.

 

Qui n’ont d’ailleurs pas manqué de réagir à l’idée de voir leur chiffre d’affaires balayé par les bouderies d’automobilistes préférant les parkings des centres commerciaux appelés à pousser en périphérie bruxelloise, plus accessibles et gratuits. Et abîmer un peu plus un secteur déjà à la peine dans le centre-ville.

 

Sans tomber dans le cliché facile du « commerçant qui ne se plaint pas est un mauvais commerçant », on se souvient qu’il y a 30 ans, les exploitants gantois ont longtemps pesté contre l’arrivée d’un piétonnier à leurs portes. Ils feraient exactement de même si on leur imposait maintenant de faire machine arrière. Topo identique du côté de la rue Neuve, en 1976.

 

Si le commerce est aujourd’hui à la peine au cœur de Bruxelles, n’est-ce pas aussi parce que la situation actuelle ne satisfait personne ? Avec des boulevards moches et pollués qui ont perdu tout leur lustre d’antan et où, que l’on soit automobiliste, riverain ou piéton, personne ne trouve vraiment sa place.

 

Finalement, on peut aussi penser que le remède à la morosité commerciale passe par le changement. Radical. Et sans lequel les magasins seront peut-être plus encore mis à mal qu’actuellement.

 

Faut-il, pour survivre, rêver de copier les géants de périphérie et leurs vitrines et parkings aseptisés ou, au contraire, oser cultiver une autre approche ? Changer pour rebondir en proposant autre chose que le drive-in shopping avec une identité forte et mixte. Avec des commerces de qualité répartis dans un espace public convivial à proximité duquel de nouveaux parkings sont programmés. Et qui sont là, sans doute plus qu’ailleurs, bien desservis par les transports en commun, du bus au tram en passant par le train et le métro. Des transports publics qui, contrairement à certaines idées reçues figurent parmi les meilleurs pourvoyeurs de clientèle avide de bonnes affaires, comme le démontre à souhait la réussite enregistrée sur le pavé de Bordeaux, de Nantes ou encore de Lyon.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

IMPROVISATION ?


L’opération plaisirs d’hiver montre combien il devient difficile de se rendre au centre de Bruxelles et d’y trouver à parquer sa voiture dès qu’un événement de ce genre est organisé..

Rendre l’axe Bourse De Brouckère piétonnier est certes une idée intéressante, un pas dans la bonne direction.  Il ne faudrait pas que ce soit un one shot sans autre suite.  

Ce projet devrait s’inscrire dans le cadre d’un plan global de rénovation urbaine qui serait du ressort du gouvernement de la Région Bruxelles Capitale accompagné d’une étude d’incidence.

Mais on assiste à tout autre chose : au grand one man show médiatique autour du nom de Yvan Mayeur un homme dont on dit qu’il fait peu de voix mais qui, c’est clair, va se présenter aux suffrages des Bruxellois en mai prochain comme candidat député fédéral. On parle de lui et rien que de lui dans les medias, et l’homme savoure sa soudaine notoriété. L’opposition se tait dans toutes les langues, seuls les commerçants s’agitent et s’expriment. Toute cette affaire semble baigner dans la plus grande improvisation et c’est bien cela qui dérange.  Les silences du ministre président Vervoort surprennent à cet égard.  Où est la cohérence quand on sait que trois méga centres commerciaux (facilement accessibles et équipés de parkings gratuits)  dont personne ne veut vont sortir de terre dans la périphérie.

Surtout : a-t-on la moindre idée à quoi ressembleront les aménagements urbains qu’implique ce grand chamboulement ? Pour Arnaud Texier, directeur d’Atrium, agence bruxelloise du commerce, il s’agit d’une « idée intéressante. Le fait de rendre l’espace public plus attractif, de pousser à ce que les habitants se réapproprient le centre-ville, c’est une très bonne chose. Mais l’approche doit être intégrée. Il faut prendre en compte la question de l’accessibilité, de la mobilité, et du stationnement. Pour l’instant, ce n’est pas encore très clair. »

La question n’est donc pas de savoir si l’idée est bonne, elle est nécessaire, mais elle doit « être accompagnée de communication, d’écoute, d’accompagnement des commerçants et partir de l’usager ».

Et de rappeler que « le but, c’est que cet espace soit utilisé ».

En cela il pose la vraie question : celle des aménagements des espaces publics à Bruxelles.

Cela suppose un vrai débat citoyen, c’est-à-dire le contraire du numéro de claquette auquel se livre le nouveau bourgmestre de Bruxelles.

MG

 

 

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