samedi 18 janvier 2014

Vande Lanotte: "La N-VA et le SP.A à nouveau ensemble dans le gouvernement flamand est peu probable"


ANTOINE CLEVERS ET VINCENT ROCOUR 



Le SP.A sort du bois. Très discret depuis le début de l’année, il brisera le silence ce samedi à l’occasion de ses vœux. Stratégie du silence ? "C’est délibéré , répond Johan Vande Lanotte dans l’entretien qu’il accorde à "La Libre". Selon le vice-Premier ministre SP.A, on est en train d’écrire notre programme. On aura un Congrès le 17 février. Il nous restera alors plus de trois mois avant les élections. C’est suffisant…"

 

LE PROCHAIN PREMIER MINISTRE DOIT ÊTRE UN FLAMAND ?

Il doit être issu du plus grand parti de la majorité. Si ce n’est pas comme cela, il sera toujours l’otage du parti le plus grand, qui pourra lui dire : "Tu fais ce que je te dis." Et cela déséquilibre le gouvernement.

CE RAISONNEMENT VAUT POUR LES MINISTRES-PRÉSIDENTS. ON PENSE À KRIS PEETERS…

Oui. Si dans un gouvernement N-VA/CD&V, on donne la ministre-présidence au CD&V, le ministre-Président CD&V sera un "lame duck" (littéralement : un canard boiteux, NdlR) .

LA N-VA VEUT EXCLURE LE PS DU GOUVERNEMENT. IL EN FAIT UN ENJEU ÉLECTORAL.

Si Bart De Wever voulait se passer du PS, il n’avait qu’à le faire en 2010. Il n’a même pas essayé.

POUR LE PRÉSIDENT DES NATIONALISTES, LES ÉLECTIONS SE RÉSUMENT À UN CHOIX ENTRE LE MODÈLE DE LA N-VA ET CELUI DU PS…

C’est ce qu’il dit. Nous ne voulons en tout cas pas du modèle N-VA. C’est une copie du modèle allemand dans lequel, en période de croissance économique et de baisse du chômage, le niveau de pauvreté augmente… La pauvreté en Allemagne est presque le double de celle de la Flandre. Appliquer le modèle allemand, c’est augmenter les inégalités.

LE 25 MAI, CE SERA ALORS LE MODÈLE N-VA OU CELUI DU SP.A ?

Ce sera le modèle des partis qui formeront la prochaine coalition. Dire qu’il faut un modèle N-VA ou un modèle PS, c’est de l’orgueil. La grande force de la Belgique, c’est justement de mettre en commun les points forts de chaque courant d’opinion.

EN FLANDRE, ON VOUS ASSOCIE AU PS. UN DÉSAVANTAGE ?

Ça ne nous gêne pas du tout. Mais nous avons des opinions parfois différentes. Comme marxistes, nous savons que les idées viennent du terrain. Or, nous sommes confrontés à une autre situation économique et électorale. Les critiques en Wallonie sont à l’opposé des critiques en Flandre. En Wallonie, on dit du gouvernement Di Rupo qu’il est un gouvernement de droite et, en Flandre, que c’est un gouvernement marxiste.

LE SP.A LIE-T-IL SON SORT AU PS POUR LE FÉDÉRAL ?

Pas nécessairement. Mais quand on voit la distribution des cartes, comment entrerions-nous dans un gouvernement sans le PS ? En théorie, c’est possible. Mais ça voudrait dire un gouvernement N-VA, VLD ou CD&V, MR et CDH. Pour entrer dans un tel gouvernement, ils devraient signer avec leur sang un programme qui accepte 100 % notre programme (rires). Donc…

FAUT-IL DES COALITIONS MIROIRS ENTRE FÉDÉRAL ET RÉGIONS ?

C’est mieux. Mais c’est l’électeur qui décide.

LE SP.A SERA-T-IL RECONDUIT AU GOUVERNEMENT FLAMAND ?

Il n’y aura pas cinq possibilités pour former un gouvernement flamand. Avoir la N-VA et le SP.A à nouveauensemble est peu probable. Quand on voit les programmes électoraux qui se développent, ceux de la N-VA et du SP.A prennent des chemins opposés. En 2009, le programme de la N-VA était très différent. On a pu avoir un accord de gouvernement avec des accents sociaux très clairs - qu’on n’a pu exécuter à cause des efforts budgétaires… Mais la N-VA est devenue un parti conservateur et presque néolibéral.

LE PVDA (PTB CÔTÉ FRANCOPHONE) PEUT-IL VOUS FAIRE DU TORT ?

Chaque voix pour eux nous fait du tort. Mais je ne vais pas regarder ce qui se passe chez les autres. Je regarde mon programme. Nous allons dire ce que nous allons faire. Nous détaillerons nos grands principes lors de notre Congrès du 17 février.

QUELS SONT CES GRANDS PRINCIPES ?

Egalité, liberté et fraternité.

PLUS CONCRÈTEMENT ?

On entend souvent qu’il faut un bon niveau économique avant de pouvoir songer à l’égalité. Ce n’est pas vrai. L’égalité n’est pas le résultat du développement économique, mais sa source. Le grand drame de l’Afrique, par exemple, c’est l’absence d’égalité, avec quelques très riches et les autres, très pauvres. Pour qu’elle se développe, il lui faut une classe moyenne. Donc davantage d’égalité.

LE COMBAT POUR L’ÉGALITÉ, CE N’EST PAS TRÈS TENDANCE ?

C’est vrai. Nous allons un peu à contre-courant. Et pourtant, cette course à l’individualisme et à l’inégalité a été la cause de la crise puisqu’elle a conduit à lever de nombreux garde-fous sur les marchés financiers. Ce qui est fou, c’est que ces discours reviennent à la mode. On ressort les vielles recettes qui sont à l’origine de la crise. Les "chief economist" des grandes banques nous disent aujourd’hui comment faire pour sortir de la crise. C’est fort de café ! Ils étaient déjà en place avant la crise. Ils n’avaient rien vu.


Charles Michel et Wouter Beke. Le Soir

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

MAIS OÙ SONT PASSÉS LES HOMMES D’ETAT D’ANTAN?


Napilitano appartient à la génération des « grand old men »Giscard, Schmidt, Thatcher, Eyskens, SpitaelsMaertens,Toback le père. Pardon pour Maggie, les Maggie sont des femmes de fer viriles et déterminées comme peut l’être une Martine Aubry qui piaffe  d’impatience à sortir des starting blocks

Nous nous colletons en Belgique la génération des fils de :Charles fils, Lutgen fils, Toback fils, Decroo fils, avec quelques petits nouveaux RuttenBeke, De WeverMagnette. Les vieux crocodiles pataugent doucement dans leur marigot : Vande LanotteDelpérée,  Michel père, Decroo père, Verhofstadt, mais où donc sont passés les hommes et les femmes d’Etat d’antan. De quoi parlent nos hommes politiques actuels ? des moyens c’est à dire de l’alchimie des coalitions possibles et imaginables et ce à partir des sondages sur les intentions de vote des Belges. On imagine difficilement un raz de marée soudain en faveur du Spa, il ira donc dans l’opposition. C’est un signal, certes, mais n’extrapolons pas, c’est beaucoup trop tôt.  

Franchement, ils ne nous font pas rêver aux horizons qui chantent : l’Europe, le fédéralisme d’union en Belgique et au niveau européen, le cosmopolitisme, la maîtrise de la démographie et surtout le vivre ensemble c’est-à-dire la dynamique interculturelle et le vivre autrement (on n’y coupera pas mais on n’ose pas trop nous le dire), la formation des jeunes, l’enseignement. Désenchantés, de plus en plus de citoyens doués et bien formés envisagent de s’exiler.

MG

 

 

 

UN HOMME D’ÉTAT. RESPECT

Béatrice Delvaux éditorialiste en chef 
Mis en ligne mardi 23 avril 2013, Le Soir


Il faut regarder cet homme, un peu voûté, élégantissime dans sa chemise blanche avec boutons de manchette, le visage usé, avec, dans ses mains légèrement tremblantes, quelques feuilles de papier. Il inspire le respect, il suscite l’admiration. Il donne une leçon aux hommes politiques pris de déraison. Il offre surtout à l’Histoire une incarnation du sens de l’État. A ceux qui demanderont ce qu’est un « Homme d’État », on pourra montrer l’image de ce vieil homme de 87 ans, face au Parlement italien, acclamé par ceux qu’il cloue au pilori. Il n’y a pas de moment plus fort dans cette journée particulière, et pas de moment plus honteux pour ceux auxquels il s’adresse, que lorsque Giorgio Napolitano, nouveau président italien, ému par l’affection croissante dont il se sent l’objet, assène : «  Je ne pouvais décliner. Mais il y a eu trop d’erreurs, de bêtises et d’irresponsabilités des forces politiques. Vos applaudissements ne doivent induire aucune auto-indulgence. La tactique, le cynisme et l’instrumentalisation vous ont portés à la stérilité et au blocage du Parlement. »

Rappelez-vous ce moment : il vient de rendre son honneur à l’Italie. Par la grâce d’un vieil homme poussé, par la folie qui s’est emparée de la classe politique de son pays, à reprendre du service « jusqu’à ce que ses forces le lui permettront ». Au sacrifice de sa vie donc, alors que tant d’autres dans ce Parlement-là ne sont prêts à rien sacrifier.

La colère froide de Giorgio Napolitano n’est pas sans rappeler le coup de sang d’Albert II, lorsque le président italien en appelle à ce b.a.-ba politique : « Un gouvernement est plus important que le refus d’une alliance. »

Il y eut des temps de chaos où l’homme « providentiel » portait un costume militaire et punissait la démocratie en l’écrasant. On se doit donc de saluer ceux où des individus armés du seul amour de leur pays, du sens de l’Etat et de la démocratie sauvent leur pays. Car c’est de cela qu’il s‘agit.

 

 

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