lundi 24 février 2014

Bruxelles pour tous les "kets"


LAPORTE CHRISTIAN La Libre

 

Région Une histoire de la capitale "pour les enfants de 10 à 110 ans".

Par les temps qui courent, les candidats à la "mère de toutes les élections" du 25 mai prochain ne peuvent plus sortir voire soutenir un livre sans se retrouver directement dans l’oeil du cyclone des "critiqueurs" qui ont beau jeu de dire qu’"il s’agit évidemment d’une opération de propagande politique".

Pour certains parlementaires plus assidus dans les médias que dans les hémicycles, ce n’est sans doute pas usurpé mais il ne nous viendra pas à l’esprit de jeter le bébé avec l’eau de la Senne en ce qui concerne "Bruxelles. L’Histoire en histoires" qu’a présenté le ministre-Président Rudi Vervoort, vendredi à la Foire du Livre.

Du reste si l’on fait abstraction de la préface de celui qui en est quelque part l’éditeur responsable, ce sympathique petit ouvrage n’exsude nulle couleur politique ni même l’odeur d’un Olivier mais a le mérite d’offrir aux plus jeunes et à ceux qui le sont un peu moins une belle introduction à une meilleure connaissance de la région centrale.

Roel Jacobs, historien-conseil

A la base du projet, on trouve la Région et sa Direction des Monuments et des sites alors que l’atterrissage doit beaucoup à l’excellente équipe de l’Association pour l’Etude du Bâti. Mais on n’oserait plus imaginer un travail historique sérieux sur Bruxelles sans au moins les conseils du plus Bruxellois des historiens, Roel Jacobs.

Intitulé "Bruxelles. L’Histoire en histoires le livre s’adresse à un public à partir de 10 ans mais sans limite supérieure.

Abondamment illustré et présenté dans un format ultra pratique, il est notamment agrémenté d’une ligne du temps qui, selon le cabinet du ministre-Président "trouvera sans nul doute sa place dans de nombreuses classes et chambres d’enfants" mais ne déparera pas pour autant les bureaux de ceux aux cheveux blancs qui se passionnent pour la capitale.

Concrètement l’histoire de Bruxelles y est détaillée en 44 chapitres qui offrent une double entrée. Il y a d’abord une série d’escales historique incontournables où l’on retrouve les corporations, les enceintes, l’hôtel de ville, la capitale de l’Europe; elle se décliné aussi selon une série de thématiques.

La démarche vise en fait à donner aux enfants les clés pour apprendre et comprendre l’histoire de leur région. D’où des textes courts et rédigés dans un langage accessible. Après un premier ouvrage grand public consacré à l’archéologie (Bruxelles mis au jour. Archéologie d’une région), et un numéro hors-série de la Revue Bruxelles-Patrimoines (Le Patrimoine écrit notre histoire), tous deux publiés en 2013, la Région persiste et signe dans sa volonté de présenter son patrimoine et son histoire en s’adressant au plus grand nombre.

Christian Laporte

"Bruxelles. L’Histoire en histoires", Bruxelles-Capitale et l’Apeb; 12, 50 €.

 


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

BRUXELLES MODE D’EMPLOI


Electoraliste ou pas, l’initiative est tout à fait sympathique car il s’avère que le Bruxellois jeune ou vieux,  nouveau ou de souche connaît très mal sa ville. Il a en effet la triste réputation de bouger peu et de de désintéresser de tout hormis de son environnement immédiat : sa commune, son quartier.

Oseriez-vous affirmer que vous connaissez bien Bruxelles?

Certes, nous avons tous un regard sur notre Bruxelles qui recoupe notre histoire personnelle.  Mais qui d'entre nous possède vraiment le mode d'emploi de cette ville aux mille visages dont seulement quelques-uns nous sont familiers? Ceux de notre enfance, de l'école fréquentée, de notre quartier, de celui de nos parents, de l'être aimé. Mais la vision globale, l'avons-nous?

Certes nous avons nos repères, nos habitudes, nos itinéraires inconscients, voire nos rituels de passage: tel restaurant pour les dîners en ville, tel autre pour les repas de familles, les commémorations, tel bistrot pour y lire les journaux, telle terrasse pour y retrouver des amis,  tel cinéma, tel théâtre. Mais qui mesure l'ensemble et la densité de l'offre culturelle qui fait de Bruxelles selon un magazine américain la ville la plus culturelle d'Europe après Londres avant Paris et Berlin? Le saviez-vous?  La ville la plus innovante aussi avec la concentration de citoyens créatifs et hautement formés, sans doute la plus élevée du continent européen.

Connaissez-vous le nouveau peuple bruxellois qui n'est plus celui de grand-père Brel et de la grand-mère bruxellante du grand Jacques, de Bossemans, de Coppenolle, ni celui de Quick, Flupke et de l'agent quinze. Tout cela a cessé d'exister depuis longtemps.  Le « parler bruxellois » de notre enfance, que Toone conserve comme une relique linguistique, ne s'entend désormais plus dans le métro, beaucoup moins que le « maroxellois » ou le « turxellois ». Bruxelles a changé en trente ans, du tout au tout. Surtout, Bruxelles a changé de population.

Beaucoup s'en émeuvent; quelques-uns, dont DiverCity y voient un renouveau multiculturel nécessitant une dynamique interculturelle, voire transculturelle hardie et volontariste. Personne, ou presque, ne pratique le dialogue interculturel spontanément et de gaité de cœur. Il faut le vouloir intensément et cela exige effort et engagement.

Peu s’en rendent compte, -surtout pas les nationalistes- : non seulement Bruxelles, mais l'Europe tout entière sera demain cosmopoliteautrement dit interculturelle.  Ou alors, elle ne sera pas. Beaucoup de Bruxellois (et anciens Bruxellois) regardent Bruxelles comme une mosaïque de populations dont les communautés sont séparées par des frontières psychologiquement infranchissables.

Bruxelles est, de fait, une collection de ghettos que relie un tramway urbain nommé diversité.

Beaucoup de Bruxellois de souche ou résidant dans la périphérie répugnent à emprunter le métro, par la peur de l'inconnu, par peur des inconnusgens de couleur pour la plupart, mais Bruxellois de naissance et Belges de nationalité.

Bruxelles est la ville de tous les contrastes avec ses ghettos divers: anatolien (Schaerbeek et Saint-Josse), marocain (Molenbeek), marollien (au midi),  matonguais (Ixelles) , parisien (Uccle, Châtelain et Brugman), bcbg (Woluwé) bobo (Watermael-Boistfort),chinois (la Bourse), flamand (AntoineDansaertexpats (Waterloo, Tervuren et le centre)...Avec son canal  aussi difficile à franchir psychologiquement que check Point Charlie du temps du mur de Berlin. Avec sa forêt de Soignes enchanteresse  et ses parcs très londoniens ou peu de Bruxellois s'aventurent, à tort du reste.

Avec son offre gourmande et exotique, à nulle autre ville pareille. Avec sa politique de la mobilité calamiteuse, avec sa gestion de parking chaotique.

Avec son organision calamiteuse des chantiers urbains, avec sa maîtrise médiocre de la propreté publique, avec sa sécurité trop souvent incertaine. Avec son taux de criminalité jugé par beaucoup excessif. Avec son offre de logement public insuffisante, avec son taux de navetteurs insupportable.

Avec son taux d'échec et de décrochage scolaire indécent. Avec un chômage de 22%, celui des jeunes frisant les 40% dans certaines communes, avec ses fractures sociales et son enseignement à la dérive, avec son explosion démographique impressionnante.  

Avec sa répartition aléatoire des compétences régionales et communales. Avec ses tiraillements entre administration centrale et cabinets ministériels.

L'entendez-vous vibrer,Bruxelles?

L'entendez-vous vouloir Bruxelles? Vouloir gagner le leadership dans la course où s'affrontent les grandes métropoles comme Berlin, Marseille, Lille, Rotterdam, Anvers, Milan, Barcelone, Vienne...

On aimerait tous tellement devienne plus volontaire, plus ambitieuse, plus téméraire, notre Bruxelles!


C’EST QUOI ETRE UN BRUXELLOIS AUJOURDHUI?

Les medias flamands ont un plaisir malin à tracer un portrait au vitriol de Bruxelles dénonçant une insécurité chronique et permanente, un manque de propreté « crasse » et une gouvernance chaotique qu’ils attribuent à la gestion capricieuse des 19 barons, soucieux de régner en suzerains absolus sur leurs territoires communaux respectifs. C’est excessif donc insignifiant !

 

Insécurité ? Pour ma part je n’ai pas peur de flâner sur les marchés du Midi et des abattoirs,véritable Babel où se croisent toutes les cultures et s’entendent toutes les langues dans un immense chaos magiquement organisé par l’auto-discipline des commerçants et de leurs innombrables clients : métaphore du marché mondialisé, microcosme du monde qui vient.

Il serait intéressant d’élaborer avec bienveillance un bulletin de santé de la Région bruxelloise pour apprendre à regarder notre ville autrement, avec indulgence et complicité, avec le regard aimant, comme dit mon ami le pharmacien stambouliote de Saint-Josse.

Pourquoi, au lieu de râler tout le temps, ne pas regarder Bruxelles sous cet éclairage neuf.

Nos dirigeants ne l’ont pas, cette vision claire, globale et empathique du devenir de la ville, malgré les très nombreuses et très onéreuses  études commandées par le cabinet Piqué (surnom : Rantanplan) qui s’entassent dans les tiroirs des ministres, des bourgmestres et des échevins.

« Bruxelles a besoin d’une excitation, d’une transfiguration, d’une audace. » (Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef du soir)

Bruxelles a besoin d’un élan innovateur, d’un stratège créatif.

Bruxelles ville universitaire, créative, internationale, épicentre de l’Europe dispose de tous les atouts pour redevenir la capitale prospère de l’Europe et de tous les Belges. Une ville où la classe moyenne cosmopolite et diversifiée multiethnique aura à coeur de reconquérir sa place.


MG

 

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