mercredi 12 février 2014

La lettre de Joëlle Milquet aux Bruxellois


VÉRONIQUE LAMQUIN Le Soir

Pour lancer sa campagne, la vice-Première CDH écrit aux Bruxellois et les invite à débattre. 



Joëlle Milquet invite les Bruxellois à venir débattre de son projet.

Didier Reynders a publié un livre, Joëlle Milquet, elle, commence sa campagne bruxelloise par une lettre à tous les habitants de la capitaleDans la missive régionale, qui sera distribuée dans toutes les boîtes aux lettres dès ce mardi, la cheffe de file humaniste y balise ses cinq priorités. Elles constitueront l’ossature du programme, que le CDH présentera durant les prochaines semaines.

Sans surprise, Joëlle Milquet place d’abord et avant tout l’accent sur les jeunes. « Notre urgence, c’est de proposer un contrat d’avenir pour les 0-25 ans », martèle la vice-Première CDH, qui a toujours fait du triptyque enseignement/formation/emploi l’un de ses thèmes de prédilection. Ici, il est question d’« un nouveau pacte d’excellence pour l’enseignement et la formation, la création de places de crèches et d’écoles, de nouveaux pôles de formation et d’une alliance pour l’emploi des jeunes ». Joëlle Milquet propose encore aux Bruxellois« un nouveau plan régional de sécurité et de prévention, un projet de déploiement économique et urbanistique moderne, un nouveau programme d’offre de services aux personnes, une stratégie de mobilité et de transition environnementale et énergétique ».

Ces têtes de chapitre seront déclinées, dans les prochaines semaines, en un ensemble de propositions. « A ce stade, il s’agit aussi d’expliquer aux Bruxellois le choix que j’ai fait de me présenter à la Région. »

« Bruxelles est vraiment à un moment charnière, insiste la vice-Première CDH. La Région entre dans une nouvelle ère. Elle est stabilisée, refinancée, va recevoir de nouvelles compétences. On n’est plus dans un contexte institutionnel. On sort de 25 années durant lesquelles Bruxelles était dans une certaine fragilité, manquait d’argent, était soumise à de nombreux niveaux de pouvoir, qui ne se coordonnaient pas. »

L’année 2014 marque, pour le CDH, le début d’une nouvelle vie pour la Région bruxelloise. Les humanistes entendent donc la doter d’un projet, baptisé « Bxl 2025 », « une vision à dix ans ». Joëlle Milquet entend l’assortir d’objectifs chiffrés précis, « que tous les niveaux de pouvoir devront s’engager à respecter  ». C’est l’un des leitmotivs de la candidate humaniste : il faut renouveler la gouvernance, « parfois médiévale dans la capitale », faire en sorte que toutes les strates institutionnelles actives à Bruxelles (du fédéral aux communes en passant par les Communautés) travaillent dans la même direction. « Il faut arrêter le saupoudrage ridicule ! Il faut simplifier les structures, les faire converger. »

Ces propositions, Joëlle Milquet entend en discuter avec les Bruxellois : la lettre est aussi une invitation à débattre, commune par commune, sur différents thèmes. Avec elle. Car « Bruxelles a besoin de nouvelles personnalités pour l’incarner, la guider ».



 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« BRUXELLES EST VRAIMENT À UN MOMENT CHARNIÈRE »


« Bxl 2025 : une vision à dix ans ». Voilà qui contraste avec l’obsession du court terme de la grande majorité des politiciens d’ici et d’ailleurs. Se donner un horizon de dix ans pour refonder et reconstruire Bruxelles, cela force le respect.

Des dizaines de milliers de Bruxellois issus de la classe moyenne ont quitté Bruxelles pour s’installer en Brabant, wallon ou flamand. La plupart ne reviendront pas, même si leurs enfants ont tendance à amorcer un timide  retour. Sans cette classe moyenne entreprenante, il sera difficile de relancer le moteur bruxellois. C’est ce qu’affirme Destexhe, il a sans doute raison.

Certes, ils ont été remplacés en région bruxelloise par des migrants et enfants de migrants. Beaucoup ont ouvert des commerces, des entreprises prospères. Ils ont ainsi créé leur propre emploi et sont sortis à la force de leur volonté de la spirale de la dépendance. Chapeau ! De fait, les nouveaux Bruxellois ne sont pas tous des assistés sociaux acquis au clientélisme et au communautarisme du PS ou du CDh.

Mais est-il raisonnable de vouloir « assimiler » ces gens en leur imposant sans nuance notre mode de vie, quand ils ont importé le leur avec leur identité, leur culture, leur religion, leur cuisine ? Comment donc, les intégrer sans les blesser dans le maillage complexe de notre société bruxelloise ?

Avant touten réformant notre enseignement technique et professionnel. Il faut revaloriser la salopette et promouvoir « l’intelligence au bout des doigts. » (Alain). En France, les compagnons du Tour de France ont commencé à relever ce défi avec succès. Pourquoi ne pas envisager cela chez nous ?

ÊTRE DEMOCRATE ET COSMOPOLITE A BRUXELLES

Etre démocrate cosmopolite à Bruxelles aujourd’hui c’est vouloir pratiquer le dialogue interculturel avec les nouveaux Bruxellois, ce qui nécessite d’être soi-même bien campé dans son identité et ses valeurs. Respecter ensuite celles de l’autre et entamer un dialogue franc avec lui sur base de valeurs citoyennes partagées. La dynamique interculturelle permet à chaque citoyen d’être pleinement soi-même sans renoncer aux identités culturelles tout en combattant « les identités meurtrières » (Amin Malouf) et les dangereuses dérives islamistes. Cela suppose et exige une réciprocité ainsi qu’une adhésion sans conditions aux principes de la démocratie pluraliste avec son exigence de respect des droits de l’homme et de la femme, à stricte égalité.

Il serait grand temps de parler, non pas d’identité nationale ou régionale comme font les nationalistes de la N-VA mais plutôt d’identités plurielles, autrement dit, d’horizon cosmopolite. Je suis bruxellois, belge, européen et citoyen du monde, père, mari, amant, démocrate croyant ou libre penseur.

Bruxelles est comme le prototype des mégapoles cosmopolites de demain, un modèle pour toutes les métropoles européennes.

Etre démocrate cosmopolite à Bruxelles aujourd’hui c’est aussi se demander si je suis partisan du tout à la bagnole des néo-libéraux ou du tout aux transports en commun des bobos gauchos ou du tout au vélo des écolos. C’est se demander si je continue à penser que ma voiture c’est ma liberté. Solidarité librement consentie, pourquoi pas ; solidarité imposée sûrement pas.

Etre démocrate cosmopolite aujourd’hui à Bruxelles c’est exiger des pouvoirs publics qu’ils se préoccupent de la propreté de la ville et qu’ils garantissent la sécurité des citoyens jour et nuit.  Cela nécessite une police citoyenne prompte à intervenir en cas de nécessité : une police de proximité.

Etre démocrate cosmopolite à Bruxelles aujourd’hui, comme hier c’est revendiquer un enseignement de qualité pour tous les enfants de la région bruxelloise, tous réseaux confondus. On en est très loin aujourd’hui. Il serait raisonnable d’installer dans nos écoles réputées les plus inégalitaires, un supplément de mixité sociale pour garantir à notre enseignement bruxellois son rôle d’ascenseur social aujourd’hui en panne de courant.  

Etre démocrate cosmopolite aujourd’hui à Bruxelles, c’est vouloir que chacun et chacune puisse acquérir un logement décent dans une ville où l’accès à la propriété est de plus inaccessible pour les jeunes ménages, ce qui renforce l’exode hors les murs.

Les medias flamands ont un plaisir malin à tracer un portrait au vitriol de Bruxelles, dénonçant une insécurité rampante, un manque de propreté et une gouvernance chaotique qu’ils attribuent à la gestion capricieuse des 19 barons, soucieux de régner en suzerains absolus sur leurs territoires communaux respectifs.

Des tirs de balle essuyés à la porte de Ninove par un jeune cycliste flamand domicilié à Molenbeek -à deux minutes à bicyclette de Dansaert, sur l’autre rive du canal- ont fait la manchette des journaux et déchainé une avalanche de cartes blanches plus excessives les unes que les autres. Bien sûr, ce qui est arrivé est inadmissible !

Mais les critiques à force d’être excessives finissent par devenir insignifiantes. Pour ma part, je n’ai franchement pas peur de flâner sur les marchés du Midi et à celui de Abattoirs qui valent le déplacement et sont une véritable Babel où se croisent toutes les cultures et s’entendent toutes les  langues dans un  immense chaos, magiquement organisé par la magnifique auto-discipline des commerçants et des innombrables clients : belle métaphore du marché mondialisé.  Bruxelles, c’est comme le microcosme du monde qui vient.

 

LES ATOUTS DE BRUXELLES

Bruxelles ville phare, comme Berlin ou Marseille, refuse de reconnaître ses multiples atouts.  Elle ne communique pas, ou à peine avec les autres villes cosmopolites, ses rivales qui lui envient son statut de ville internationale, de capitale reconnue de l’Europe par tous les hypernomades (Attali) qui y habitent.

Il faut valoriser la culture, la nôtre et celle d’autrui. Les démocrates cosmopolites sont avides de culture. Grandir à Bruxelles, y être né est un privilège car c’est être né européen et cosmopolite. « L’air de la ville rend libre », on sait cela depuis le moyen âge. Les grandes cités cosmopolites sont des lieux d’immigration, des carrefours d’échanges. Là où il y a brassage, il y a forcément plus de délinquance et de relâchement.

Bruxelles, ville devenue cosmopolite, presque à son insu, est en pleine métamorphose, en pleine renaissance.

Beaucoup de Bruxellois sont obsédés par la petite délinquance et gagnés par l’islamophobie, ils se trompent de combat.  L’islam aussi est en pleine mutation au sein des villes et à Bruxelles en particulier. L’islamisme est une  maladie de croissance de l’islam et instrumentalisation de celui-ci à des fins totalitaires. Il faut le combattre sans merci. Il existe à côté de cet islamisme « morbide » un islam apaisé, régénéré à l’aune de la modernité, européanisé par l’urbanité bruxelloise. A quoi bon redouter cet islam-là? Il faut l’aider, au contraire, à faire sa mue, sa « renaissance », l’aider à naître aux lumières du Bel Agir et à la profonde humanité, c’est le visage humain de l’islam qui doit nous interpeller et nous ouvrir la voie à de nouvelles Andalousie en terre brabançonne.

 

côté de gestionnaires aguerris, rompus aux nouvelles techniques de gouvernance, Bruxelles a besoin d’un(e) avocat(e) à l’âme de poète qui réapprenne à rêver Bruxelles, pour nous aider à redécouvrir le plaisir subtil d’être d’ici et à nous apprendre à respirer l’air bruxellois autrement.

Connaissez-vous une autre ville qui génère en son sein un collectif de citoyens engagés qui, réunis régulièrement en Etats Généraux, s’interrogent à intervalles réguliers avec les meilleurs chercheurs universitaires sur le destin et l’avenir de Bruxelles ?

 

BRUXELLES A BESOIN D’UN DESSEIN TÉMÉRAIRE, D’UNE  GRANDE AMBITION.

« Bruxelles est une ville hachée, irrationnelle, chaotique, sale et pleine d'obstacles, discontinue dans le traitement de l'espace public Mais à la fois elle apporte un intérêt intellectuel extraordinaire parce que c'est une ville foutoir qui oblige à réfléchir à la ville. » David Schoonbrodt. 

Oui sans doute, et après ! Le politique l’a voulu ainsiMais préférons-nous être comme l’exige la N-VA sous la tutelle partagée des Wallons et des Flamands ? Non, trois fois non !

Les Bruxellois ont mal à leur ville. Surtout, les Bruxellois aiment mal leur ville. Il est là le problème.

Il s’agit donc de penser la ville avec audace avant de la gérer selon les principes pragmatiques d’une gouvernance volontariste.

Bruxelles aspire à une réforme en profondeur, une vraie métamorphose, non pas aux mesurettes cosmétiques et changements mineurs » proposés par les Candidats Ministres Présidents potentiels. « Bruxelles a besoin d’une excitation, d’une transfiguration, d’une audace. » (Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef du soir)Surtout, Bruxelles a besoin d’un élan innovateur, d’un stratège, créatif, comme  Patrick Janssens à Anvers ou Daniel Termont à Gand, qui ont inscrit leurs villes dans la modernité et en ont fait des objets de désir. « Bruxelles a besoin de nouvelles personnalités pour l’incarner, la guider »(Milquet)Vervoort, Milquet, Gosuin et De Wolf ont-ils ce profil ? Il est grand temps de renverser la vapeur et de décider de faire de Bruxelles une ville prospère qui aurait l’ambition de réconcilier les différentes cultures qui ont élu domicile sur son sol. La tâche des années qui viennent sera de restreindre le flux migratoire et surtout le digérer par le biais d’un enseignement mieux adapté, plus performant, une formation professionnelle plus hardie et surtout plus efficace.

Cela suppose une nouvelle manière d’enseigner le français dans nos écoles et surtout la mise en place d’une dynamique interculturelle volontariste et d’un programme d’intégration citoyenne pour chaque nouveau bruxellois demandeur d’asile.

Bruxelles ville universitaire, créative, internationale, épicentre de l’Europe dispose de tous les atouts pour redevenir la capitale prospère de l’Europe et de tous les Belges. Une ville où la classe moyenne cosmopolite et diversifiée multiethnique aura à cœur de conquérir sa place.

UNE VISION TEMERAIRE POUR BRUXELLES

Peu se rendent compte que non seulement Bruxelles, mais l'Europe tout entière sera demain cosmopolite c'est à dire interculturelle.  Ou alors, elle ne sera pas et elle deviendra une grosse Suisse.

On aimerait tous, vraiment, que Bruxelles devienne plus volontaire, plus ambitieuse, plus téméraire!

Marc Guiot

 

Aucun commentaire: