mardi 4 février 2014

Le cordonnier de Séville


Hier je suis passé prendre une belle paire de godasses, chez mon vieux cordonnier à casquette et à perroquet, que je croyais sicilien. C’est un artisan comme on les aime.

 « J’ai appris, plutôt volé le métier à onze ans aux pieds de mon oncle à Séville. J’ai quitté à vingt ans, en nous payait 35 pesettes pour une paire de chaussures faite main, pas de quoi nourrir son homme, c’était sous Franco. Les Belges offraient des contrats de cinq ans dans les mines, après cinq ans on était libre de faire ce qu’on voulait. J’y suis allé et ai vécu de mon métier cinq ans après, j’en vis encore à 85 ans. L’ennui c’est que je n’ai pu transmettre le métier à personne, les jeunes ne veulent pas se salir les mains. Dommage c’est un si beau métier. Et le perroquet de répondre en écho « foutu métier , foutu métier »

Le perroquet a tort, il est grand temps de réhabiliter la salopette.

Les compagnons du Tour de France s’y emploient avec un réel succès en France en revalorisant par la transmission d’un savoir intergénérationnel, les métiers nobles et moins nobles, ceux qui exigent un apprentissage sur le terrain, ardoisier, paveur, plombier zingueur, soudeur, cordonnier et tous ces métiers qui salissent les mains et dont les jeunes ne veulent plus, comme dit le cordonnier sicilien au perroquet insolent.

MG



TRUELLE, MARTEAU ET COUPS DE BURIN : LES COMPAGNONS DU TOUR DE FRANCE SONT EN CHANTIER

 

Par NICOLAS ANDRÉ

 


Dans l’atelier charpente, les élèves en licence pro et leur professesseur, Olivier Goudemand.

L’Université des Compagnons s’est bien ancrée à Arras où sa vitrine reste la Maison Robespierre, réhabilitée par leurs soins, et qui présente un petit musée du compagnonnage. Mais au-delà du cliché, Arras profite aussi de l’Université du compagnonnage, aménagée par Bruno Daniel avec les soutiens universitaires.

Près de quatre cents jeunes suivent en effet, dans les ateliers de l’avenueMichonneau, des cours pour décrocher un CAP, BP, DEUST. Les élèves viennent de la région et même du sud de la France pour ces formations qualifiantes de haut niveau qui seront complétée, dans trois ans par un diplôme d’ingénieur en bâtiment. Si les connaissances acquises par ceux qui font le Tour de France restent les plus complètes, l’université des compagnons contribue à valoriser les métiers du bâtiment en format des « œuvriers », terme cher à Bruno Daniel. Des «œuvriers» d’autant plus présents à Arras que leurs travaux ne passent pas inaperçus.

 

PRATIQUE

L’Outil en main

Cette association nouvelle, dont le siège national est à Troyes, prendra ses quartiers à l’Université des compagnons, avenue Michonneau. C’est la première installation de l’association dans le département.


Présidée par Laurence Charamon (notre photo), elle proposera aux enfants, dès 9 ans, une approche des métiers du bâtiment. Les enfants seront encadrés par des retraités des différents corps de métiers. Ils auront ainsi une ouverture vers ce monde professionnel et pourront faire un vrai choix quand viendra le temps de s’orienter. Pour cette transmission de savoir intergénérationnel, l’association cherche des retraités du bâtiment de tous les corps de métiers pour compléter son équipe de bénévoles.

Les ateliers fonctionnent les mercredi et samedi après-midi. Les enfants participent en principe à tous les ateliers durant un ou deux ans.

EN CHIFFRES

Les compagnons du Tour de France forment 400 étudiants sédentaires en plus d’une vingtaine d’itinérants, hébergés rue des Teinturiers à la Maison des compagnons.

 

LES COMPAGNONS DU DEVOIR

 



Le compas et l'équerre, deux des symboles du compagnonnage.

Les Compagnons du Devoir sont les héritiers des mouvements du compagnonnage, né à l’époque des grands chantiers du Moyen Âge, lorsque s’édifiaient les cathédrales (vers le xiie siècle), voire bien avant (mais les preuves manquent). Leur savoir a fait d’eux des hommes accomplis et considérés de tous, se déplaçant de chantier en chantier. Les anneaux d’or qu’ils portaient au lobe de l'oreille étaient le signe distinctif de leur liberté.

Ce mouvement assure à des jeunes gens, à partir de l'âge de 15 ans et aussi post bac, une formation à des métiers traditionnels, basée sur l’apprentissage, la vie en communauté et le voyage appelé Tour de France. L'association ouvrière des compagnons du devoir et du Tour de France (AOCDDTF) accueille et reçoit aussi les jeunes filles comme les jeunes hommes. La mission des Compagnons du Devoir fut, dès lors, de former et d’accueillir les jeunes sur le Tour de France. Du XVIe au XIXe siècles, confrontés aux difficultés du monde ouvrier, ils prirent également l’initiative de créer les premières mutuelles et caisses de retraite, tout en organisant l’embauche sur les chantiers et dans les ateliers1.

Pour devenir Compagnon du Devoir, il faut préalablement devenir Aspirant, en réalisant un travail d'adoption (en tant qu'apprenti, ou itinérant) qui est ensuite examiné par la corporation du métier, et la communauté (aspirants et compagnons). Cette première pièce permet si elle convient; que la communauté est d'avis favorable, d'accéder à l'adoption2, qui est le passage au rang intermédiaire d'Aspirant.

L'adoption n'est pas chose facile, car la qualité de la maquette d'adoption ne compte pas seulement ; l'insertion dans la communauté est très importante, car ceux qui la composent se concertent, et décident de l'adoption ou pas du jeune. Les rapports humains au sein de la communauté sont donc primordiaux, ainsi que le comportement de tous les jours, en plus d'un travail quasi-permanent, et régulier.

Seul un Aspirant peut se lancer sur le Tour de France (qui peut durer plusieurs années) pour acquérir de la technique et du savoir, qui sont indispensables pour réaliser une pièce de réception (le chef d'œuvre requis pour devenir Compagnon), témoignant d’une connaissance parfaite des matériaux mis en œuvre et des techniques utilisées. Les Compagnons du Devoir, ou Dévoirants, regroupent les Enfants de Maître Jacques et les Enfants du Père Soubise. Ils constituent une des trois grandes familles du compagnonnage.

Selon une légende, Maître Jacques, le Roi Salomon et le Père Soubise seraient les fondateurs des compagnons du Devoir et du Tour de France.

Formation

La formation comprend trois niveaux 

Apprenti ou stagiaire : jeune qui suit une formation en alternance dans un « centre de formation d’apprenti » (CFA) pour obtenir un CAP. Pour devenir aspirant, l’apprenti doit réaliser une « maquette d’adoption ». À l'issue de la correction de cette maquette, la communauté des aspirants et compagnons jugeront si l'apprenti ou le stagiaire peut être « adopté » en qualité d'aspirant et ainsi faire partie de la communauté des Compagnons,

Aspirant ou affilié : jeune en cours de perfectionnement, pouvant partir quand il le souhaite sur le « tour de France »

Compagnon : aspirant qui a réalisé son travail de réception, et achevé son Tour de France. Par le « chef-d'œuvre de réception », il démontre ses capacités professionnelles, et l'accomplissement de sa formation. Il doit s'agir d'une prouesse technique de plusieurs centaines d'heures de travail, selon le corps de métier concerné.

Les passages d’un niveau à l’autre sont toujours assortis de rites traditionnels.

L’hébergement des apprentis et des compagnons se fait dans des « Maisons des Compagnons du Devoir » . Les rapports humains des Compagnons entre eux sont basés sur l'égalité (le tutoiement est utilisé pour se parler, quel que soit le rang), le respect, l'entraide et l'échange de connaissances.

« Ni s'asservir, ni se servir, mais servir. »

 

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