lundi 24 février 2014

Ukraine : la Russie refuse de reconnaître les nouvelles autorités


Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 


Réagissant pour la première fois, lundi 24 février, au basculement du pouvoirukrainien, deux jours après la destitution du président ViktorIanoukovitch par le Parlement, le premier ministre russe, partenaire stratégique historique de Kiev, a vivement critiqué les nouvelles autorités au pouvoir en Ukraine.

Dmitri Medvedev a estimé que la légitimité des organes du pouvoir en Ukraine suscitait « de sérieux doutes »« Si on considère que des gens qui se baladent dans Kiev en masques noirs et avec des kalachnikovs sont le gouvernement, alors il nous sera difficile de travailler avec un tel gouvernement »a-t-il ajouté.

« Certains de nos partenaires occidentaux considèrent qu'il est légitime. Je ne sais pas quelle Constitution ils ont lue, mais il me semble que c'est une aberration de considérer comme légitime ce qui est en fait le résultat d'une révolte. »

AIDE FINANCIÈRE ET DROITS DE DOUANE

Le nouveau pouvoir ukrainien a tendu la main à ses partenaires occidentaux, dimanche, pour avancer dans le règlement des difficultés économiques qui traversent le pays. Le ministre des finances par intérim, Iouri Kolobov, a annoncé que l'Ukraine aurait besoin d'une aide de « 35 milliards de dollars en 2014-2015 ».« Nous avons demandé à nos partenaires occidentaux (Pologne, Etats-Unis) l'octroi d'un crédit d'ici à une semaine ou deux » et suggéré l'organisation d'une« grande conférence internationale de donateurs ».

Quelques heures plus tôt, dans un entretien avec un journal allemand, le ministre de l'économie russe, Alexeï Oulioukaev, avait menacé l'Ukraine d'augmentation de ses droits de douane à l'importation en cas de rapprochement avec l'UE.

IANOUKOVITCH RECHERCHÉ POUR « MEURTRES DE MASSE »


Par ailleurs, lundi matin, le ministre ukrainien de l'intérieur, Arsen Avakov, avait annoncé que le président déchu faisait à présent l'objet d'un mandat d'arrêt pour« meurtres de masse » de civils. D'après M. Avakov « une enquête criminelle a été ouverte », visant l'ancien président ainsi que « plusieurs autres fonctionnaires »soupçonnés d'avoir encouragé les violences qui ont conduit à la mort d'au moins quatre-vingt-deux personnes la semaine dernière.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

THE E.U. SHOULD OFFER FULL MEMBERSHIP TO UKRAINE, AND GERMANY MUST TAKE THE LEAD.

La solution du problème, nous l’avons dit déjà, se trouve évidemment à Berlin.Dans la dernière décennie du XXème siècle c’est Helmut Kohl, qui dans la foulée de la Ostpolitik (Brandt, Schmidt) a poussé à la unification de l’Allemagne. La France était contre, François Mitterrand a exigé, en compensation, la suppression du puissant DM et l’instauration de l’Euro. Kohl a cédé mais il a plaidé pour une réunification de l’Europe, laquelle eut lieu effectivement. Il s’agissait de renforcer la position de l’Allemagne en la faisant renouer avec son hinterland naturel : la Mitteleuropa et l’Est. Gerhard Schröder, successeur de Kohl a poursuivi dans la même voie.

Angela Merkel qui est aux commandes depuis 2005 semblait moins emballée par cette option politique. Elle est en train de changer de cap.

La chancelière de fer semble avoir compris en effet qu’une fragilisation éventuelle de l’Est européen risque d’être très préjudiciable au boom économique allemand. Elle semble avoir toutes les cartes en mains, en revanche, pour débloquer la situation en Ukraine sans trop heurter Vladimir Poutine. Mais il lui faudra convaincre François Hollande de l’accompagner dans cette voie pour donner un nouvel élan à la politique européenne.

Berlin, est en train de tirer parti de ses liens économiques privilégiés avec Moscou et ses ancrages atlantiques pour renforcer un axe et une stratégie transatlantiques.

On a pu observer au cours des dernières semaines à quelle vitesse le climat peut se détériorer rapidement à l’Est. La République fédérale allemande et l’Union européenne ont tout intérêt à s’engager plus franchement en Europe de l’Est.

Cela implique des risques, surtout celui de réussir.

MG


 


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BRUSSELS — Thanks in part to the coordinated efforts of Germany, Poland, France and the United States, irrevocable change has finally come to Ukraine, with President Viktor F.Yanukovych’s flight from Kiev and Parliament’s vote to call for new elections in May.

But the powers still have urgent work to do. Ukraine could either descend into chaos or right itself on a path toward a new democratic stability. The European powers and the United States must offer the country all possible support to move toward the latter.

The first and most urgent step for Western leaders is to send unequivocal messages to Moscow that any support by Russia for the southern and eastern regions of Ukraine to break away from the rest of the country would be met harshly, and result in a general reconsideration of relations with Russia on all levels.

In parallel, they must make sure that their own resources, and those of the European Union institutions in Brussels, are available to political leaders in Kiev to assist them in their transition to a new regime.

Moreover, Ukraine’s crisis isn’t just political: The country faces economic default without support. It had been relying on Russia for that help, and now Europeans and Americans must quickly work with the International Monetary Fund to provide a financial lifeline to Kiev and to prepare longer-term economic-assistance programs; they must also be ready to give direct emergency aid by themselves, if needed.

Simply by announcing a readiness to commit to these steps, they would be providing enormous help to the forces committed to change in Ukraine.

Besides getting through the first days and weeks, there are two great political risks the West must help Ukraine to address. One is the inevitable attempt to undermine an emerging order. The protest movement that began last November, centered in Kiev’s Independence Square, has won. But it is quite possible that the forces that supported the former regime, especially in the east and south of the country, are going to contest the new order.

And it is questionable whether the Kremlin will accept a loss of influence in Ukraine. Mr. Putin had high hopes of making Ukraine a key ally in his planned Eurasian Union. He may have decided that Mr. Yanukovych was too unreliable an ally, but that does not mean he will accept a revolution against him. (Mr. Yanukovych, who reportedly fled to the eastern city ofKharkiv, near the border with Russia, said he had been forced to leave the capital because of an illegal “coup d’état.”)

The second risk is that the new regime will look like the one installed after the Orange Revolution in 2004: years of painful stalemate, political institutions blocking each other, permanent infighting and no clear separation between political and economic power.

It is primarily up to the Ukrainian people to put their still-young country on a new path. Many have demonstrated incredible courage over the last weeks. But a post-Yanukovych Ukraine will still be a fragile state with weak institutions.

Since it declared independence from the collapsing Soviet Union in 1991, Ukraine has lived uncomfortably between the European Union and Russia. Despite some progress, it failed to build stable and trustworthy institutions. That’s why so much of the country has put its hopes in the European Union; Ukrainians saw that their neighbors who had joined it — Hungary, Poland, Romania, Slovakia — were doing very well.All the bloc offered last year was an “association,” which does not include the promise of membership, and a free-trade agreement.

Because the offer was so weak, the door was open for Mr. Putin to sabotage it and for Mr. Yanukovych to reject it. Now the European Union needs to come back with a better offer — not just association, but membership.

Doing so would unleash a new dynamic. It would embolden a new leadership in Kiev and give them enough authority to push through painful but necessary economic and government reforms. A process of transformation would kick off. Urgently needed foreign investment would rush in. It would signal to the entire country that a better future is possible.

Ulrich Speck, a foreign policy expert, is a visiting scholar at Carnegie Europe, the European center of the Carnegie Endowment for International Peace.



CE QUE LE PEUPLE VEUT

Béatrice Delvaux éditorialiste en chef (Le Soir)

A cette heure, nul ne peut jurer de la mise en place d’un pouvoir démocratique et légitime en Ukraine. Nul ne peut garantir que le territoire restera uni. Mais il est une vérité qui s’est affirmée ce samedi sur Maïdan, inscrivant les Ukrainiens dans cette chaîne qui va de 1789 aux révolutions arabes, roumaines, à la chute du Mur de Berlin : la volonté du peuple est irrépressible, le peuple est souverain.

A deux reprises, le politique en Ukraine a tenté de dompter les désirs d’une population qui voulait farouchement son rattachement à l’Europe, considéré comme le seul moyen d’être enfin protégée, à défaut d’être débarrassée, d’un pouvoir dictatorial et prédateur. A deux reprises, le politique a échoué. Fin décembre dernier, le président Ianoukovitch avait fait volte-face, repoussant le rapprochement avec l’Union européenne pour lui préférer un deal avec la Russie voisine. Une partie de la population, hommes, femmes, jeunes, ouvriers, paysans, en colère et trompée, a refusé de se résigner, au prix de sa liberté, de son intégrité physique. Jeudi dernier, c’est un nouveau « non » que ce peupleproeuropéen a opposé aux accords qui permettaient au pouvoir en place de sauver sa tête. L’accord arraché par les trois ministres européens venus à Kiev, n’a vécu que quelques heures. Ce peuple-là avait décidé qu’un président qui avait tué les siens, était illégitime et devait partir. Seul le peuple pouvait l’exiger.

«  Tenez bon : les peuples gagnent toujours sur les dictateurs  », avait lancé jeudi le parlementaire européen belge Guy Verhofstadt dans un appel vibrant et très ému à la foule de Maïdan. Il ne croyait sans doute pas avoir raison si vite : deux jours plus tard, le président honni est en fuite. L’Europe se doit aujourd’hui d’être à la hauteur du défi de ce moment historique. Défi lancé par une partie du peuple ukrainien à ses dirigeants corrompus et fantoches, mais aussi à la Russie, dont la toute-puissance déployée à Sotchi, était mise en berne ce dimanche par Kiev.

L’Europe se doit d’autant plus d’aider la démocratie qui va tenter de se mettre en place, qu’en se battant pour leur liberté, c’est aussi l’Europe que les Ukrainiens ont défendue. Au moment précis où tant de citoyens de l’UE ne croient plus aux vertus de l’Union, à Kiev, pour la première fois de l’histoire, des hommes et des femmes sont morts en brandissant le drapeau européen ! Comme pour signifier à ceux qui voudraient briser le projet européen, qu’ils feraient une grande erreur, oublieux des bienfaits démocratiques et économiques qu’ils ont dû, eux, reconquérir ces derniers jours, au prix de leur vie, sous nos yeux.

 

 

 Moscou hausse le ton contre Kiev et l'UE





La Russie ne reconnaît pas les nouvelles autorités ukrainiennes et juge l'attitude européenne «aberrante».

Après avoir gardé le silence dimanche sur la crise ukrainienne, Moscou s'est rattrapé lundi en attaquant à la fois la communauté occidentale et les nouvelles autorités.

La diplomatie russe s'en est prise aux «terroristes» dont elle exige la liquidation ainsi qu'aux «calculs géopolitiques unilatéraux» échafaudés par l'Occident. «Si on considère que des gens qui se baladent dans Kiev avec des masques noirs et des kalachnikovs sont le gouvernement, alors il nous sera difficile de travailler avec un tel gouvernement», a lancé le premier ministre, Dmitri Medvedev. Dans la foulée, le chef du gouvernement russe a jugé «aberrante» la reconnaissance, par l'UE, la Pologne, la France, l'Allemagne et les États-Unis, du nouveau pouvoir exécutif. «Nous ne comprenons pas ce qui se passe là-bas, il y a une véritable menace pour nos intérêts, la vie et la santé de nos citoyens», a encore affirmé Medvedev. L'ambassadeur russe en Ukraine a été rappelé à Moscou.

La diatribe intervient au moment où, sur la place Maïdan, les drapeaux européens, qui s'étaient repliés ces dernières semaines, sous les couleurs de l'insurrection anti-Ianoukovitchrefont leur apparition. Comme si le sens originel de la révolution ukrainienne reprenait peu à peu droit de cité. La mise en garde russe coïncide aussi avec la visite à Kiev du chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, qui s'est vue contrainte, face à l‘offensive du grand voisin oriental, d'ajuster son discours et ses actes. Alors que les nouvelles autorités ont chiffré à près de 25 milliards d'euros pour 2014 et 2015 les besoins de financement du pays, les Vingt-Huit ne sont officiellement prêts, en accord avec le FMI, qu'à apporter 2 à 3 milliards. Sans compter la contrepartie exigée de réformes douloureuses. Pour sa part, la Russie a gelé le versement de la deuxième tranche d'un crédit total de 15 milliards de dollars. «Nous ne voulons que l'argent de l'Europe et nous sommes prêts pour cela à des sacrifices», affirme Bogdan, l'un des manifestants. Dans les chancelleries européennes, l'idée d'une conférence des donateurs tend plutôt à se cristalliser, dans un partenariat souhaité avec la Chine, le Japon, le Canada, la Turquie et les États-Unis. Cependant, aucun programme massif d'assistance ne devrait voir le jour avant l'élection présidentielle prévue le 25 mai.

Le russe banni comme deuxième langue officielle

Face à la Russie, qui ne reconnaît pas plus le nouveau calendrier électoral que les autorités de Kiev, Bruxelles a renvoyé à l'après-présidentielle, la possible signature d'un accord bilatéral de «commerce et d'investissement». La Commission européenne n'a même pas utilisé le terme «accord d'association», celui-là même qui avait cristallisé le conflit de la place Maïdan, après que la Russie eut opposé un «niet» aux plans initiaux de Viktor Ianoukovitch.

La capacité de l'UE à maintenir Moscou dans ce futur marathon diplomatique dépendra de la transition politique qui s'opère dans le pays. Or, surveillée sur sa gauche par la rue, la Rada s'est engagée dans un grand nettoyage propre à braquer la Russie, notamment en votant un texte bannissant le russe comme deuxième langue officielle dans les régions russophones de la Crimée et de l'Est. Elle envisage également de lancer un processus de «lustration» dans le secteur de la justice, identique à celui qu'avait conduit l'ancien président géorgien Mikhaïl Saakachvili, après la «révolution des roses» de 2003, de sinistre mémoire pour Moscou.

Sur le terrain, néanmoins, «on assiste à une normalisation», veut croire un diplomate occidental. Progressivement, les régions de l'Est, dont les dirigeants craignent d'être embastillés, font allégeance au pouvoir de Kiev. Des mouvements qui, s'ils se confirmaient, réduiraient la capacité d'influence du pouvoir russe.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

PRINTEMPS UKRAINIEN ?

Pas sûr du tout ! Des internautes s’interrogent :

«L'Ukraine est un cadeau empoisonné pour l'UE» observe un commentateur.


« Après des mois de contestations, l'opposition Ukrainienne s'installe au pouvoir. Depuis novembre 2013, les contestations de l'opposition pro-européenne se sont intensifiées en Ukraine, et ont abouti à la destitution du président. »

« Belle leçon de démocratie d'un peuple souvent asservi par le joug russe de la Russie. » 

Un forumeur y voit «un épisode de la décolonisation russe du pays» au nom du«droit des peuples à disposer d'eux-mêmes».

«Aux Ukrainiens de continuer à bâtir leur démocratie, au monde libre de s'assurer qu'ils le font sans entrave extérieure, et à nous Européens de les accueillir décemment.»

Mais «Kiev n'est pas l'Ukraine»

Certains  commentateurs s'interrogent sur la légitimité démocratique du mouvement du Maïdan.

Quant à Ioula Timochenko, «elle ne vaut pas mieux que ceux qui sont partis…» «L'égérie traîne beaucoup de casseroles», «la moitié de la population veut rester russe». Solution ? «Séparer l'Ukraine au niveau du Dniepr», former un Etat fédéral, alors même que François Hollande en appelle à conserver l'unité de l'Ukraine ?

«La France ferait bien mieux de s'occuper de ses propres affaires car elle pourrait se faire un ennemi de taille» en fâchant PoutineCette révolte est un «beau cadeau empoisonné pour l'Europe» «Finalement, Poutine a de quoi être satisfait, ironise GDRA 18 , il va garder la partie rentable de l'Ukraine et nous laisser ramer avec le reste.»

Bref, rien n’est résolu et les semaines, les mois qui viennent et nous rapprochent du scrutin européen risquent de faire monter la tension électorale et internationale. Un épisode se termine sans que personne ne puisse dire «  la guerre de et pour l’Ukraine n’aura pas lieu »

La solution semble se situer dans l’issue du dialogue Merkel Poutine qui est de nature à décrédibiliser la lamentable diplomatie européenne au profit d’un supplément de prestige de l’Allemagne fédérale.


 

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