lundi 10 mars 2014

Gérard Mortier, mort d’un bâtisseur de cathédrales

GUY DUPLAT   La Libre





 Une perte immense pour la culture européenne.

Gérard Mortier est mort dans la nuit de samedi à dimanche, d’un cancer du pancréas, a-t-on appris de plusieurs sources, dont le journal "De Morgen" et Gilles Jacob, président du Festival de Cannes. Il avait 70 ans.

Gérard Mortier a occupé les plus grandes fonctions dans le monde de l’opéra. Il fut un créateur infatigable, un innovateur, un agitateur d’idées, un humaniste à l’immense culture, un grand défenseur de l’idée européenne et du rôle des artistes, un pourfendeur des nationalismes.

Avec ce décès, non seulement la Belgique, mais l’Europe, voire les Etats-Unis (il fut pressenti à New York), perd un des acteurs les plus importants de sa vie artistique depuis trente ans. Il était un révolutionnaire dans le meilleur sens du terme, un agitateur d’idées, un bâtisseur de cathédrales, un grand humaniste. Chacun qui le rencontrait sortait grandi d’avoir discuté avec lui, de l’avoir écouté quand il ouvrait grandes les portes de l’art, de l’histoire, de l’imagination, de la création, de l’audace.

Il souffrait depuis quelques mois d’un cancer foudroyant du pancréas, une maladie qu’il avait découverte au moment où il perdait, de manière scandaleuse et politique, son mandat à la tête du Teatro Real de Madrid qui aurait dû courir pourtant, jusqu’en 2016. Ces dernier mois, il habitait surtout à Bruxelles, entouré de l’amitié de grands artistes comme Alain Platel, Tom Lanoye ou le cinéaste allemand Michael Haneke. Il devait encore donner, mi-mars, un exposé très attendu à la tribune des Grandes conférences catholiques.

Gérard Mortier exerça les plus prestigieuses fonctions dans l’Opéra et les festivals : directeurs de la Monnaie, du Festival de Salzbourg, de la ruhrtriennale, de l’Opéra de Paris, de l’Opéra de Madrid. On peut dire qu’il y a dans l’histoire de l’Opéra et dans l’histoire culturelle en général, un avant-Mortier et un après. Serge Dorny à Lyon et bientôt Dresde, Peter De Caluwe à la Monnaie, Bernard Foccroulle à Aix-en-Provence, et même Paul Dujardin au Palais des Beaux-arts, suivent tous, la ligne neuve ouverte par Mortier.

Celle de renouveler l’Opéra, de le rendre contemporain et nécessaire, plus ouvert sur le monde d’aujourd’hui et à toutes les couches de la population sans perdre l’exigence de qualité, amenant de nouveaux metteurs en scène (Mortier amena Karl-Heinz et Ursel Herrmann, Peter Mussbach, Herbert Wernicke, Luc Bondy, Patrice Chéreau), souvent venus du théâtre (Mortier fit confiance à Ivo Van Hove, Christof Marthaler, Robert Wilson), sollicitant des grands artistes plasticiens (Mortier fit appel aux Kabakov, à Bill Viola, Anselm Kiefer ou Marina Abramovic), et des cinéastes (Michael Haneke). Après Maurice Huisman qui introduisit Béjart à la Monnaie, et après l’échec de l’arrivée de Mark Morris invité à Bruxelles par Mortier, il introduisit la danse contemporaine dans le cercle trop feutré de l’Opéra avec Alain Platel qui avait déjà retrouvé Bach d'une tout autre manière avec «Iets op Bach» et qui fit de même, à l’instigation de Mortier, avec Mozart dans « Wolf » et avec Verdi et Wagner dans son magnifique « C(h)oeurs ».

PROVOCATEUR ?

Mortier n’hésitait jamais à braver les conservatismes de Bruxelles, Salzbourg, Paris ou Madrid. Non nécessairement par goût de la provocation, « même si la provocation peut aider à briser des habitudes et à libérer des œuvres qui furent récupérées par d’aucuns », disait-il, mais par un devoir d’artiste. Quand on lui demandait s’il était le diable, il répondait : « Non, je suis plutôt Méphisto, celui qui pose les questions. Ou Thyl Uilenspiegel. C'est cette image de Thyl que je voudrais laisser. »

Sans cesse sur la brèche, sans cesse innovant et créant, il pourfendait aussi les nationalistes (y compris la N-VA), l’extrême droite, de Jörg Haider au Vlaams Belang, se battant pour une vraie Europe fédérale. Il voyait dans la réussite culturelle de la Flandre, le contre-exemple aux nationalismes : « La Flandre, nous disait-il, réussit car elle est multiculturelle, parce qu’elle est le fruit d’un brassage de cultures. Tout ce qui est bâtard est énergétique. Notre pays, notre région sont si petits qu’en roulant une heure, je suis en France ou en Hollande. Le paysage même de la Flandre attire vers des horizons lointains. Le ciel est partout. Si on lève les yeux, on est déjà ailleurs. »

« L’identité, disait-il, est toujours associée à l’idéologie nationaliste. Amin Maalouf parle des "identités meurtrières". On peut monter qui on veut contre tout le monde. Quand j’étais enfant, un oncle essayait de me montrer que Gand, c’était bien mieux et autre chose qu’Anvers. Pour moi, on ne peut pas être à la fois européen et nationaliste flamand. La Belgique n’a pas d’importance en soi, mais il ne faudrait pas la changer pour retomber sur un nationalisme flamand et un nationalisme wallon. S’il faut changer la Belgique, c’est pour aller vers un fédéralisme européen. Pour moi, l’identité flamande, ce sont ses artistes et ses villes. L’identité flamande n’a rien à voir avec le repli sur soi, c’est juste le contraire. »

Visite À Bochum

Parmi les innombrables souvenirs qu’il nous a laissés, voici par exemple, une visite avec lui, à Bochum, au bout d’une petite rue boueuse où se construisait alors la Jahrhunderthalle, « la halle du centenaire » pour la ruhrtriennale dont il était alors le premier directeur. Les cheveux au vent, courant sans cesse comme un gamin, mesurant à grandes enjambées « son » grand hall, il exultait. « C'est formidable, incroyable. Il y a plus de cent mètres par là, et cent mètres par là. Regardez ces verrières, ces structures métalliques. On va construire ici, trois grandes salles de spectacles de plus de mille places chacune, un tout nouveau foyer et des loges sur six étages. » Devant nous, des flaques d'eau recouvraient le sol. D'énormes baies vitrées fermaient la vue et surplombaient le bâtiment. « Ici, je mettrai le Phèdre monté par Chéreau. Là, Il y a Kabakov qui montera le Saint François d'Assise de Messian, dirigé par Cambreling. Kabakov voit un gigantesque cône qui part des spectateurs et monte jusqu'aux verrières, devenues les vitraux d'une église orthodoxe. Il imagine des colombes volant dans le cône et de milliers de bougies tout autour. On présentera aussi Pina Bausch dans cette partie de la salle avec Le Sacre du printemps et Café Müller. Et j'installerai en plein milieu un théâtre total, refermé, le théâtre de Gropius du Bauhaus pour montrer à 500 spectateurs le soulier de satin de Claudel.» Au gazomètre géant et voisin d'Oberhausen (100 mètres de haut et 60 mètres de diamètre), il voyait des vidéos géantes de Bill Viola sous le titre de « five angels for the new millenium ».

Mortier avait rêvé de profiter de ces friches pour casser la peur que les jeunes et les classes populaires ont à l'égard des temples habituels de la culture. Pour les amener à retrouver les lieux de la culture ouvrière ancienne et de comprendre la culture contemporaine. « Je suis enfant de petits commerçants de Gand, disait-il. Mes parents n'ont été à l'école que jusqu'à 15 ans. Mais je sais de les avoir vus, que la qualité émotionnelle de ces classes sociales ne s'épanche pas dans les piètres programmes télévisés et dans la culture qu'on leur offre. Je ne parle pas du divertissement sans intérêt, mais de la vraie culture, celle qui provoque une réaction, qui n'a pas peur de choquer, qui se met en danger. »



BIOGRAPHIE

Gérard Mortier est né à Gand, le 25 novembre 1943, fils d’un boulanger et d’une mère qu’il admira toute sa vie. « Une femme modeste d’une grande poésie, racontait-il, qui allait à l’opéra. A 11 ans, j’avais insisté pour l’accompagner et ce fut la découverte de la Flûte enchantée. Mes parents m’ont toujours soutenu dans mes projets artistiques. » M. Vandenbunder, un jésuite, professeur de rhétorique dont le frère était un spécialiste de cinéma, aura, la dernière année de ses études secondaires, une énorme influence sur lui. Il faisait lire Hugo Claus, Sartre, Camus, Heidegger, Françoise Sagan. II lisait Les Mouches, Antigone, Peer Gynt. Mortier estimait que c’était lui qui lui avait donné l’amour du langage et du théâtre.

Mortier termina ensuite des études de docteur en droit à Gand. Le droit car, disait-il « c’était alors des études qui permettaient de garder du temps libre pour continuer la musique et parce que le droit, comme la musique, parle des passions humaines et permet de les régler. »

Après ses études, il poursuit une formation en management artistique, travaille au festival des Flandres, puis pendant trois ans à l’Opéra de Paris avec Rolf Liebermann, et puis, à la direction artistique des opéras de Düsseldorf, Francfort et Hambourg ou il croisa le chef d’orchestre Christof von Dohnanyi. Il rencontra alors aussi, le chef d’orchestre Sylvain Cambreling et l’écrivain Tom Lanoye.

Le grand public belge le découvrit en 1981 lorsqu’il fut nommé à 38 ans, à la tête de la Monnaie, par la ministre flamande Rika De Backer. Un choix audacieux qui s’avéra gagnant. Il resta dix ans à la tête de la vénérable institution assoupie sur ses succès soixante-huitards, qu’il transforma en une des meilleures scènes d’Opéra d’Europe. Il secoua les habitudes, y introduisant des metteurs en scène très contemporains comme Luc Bondy et les époux Hermann. Il innova en donnant autant d'importance à la partie scénographique qu'à la partie musicale. Symboliquement, il rénova le bâtiment, demandant un nouveau plafond à l’entrée et un nouveau carrelage à Sol Lewitt et Sam Francis. Ce seul geste a changé toute l'image du Théâtre en une seule saison. Il dut néanmoins résister à des critiques parfois acerbes et laissa une dette de 400 millions de francs belges qu’il fallut apurer par la suite. Et Béjart, brouillé avec lui, s’exila en 1987, en Suisse.

En 1991, alors que Bernard Foccroulle continuait brillamment à la tête de la Monnaie tout en assainissant les comptes avec l’aide efficace d’un directeur financier, Bernard Coutant, il partait pour diriger le festival de Salzbourg. Là aussi, il renouvela les mises en scène, apporta du sang neuf, n'hésita pas à provoquer, son tropisme naturel, tout en remplissant les salles et - il le répétait -en terminant son mandat avec des comptes en bénéfices accrus (contrairement à Bruxelles…). On se souvient de ses combats face à l'extrême droite de Jörg Haider ou ceux avec une certaine bourgeoisie conservatrice de Salzbourg. «La ville est belle mais deux jours seulement. Salzbourg, c'est Disneyland». Il n'aimait pas les Salzbourgeois quand ils ne sont que commerçants et conservateurs.

Il fit ensuite trois ans à la tête de la ruhrtriennale, une expérience dont il gardait un souvenir fabuleux. Des moyens très importants étaient mis à sa disposition, des salles nouvelles construites dans les friches industrielles et il y créa des spectacles mémorables avec Platel, Marthaler ou la Fura dels Baus.

Il fut alors désigné pour diriger l'Opéra de Paris et ses 1 700 employés où il apporta aussi son lot bienvenu de nouveautés face à un public fort conservateur, même si son mandat fut difficile avec le chef d’orchestre Sylvain Cambreling systématiquement hué et une presse souvent hostile. Il transmettra les rênes de l'institution en 2009 à Nicolas Joël infiniment plus conservateur et consensuel au point que la presse regretta parfois Mortier ! Non sans avoir encore entre-temps, créé un opéra avec le peintre Anselm Kiefer.

Gérard Mortier avait espéré diriger à Gand, sa ville natale, une grande salle imaginée par l'architecte Neutelings (Toyo Ito avait proposé un merveilleux projet qui ne finit que deuxième du concours), mais le gouvernement flamand a finalement renoncé à ce flamboyant projet, considéré comme doublon du Concertgebouw de Bruges.

Il fut nommé ensuite à New York, à la tête du City Opera « pour faire entrer cet Opéra audacieusement dans le futur avec une vision, de l'initiative et du raffinement avec des productions novatrices d'œuvres classiques ou contemporaines et à sa tradition d'"opéra du peuple », annonçait la présidente de l’institution. Mais, la crise fit avorter ce projet.

Mortier fut alors nommé à la tête du Teatro Real à Madrid. Là-aussi, un « challenge « en pleine crise, face à un Liceu de Barcelone aux immenses problèmes et avec un gouvernement qui avait coupé les subsides au Teatro Real de 30 % en trois ans. Mortier a totalement renouvelé les chœurs de l’opéra et organisé autour de lui, disait "Le Monde", un "climat d’excitation, de nouveauté et de défi ". Madrid apparaissait grâce à lui, sur l’avant scène culturelle européenne. Il y créa ainsi un « Cosi fan tute » remarqué par Michael Haneke, « C(h)oeurs» d’Alain Platel, et tout récemment une version opéra de « Brokeback Mountain »

Le rôle de l’art

Il y a quelques semaines, nous lui demandions quel rôle l’art pouvait encore jouer dans l’obscurité ambiante. Il nous répondait : « L'obscurité est la conséquence d’une crise dont nous refusons de voir les raisons en nous obstinant à n’y voir qu’une question d'économie. Non, c'est toute une mutation de la société qui est en jeu, et y inclus, la situation économique. Les grands thèmes -vieillissement, globalisation, fédéralisme européen, digitalisation, Education dans ce monde, réchauffement climatique, énergie nucléaire, détresse de nos démocraties parlementaire- ne sont pas abordés. Quant aux arts, ce n'est pas même pas un thème car c'est un jouet qu'on n'achète plus quand il n'y a plus de l'argent. »

Il avait expliqué : « Qualifier les artistes d’élitistes, c’est un sophisme. La tâche des hommes politiques devrait être de rapprocher le peuple des artistes, mais les populistes ne veulent pas le faire car ils préfèrent garder le peuple sous leur seule emprise. Ils ont d’autres projets que le bonheur du peuple. »


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« JE SUIS PLUTÔT MÉPHISTO, CELUI QUI POSE LES QUESTIONS. »

J’ai honte à l’avouer, je n’ai vu aucune des productions de Gérard Mortier, mais suis sensible à ce qu’il nous révèle dans cette ultime interview.

  Trois choses me frappent.

D'abord son humilité et son sens du relatif: (zes maanden geleden vond ik het vreselijk om 70 te worden; sinds ik wist dat ik ziek was, wilde ik absoluut 70 worden…Je moet met Oedipus je vader doden. Maar je hebt je vader én je grootvader nodig om het leven te begrijpen. Wij werden als kind opgevoed met de wetenschap dat je niet altijd alles onmiddellijk kunt hebben. Confucius, Socrates, Seneca, Cicero: ze hebben geprobeerd om 'la vertu' tot stand te brengen.)."
Ensuite son engagement européen: (de realiteit is de noodzakelijkheid van Europa. Ondanks alles is Europa het continent waar de mensenrechten het best gerespecteerd worden. De democratie leeft er. En het is het continent met de minste corruptie In Europa zie je de grote problemen van onze samenleving: veroudering van de bevolking, immigratie. Lampedusa, we hebben buitenlandse krachten immers wél nodig ; nucleaire dreiging; hoe gaan we om met digitalisering, we hebben geen privéleven meer.)

Et son mépris des nationalismes, en particiuier celui de De Wever (Als ik dan zie en nadenk over de vraag wat het doel is van de N-VA. Wat is die visie? De Vlaamse Republiek vestigen? In honderd jaar is Vlaanderen van een derdewereldland een te rijk parvenu-land geworden. De Italianen hebben zich twintig jaar lang laten vangen door Berlusconi, ik hoop dat de Vlamingen zich geen twintig jaar laten vangen door Bart De Wever.").

Enfin et surtout, son immense confiance dans l’intuition et la sagesse-folie des artistes. (Een verschrikkelijke uniformiteit overheerst waar mannen als Bernard Arnault die onder meer Louis Vuitton en Dior beheert, RVP voor zorgen. Zulke mensen zijn even gevaarlijk als de oligarchen van de grote Inquisitie in Spanje. Ze vernietigen elke vorm van creativiteit.

"Wat ik voel, is dat het niet juist is te denken dat arbeiders geen intuïtief artistiek gevoel hebben. In tegenstelling tot wat veel politici beweren, hebben gewone mensen wel een natuurlijke aanleg om van kunst te houden. Mijn ouders gingen naar school tot ze 14 waren, maar mijn moeder las later graag Simone de Beauvoir en ze hield van Bruckner." « Qualifier les artistes d’élitistes, c’est un sophisme. La tâche des hommes politiques devrait être de rapprocher le peuple des artistes, mais les populistes ne veulent pas le faire car ils préfèrent garder le peuple sous leur seule emprise. Ils ont d’autres projets que le bonheur du peuple. »)

La Belgique perd un immense esthète qui disparaît quelques jours après Jan Hoet. Grande gueule, œil acéré, cinglant dans ses avis sur l’art et les artistes d’aujourd’hui, il avait, comme Mortier l’œil et le feeling pour repérer avant tout le monde les grands talents, les vrais talents. Il était davantage Faust que Méphisto. Une double et immense perte pour la culture européenne

 

 

LAATSTE INTERVIEW MET MORTIER: "PARADIJZEN INTERESSEREN ME NIET"

Rik Van Puymbroeck  De Morgen



© Diego Franssens. Mortier:

Madrid is een uitstekend voorbeeld van de manier hoe vlug we ons democratisch bestel kunnen verliezen. Rechts is niet zo erg. Maar mediocriteit en rechts, dat is zeer erg.

Gerard Mortier.



© Diego Franssens.


TESTAMENT
"Het nieuws dat ik ziek was, was een schok. In een uur tijd verandert je leven en dat heb ik dan in zes maanden omgevormd. Ik werd gedwongen bewust met de dood bezig te zijn, iets wat we eigenlijk niet doen. We verdringen dat en dat is menselijk, maar het is niet goed. Zelfs Seneca was er al mee bezig. Maar door onze katholieke opvoeding die zei dat de dood de overgang is naar een beloning of bestraffing, zijn we bang. Maar ik ben een aanhanger van het stoïcisme en het epicurisme, en dus bezorgt de dood mij geen angst."

Nu: "Wat ik veel belangrijker vind, is om mijn testament op te stellen. Dat bedoel ik niet materieel, maar wel zoals Thomas Mann in Jozef en zijn broers schreef over hoe Jacob zijn zonen verzamelde en zijn geestelijke testament doorgaf. Dat wil ik doen met mensen met wie ik samenwerkte: hun vertellen hoe ik de toekomst zie."

"Je leert natuurlijk wat relativiteit betekent. Relativiteit van tijd: zes maanden geleden vond ik het vreselijk om 70 te worden; sinds ik wist dat ik ziek was, wilde ik absoluut 70 worden.



Dat we in Brussel zijn, heeft natuurlijk ook met Madrid te maken. Toen het bericht van zijn ontslag kwam, nam Mortier geen blad voor de mond. Het was de rechtse minister van Cultuur die een Spanjaard aan het hoofd van het Teatro Real wilde. Hij, Mortier, aangesteld onder een vorige linkse regering, was daar het slachtoffer van.

ARTISTIEK CONSULENT
"Madrid is een uitstekend voorbeeld van de manier hoe vlug we ons democratisch bestel kunnen verliezen. Rechts is niet zo erg. Maar mediocriteit en rechts, dat is zeer erg. Hij wilde een politieke benoeming, de zoon van een vriend, ik wilde een bekwaam iemand die me later zou opvolgen. Door artikel 8 in mijn contract, dat zei dat bij ontslag mijn hele contract uitbetaald moest worden, aanvaardden ze na twee dagen een compromis: ik ben nu artistiek consulent. Een ridicule en absurde situatie.

Wrang was een woord dat viel toen dat nieuws bekend werd. "Als je Shakespeare leest, weet je dat het altijd zo gegaan is. En dat is niet zo verwonderlijk. De wereld is miljoenen jaren oud, de beschaving amper 30.000 jaar. Dat verbaast me dus niet. En beschaving is een gevaarlijk woord, want je hoort er 'schaven' in: dat wordt makkelijk oppervlakkig."

"Veel jongeren vinden dat ze met het verleden niks te maken hebben. Ik begrijp dat ook, je moet met Oedipus je vader doden. Maar je hebt je vader én je grootvader nodig om het leven te begrijpen. Daarom is Stefan Hertmans'boek(de bestseller Oorlog en terpentijn, RVP)zo'n magnifiek werk: hij schuift vier generaties door elkaar."

"Kunst vertelt het best over het verleden, over vandaag en over wat de toekomst zou kunnen zijn. Helaas wordt kunst zo verwaarloosd en is het een element van verkoop, verdienen en consumeren geworden. Waarden waarop de hele maatschappij overigens gebouwd is. Wij werden als kind opgevoed met de wetenschap dat je niet altijd alles onmiddellijk kunt hebben. Vandaag beloven we mensen dat dat wél zo is. Al is dat niet nieuw: vijftig jaar geleden gebeurde dat al bij Harrods in Londen."

Op dreef nu. Onlangs in Rome, vanaf de Spaanse Trappen, liep hij door de Viadei Condotti. "Ik zag de etalage van Christian Dior en dacht: 'Tiens, dat beeld heb ik nog gezien.' Inderdaad, de week voordien in München: exact dezelfde mannequin in exact hetzelfde rode kleed. Van Rodeo Drive via Seoel tot in deVia dei Condotti is alles hetzelfde. Een verschrikkelijke uniformiteit waar mannen als Bernard Arnault (de steenrijke Franse zakenman van de de LVMH-groep die onder meer Louis Vuitton en Dior beheert, RVP) voor zorgen. Volgens mij zijn zulke mensen even gevaarlijk als de oligarchen van de grote Inquisitie in Spanje. Ze vernietigen elke vorm van creativiteit."

Waarmee we, met een bochtje, via Rome en zeker via de Inquisitie, bij de kerk van de in 2013 nieuwgekozen paus Franciscus komen. "De katholieke kerk zit volgens mij aan een eindpunt. Dat is niet hetzelfde als het eindpunt van de religie, maar wel van de geïnstitutionaliseerde vorm ervan. De nieuwe paus is een zeer verstandig man en hij ziet in dat er iets moet gebeuren. Wellicht niet zoals Johannes XXIII, maar toch: er moet iets veranderen of de kerk gaat helemaal ten onder. De kerk kan geen instelling zijn om iets te krijgen van God.

"Ik heb veel over de stoïcijnen gelezen, er was al een groot ethisch en moreel gevoel bij beschavingen die niks met religie te maken hadden. Confucius, Socrates, Seneca, Cicero: ze hebben geprobeerd om 'la vertu' tot stand te brengen. Je hebt echt geen openbare religie nodig om tot de tien geboden te komen."



© Diego Franssens.

Ieder leven leeft ergens verder. Mijn ouders in mij. En ik in wat ik gerealiseerd hebDat betekent verrijzenis voor mij.

Gerard Mortier.


© photo news.


TOCH NIET BRACKE?
In zijn bureau in Madrid, februari dus, was Gerard Mortier zeer gevat - scherp zelfs - voor wat in de Belgische politiek gebeurde. Nu het oude jaar aan de rug van het nieuwe ligt, zal hij van nog veel dichterbij volgen wat in 2014 gebeurt.Een jaar met verkiezingen: Belgische en Europese. "De combinatie van die twee is een zeer moeilijke opgave voor de partijen, omdat het politiek personeel zeer gereduceerd wordt. De laatste jaren zette men de beste politici in voor de nationale regering, en het Europees parlement was een troostprijs.

"Dat vind ik jammer: partijen moeten zich bewust zijn van de kwaliteit van hun vertegenwoordigers in het Europees Parlement. Daar ligt de toekomst. Daar moeten hun belangrijkste politici naartoe. Maar kijk dan eens. Wie heeft N-VA achter Bart De Wever? Qui? Ze gaan Siegfried Bracke toch niet naar Europa sturen?"

Waarom hij dat jammer vindt, van die achterstelling van Europa? "Omdat de realiteit ons gaat achterhalen. Je zou kunnen zeggen dat eurosceptici aan het winnen zijn, maar de realiteit is de noodzakelijkheid van Europa. We kunnen niet andersDus moet het goed. Ondanks alles is Europa het continent waar de mensenrechten het best gerespecteerd worden. De democratie leeft er. En het is het continent met de minste corruptie. Zelfs Berlusconi is uit zijn parlement gezet. Het is nu afwachten wat er met Oekraïne gebeurt, maar Europa zet zich door."

In Marine Le Pen ziet hij het bewijs. "Waarom zoekt iemand die zo uitgesproken nationalistisch is contact in het buitenland? Dat is toch een contradictie? Voor mij bewijst het dat we niet zonder elkaar kunnen." In die realiteit zit een hoop en een verwachting: "Herman Van Rompuy is een sympathiek man, maar hij zou zich als president op visionaire projecten moeten kunnen focussen. Een beetje zoals de president in Duitsland doet. Van Rompuy zou bijvoorbeeld wel eens iets over het belang van kunsten mogen zeggen."

In Europa ziet Gerard Mortier immers de grote problemen van onze samenleving.

Eén: "De veroudering van de bevolking. Hoe gaan we daarmee om?"

Twee: "De immigratie. Lampedusa, daar zou Europa een voorbeeld kunnen stellen. De stelling van nationalisten gaat gewoon niet op: we hebben buitenlandse krachten immers wél nodig. En niét alleen de wetenschappers. Ook verplegers. In Duitsland halen ze die uit Spanje en uit de Arabische landen."

Drie: "De nucleaire dreiging. We hebben de nucleaire catastrofes van de jaren zeventig verdrongen, maar ze is nog altijd zeer aanwezig. Bijvoorbeeld bij terroristen. En dan zal het toch niet mijnheer De Wever zijn die met zijn Vlaamse Republiek het nucleaire probleem gaat bespreken met Iran?"

Vier: "Hoe gaan we om met digitalisering? We hebben geen privéleven meer."

Conclusie: "De grote problemen van deze tijd zijn niet meer nationaal op te lossen. Daarom is Europa zo belangrijk. Als ik dan zie en nadenk over de vraag wat het doel is van de N-VA. Wat is die visie? De Vlaamse Republiek vestigen? Dat kan toch geen visie of een levensprogramma zijn? Daar je energie in stoppen op een moment dat er zulke grote problemen zijn, daar kan ik me niks bij voorstellen.

"Iemand als Bart De Wever komt steeds meer in contradictie met zichzelf. Hij is burgemeester van Antwerpen, maar nu ontwikkelt hij zich plots tot een groot theaterspeler. Pierre Corneille schreef magnifieke dialogen over plicht en liefde en toen ik De Wever onlangs hoorde praten over wat hij volgend jaar zou doen, dacht ik: 'Tiens, zou hij Corneille gelezen hebben?' Neen, die man houdt gewoon zijn woord niet. 'Wij durven dat te zeggen', hoorde ik onlangs. Maar wat durft hij te zeggen over de ring van Antwerpen? Hij blijft stil, in plaats van zelf een visie te ontwikkelen.

"En ten slotte denk ik dat hij niet voldoende politiek personeel heeft om goede ministers te hebben. Natuurlijk zal hij een coalitie moeten vormen, maar regeren betekent harmonieus denken in plaats van in conflicten. Kijk naar Duitsland: water in de wijn doen ze daar. Maar dat kan hij niet. De Italianen hebben zich twintig jaar lang laten vangen door Berlusconi, ik hoop dat de Vlamingen zich geen twintig jaar laten vangen door Bart De Wever."



© AFP.


LAND VAN PARVENU'S
Hij was een kind in Zomergem, vlekje bij Gent, de stad waar hij uiteindelijklang met zijn ouders in de volkswijk Muide woonde. Een luchtfoto van die buurt staat op zijn werktafel. "Het is belangrijk niet te vergeten waar je vandaan komt. Vlaanderen was in de 19de eeuw nog analfabeet. Ook daarom is Hertmans zo belangrijk, om te zien van waar we komen. In honderd jaar is Vlaanderen van een derdewereldland een te rijk parvenu-land geworden.

"Maar wat ik voel, is dat het niet juist is te denken dat arbeiders geen intuïtief artistiek gevoel hebben. Mijn ouders waren bakkers. Na de Tweede Wereldoorlog had mijn moeder tuberculose en in het ziekenhuis raakte ze bevriend met de jongste dochter van de hoofdonderwijzer van Sint-Martens-Latem. Daardoor kwam ze in contact met een andere wereld. En in tegenstelling tot wat veel politici beweren, hebben gewone mensen wel een natuurlijke aanlegom van kunst te houden. Mijn ouders gingen naar school tot ze 14 waren, maar mijn moeder las later graag Simone de Beauvoir en ze hield van Bruckner."

Maar Zomergem en Gent zijn herinneringen nu. Het leven speelt zich af in Brussel. Het Brussel dat Jacques Brel zo mooi bezong: 'Sur les pavés dansaient les omnibus / Avec des femmes des messieurs en gibus.' Een liedje in de verleden tijd, volgens Brel was er een tijd dat Brussel nog écht leefde, ze is natuurlijk veranderd. Maar hij houdt er wel van. Ook en français. "Als ik hier naar de post ga en ik voel dat de dame haar best doet in het Nederlands, maar eigenlijk Franstalig is, dan praat ik Frans. Daar jaag ik me niet in op, net zominals in een schrammetje op mijn auto. Dat doe je niet meer als je een paar dagen in een ziekenhuis hebt rondgelopen."

"Kom. We gaan iets eten." Een hoek verder kennen ze Mortier. Hij komt hier al jaren. Weten waar hij, zeker nu, op let. Er mag een glas pomerol bij. Al komt hij niet elke middag. "Sinds ik terug ben uit Madrid, kook ik voor het eerst in mijn leven zelf. Eenvoudige dingen hoor. Boontjes en vlees, dat gaat. En ik maak zelf soep."

Zit dat leven, dat pure genieten, toch in dat soort details? Het zit zeker in brieven, mails, telefoons en bezoeken van vrienden: Michael Haneke belt, Alain Platel elke week, Tom Lanoye schreef mooie brieven, Erwin Mortier mailde hem lang en bezorgd. "Ze kunnen niks doen, maar ze zijn er wel als je ze nodig hebt."

Een jaar is maar een jaar. Zoals 2013 er een was. Zoals 2012 er voordien een was. "Wie spreekt vandaag nog van mijnheer Assange.. Een jaar geleden was hij een christusfiguur. Maar vandaag? Snowden was nog zeer moedig, Assange was pure commerce. Geschiedschrijving zonder betekenis."

Dan: "Ik leef bewust. We weten allemaal dat het leven beperkt is, maar bij mij is het concreter geworden. Ik word gedwongen erover na te denken. Maar de dood is de dood. Dat wil niet zeggen dat er niks meer is, ieder leven leeft ergens verder. Mijn vader en mijn moeder in mij. En ik in wat ik gerealiseerd hebDat betekent verrijzenis voor mij. Paradijzen interesseren me niet."

 

 

 

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