jeudi 13 mars 2014

L'Espagne rouvre les bras aux Séfarades



UNE LOI DEVRAIT ACCORDER LA NATIONALITÉ ESPAGNOLE AUX DESCENDANTS DES JUIFS EXPULSÉS EN 1492.

Le Figaro

 

L'Espagne tend les bras aux Juifs séfarades, 522 ans après les avoir expulsés. Le gouvernement de Mariano Rajoyprépare en effet une loi pour accorder la nationalité espagnole aux descendants des Juifs expulsés en 1492 par Isabelle la Catholique. La présentation de l'avant-projet de loi en Conseil des ministres vendredi dernier a suscité l'enthousiasme des millions de personnes potentiellement concernées. «Nous avons reçu 600 e-mails entre vendredi et lundi», calcule María Royo, la directrice de la communication de la Fédération des communautés juives d'Espagne (FCJE). L'organisme, interlocuteur officiel du gouvernement en matière de religion, devrait être l'une des autorités compétentes pour certifier l'origine des candidats à la nationalité, selon le texte provisoire préparé par le ministère de la Justice.

Les consulats ont confirmé un afflux très important de personnes venues s'intéresser aux modalités de la naturalisation. L'intérêt est particulièrement vif en Israël. Selon les calculs de la presse locale, plus de 3 millions d'Israéliens sont susceptibles de revendiquer des origines séfarades. Plusieurs journaux ont publié des listes de noms séfarades, le patronyme étant l'un des indices que Madrid étudiera avant de concéder la nationalité. La présentation d'un certificat établi par les autorités rabbiniques locales, l'existence de liens familiaux avec des Juifs espagnols ou encore la pratique du judéo-espagnol (la langue dérivée du vieux castillan et de l'hébreu et héritée par la diaspora), seraient également prises en compte.

Les excuses du roi

Le gouvernement, qui en septembre a ouvert le droit de résidence aux étrangers investissant au moins 500.000 euros dans l'immobilier, affiche cette fois-ci une motivation purement symbolique. La mesure s'inscrit dans un contexte de réconciliation entre l'Espagne et le judaïsme, que le roi Juan Carlos avait encouragée en 1992. Le chef d'État, à l'occasion du 500e anniversaire de leur expulsion, avait présenté des excuses aux Séfarades.

Certains candidats à la nationalité peuvent toutefois avoir des motivations plus pratiques. María Royo cite les cas du Venezuela et de la Turquie, où «la possession d'un second passeport peut rassurer les Juifs qui craignent une dégradation du climat à leur égard». Elle écarte en revanche l'idée que des raisons économiques puissent pousser les naturalisés à s'installer «dans une Espagne en crise». Outre l'État hébreu, le Maghreb, l'Amérique latine et les Balkans sont parmi les grandes régions de résidence des Séfarades.

«La possession d'un second passeport peut rassurer les Juifs qui craignent une dégradation du climat à leur égard.»

Jusqu'à présent, les descendants des Séfarades avaient deux accès possibles à la nationalité espagnole. Par la résidence, après deux ans seulement de vie en Espagne - un délai favorable accordé également aux ressortissants de certaines anciennes colonies espagnoles - ; et par une procédure discrétionnaire, la «carta de naturaleza», par laquelle le Conseil des ministres peut accorder la nationalité par décret. «Il s'agit d'une voie très complexe, juge Fernando Vara de Rey, directeur de la communication du Centro Sefarad-Israel, un institut culturel public placé notamment sous le patronage du ministère des Affaires étrangères. Les pouvoirs publics se sont rendu compte que les procédures existantes ne correspondaient pas à la demande des Séfarades à l'étranger. La communauté juive se réjouit de ce projet.» L'Espagne n'obligera pas à renoncer à la nationalité d'origine.

En dehors des associations hébraïques, qui ont été associées à la préparation du texte, le projet a pris les Espagnols par surprise. À gauche et dans la communauté musulmane, certains proposent d'offrir les mêmes facilités aux descendants des Morisques. Ces musulmans, convertis de force au christianisme après la Reconquista, avaient été expulsés d'Espagne à partir de 1609.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

ETHIQUE REPARATRICE

Il est surprenant que cette info n’ait reçu aucun écho ou presque. Je l’ai repérée dans le Figaro et ensuite perdue de vue. Il ne s’agit pas  d’une info liée à l’actualité immédiate au contraire cela touche  plus au temps long qu’à l’immédiateté…

Voilà donc que cinq cents ans, après que les juifs d'Espagne ont été formellement expulsés ou tués s'ils refusaient de se convertir  au catholicisme »l’Espagne propose de réhabiliter leurs descendants dans leurs droits.

« Les juifs séfarades restent proches de leur héritage, de leurs habitudes et traditions, où qu'ils soient dans le monde » En 1492, les Rois catholiques, Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon, avaient  ordonné l'expulsion de tous les juifs qui refuseraient de se convertir au catholicisme.

Aujourd’hui, selon des études, il y a actuellement dans le monde environ 250 000 personnes qui parlent le dialecte judéo-espagnol, le ladino.

 

 

 


Les Séfarades (parfois orthographié Sépharade) constituent une branche du judaïsme qui suit le judaïsme liturgique espagnol et portugais (en particulier dans la prononciation des mots des prières). Certains ont contribué aux sciences et techniques en al-Andalus comme MaïmonideAbraham ibn EzraJuda HaleviNahmanideSalomon ibn GabirolMoïse de Léon. Le terme « Séfarade » désigne aussi souvent les Juifs non ashkénazes1 qui ont souvent adopté le rite séfarade au contact des Juifs issus de l'émigration consécutive à l'expulsion des Juifs d'Espagne.


 

 

Contraints par le décret de l’Alhambra signé par la reine Isabelle la Catholique en 1492 de quitter l’Espagne, les Séfarades conservent néanmoins une langue proche du castillan du xvie siècle : il s'agit du judéo-espagnol, parlé encore aujourd’hui, et connaissant des expressions voisines telles que le judéo-catalan, le judéo-portugais et le ladino.

Les Juifs d’Espagne s’exilent essentiellement en Afrique du Nord (principalement au Maroc et en Algérie), dans les Balkans, en Grèce et en Anatolie alors sous le contrôle de l’Empire ottoman, et aussi auparavant en Italie. Les Juifs du Portugal emmènent aussi la tradition séfarade vers les Pays-Bas. Les Séfarades émigrent aussi dans le Nouveau Monde ; ce furent les premiers Juifs d’Amérique.

Le décret de l’Alhambra de 1492, responsable de l’expulsion des Séfarades d’Espagne, est resté en vigueur officiellement jusqu’en 1967.

AL-ANDALUS : LE MYTHE DU VIVRE-ENSEMBLE



Vestiges de Madînat al-Zâhira, palais et capitale politique édifié non loin de Cordoue sous le califat omeyyade à partir de 936, rasé par les Berbères en 1009-1010.

La coexistence pacifique des trois communautés musulmane, chrétienne et juive en al-Andalus est l’un des mythes historiques entretenus par les politiques et idéologues promoteurs du « vivre-ensemble ». Dans une Europe comptant une forte minorité musulmane ne cessant de prendre du poids, présenter l’Islam comme pacifique et tolérant à travers l’exemple de l’Espagne médiévale, paraît nécessaire aux tenants du multiculturalisme.

 

DROITS ET DEVOIRS DU DHIMMI

« Grâce à la dhimma, les gens du Livre avaient le droit de demeurer en terre d’Islam, de pratiquer leur culte, de conserver leurs institutions et leurs édifices religieux, leurs institutions juridiques et leurs tribunaux (sauf pour les affaires mettant en cause un musulman). Ils avaient aussi le droit d’être protégés par les musulmans contre toute menace intérieure ou extérieure.
En échange, les dhimmi devaient d’abord d’acquitter de l’impôt de capitation (djizya).

Les non-musulmans étaient en principe exclus de l’armée et de la fonction publique. On devait pouvoir les distinguer des musulmans par le vêtement et la coiffure : port de la ceinture ou zunnar, utilisation dans le vêtement de couleurs vives, jaune, rouge ou bleu (par opposition au vert, blanc et noir utilisés par les musulmans), Les dhimmi devaient savoir se montrer discrets dans l’exercice de leur culte et dans leurs habitudes de vie : pas d’exhibition de croix, pas de consommation publique de porc ou de vin, enterrements sans faste, utilisation discrète des simandres (naqus), restriction des prières publiques. Il leur fallait aussi adopter une attitude déférente envers les musulmans : limiter la hauteur de leurs maisons, renoncer aux places d’honneur, ne posséder ni armes ni chevaux. [...] Les musulmans pouvaient [...] très difficilement se passer des chrétiens et des juifs dans leur administration. Les dhimmi, de leur côté, supportaient mal ces restrictions humiliantes et tout personnage qui atteignait un rang social élevé avait tendance à les rejeter avant d’être imité par ses coreligionnaires. »

Source : EDDÉ Anne-Marie, MICHEAU Françoise, PICARD Christophe, Communautés chrétiennes en pays d’Islam du début du VIIe siècle au milieu du XIe siècle, Paris, SEDES, 1997, pp. 57-60.

 

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