vendredi 21 mars 2014

l’Europe passe un test de crédibilité


 


OLIVIER LE BUSSY  La Libre Belgique

Un édito d'Olivier Le Bussy. La libre

L’Union européenne et ses Etats membres ont, dans un ensemble unanime, condamné l’annexion de la Crimée par la Russie. A en croire les mâles déclarations de certains chefs d’Etat et de gouvernement, avant l’entame du sommet européen, les Vingt-huit ne comptent pas s’en tenir au premier volet de sanctions déjà décrétées contre une vingtaine de personnalités russes et ukrainiennes.

Moscou n’en a pas fait grand cas ? Les Européens vont élargir cette liste. Et semblent prêts - certains Etats membres plus que d’autres - à envisager des sanctions économiques contre la Russie, si celle-ci devait persister dans son entreprise de déstabilisation de l’Ukraine et se livrer à des nouveaux actes de prédation territoriale.

La Russie aurait beaucoup à perdre d’une confrontation économique avec l’Union. Mais les Européens sont également conscients que s’ils décident de sanctionner leur premier fournisseur d’énergie et troisième partenaire commercial, ils s’exposeront à des représailles qui pénaliseraient leurs économies convalescentes.

Le risque n’est pas à négliger. Il est à mettre en balance avec celui d’échouer à affirmer la crédibilité de l’Europe comme acteur international, au moment où son voisinage direct risque de basculer dans le chaos. Tout en veillant à garder ouverte la ligne du dialogue avec Moscou, l’UE doit démontrer qu’elle ne se paie pas que de mots, et qu’elle est déterminée à empêcher le Kremlin à aller (encore) plus loin.

A moyen terme, les Vingt-huit ne pourront pas faire l’économie d’un débat commun sur la redéfinition de la relation qu’ils entendent développer avec la Russie "décomplexée" du tsar Poutine.

 



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LA RIPOSTE : UN PLAN MARSHALL POUR L’UKRAINE ?  

 

«Nous essayons d’envoyer le message le plus fort possible à la Russie afin qu’elle comprenne combien la situation est grave», a déclaré Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne


Pour limitées qu’elles soient, ces sanctions se veulent avant tout dissuasives et pourraient monter en puissance si Vladimir Poutine décide d’annexer de jure la Crimée ou s’il accentue sa pression sur l’est de l’Ukraine. Les Européens seraient prêts alors à passer à de véritables sanctions économiques, commente Libération en précisant que la chancelière Angela Merkel a néanmoins assuré que le dialogue avec la Russie devait se poursuivre. "Parallèlement aux sanctions prises, nous allons privilégier le dialogue, nous allons privilégier la discussion", a-t-elle martelé.

Et de conclure : Les grands pays de l’Union sont désormais à l’unisson, y compris l’Allemagne, premier partenaire économique de Moscou au sein de l’UE et de ce fait longtemps réticente. Les Etats-Unis sont encore plus déterminés. «La poursuite de l’intervention militaire russe en Ukraine ne fera qu’aggraver l’isolement diplomatique de la Russie, et son économie en souffrira encore plus», 

On avait craint que le coup d’échec téméraire de Poutine ne divise les Européens. Apparemment, c’est l’inverse qui se produit. Les Européens parlent enfin d’une seule voix, la voix de l’Amérique certes, diront les esprits chagrins. Mais on a l’impression que malgré les hésitations et les atermoiements des premiers jours, il se dessine quelque chose qui ressemble à une politique étrangère commune. C’est inattendu, c’est très nouveau et c’est réjouissant. De fait, élever le ton et parler uni sono ne peut que renforcer enfin l’unité en Europe. Si la crise ukrainienne devait permettre à l’Europe de sortir de sa torpeur st surtout de sa cacophonie, on finira par la regarder comme un cygne noir, a black swan, un clin d’œil de l’imprévisible. Le plus dur sera de transformer l’essai ou si on préfère de maintenir l’arc tendu tout en dirigeant les flèches vers Moscou.

Ce qui est sûr c’est que, après ce coup de semonce diplomatique, Poutine ne restera pas les bras croisés. La riposte sera graduée ou « escaladée » : Test the West !

Der Spiegel évoque déjà la possibilité d’un plan Marshall pour l’Ukraine. Ce que Poutine craint le moins ce sont les sanctions économiques sachant qu’elles ne l’atteignent pas personnellement.

Ce qu’il redoute le plus, c’est que ne s’effondre son rêve de construire une union douanière eurasienneDe fait, si l’Ukraine devait lui échapper, l’annexion de la Crimée -qui semble irréversible- n’aurait été qu’un coup dans l’eau. A aucun prix il ne veut passer aux yeux de l’histoire pour le dirigeant responsable de la perte de l’Ukraine. Sur ce coup, il joue sa crédibilité et on sait combien les foules sont imprévisibles.

Un plan Marshall pour l’Ukraine exigerait de la part des Européens une cohésion de fer et des sacrifices dans la durée. C’est, pour l’Europe l’épreuve majeure avant les élections du 25 mai.

Si elle devait réussir elle pourrait augurer d’un nouvel élan collectif-et populaire- dans la construction de l’unité stratégique et politique, n’en déplaise aux Anglais opposés à tout progrès vers le fédéralisme. Mais gare à la dépendance énergétique face à la Russie, c’est son joker, son maître atout que Poutine ne manquera pas d’utiliser contre les Européens enfin coalisés. En résumé, on assiste à un bras de fer entre une politique tsariste, dite "de la canonnière" digne du 19 siècle, et une conception plus actuelle et plus visionnaire, celle d’une Europe parlant d’une seule voix et inspirée par une stratégie commune, faite d’un mélange de sanctions économiques et de volonté ferme de négocier rapidement un retour au dialogue constructif fondé sur une dynamique de caractère interculturel. On peut rêver…Rêvons ensemble.

MG

 

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