dimanche 16 mars 2014

Ni Merkel ni Poutine n’ont intérêt à aggraver la crise



Dans la crise ukrainienne, l’Allemagne n’est pas aux avant-postes des va-t-en-guerre. Et ce, pour une simple et bonne raison : la montée des tensions entre les Occidentaux et Moscou, le climat de guerre froide qui s’installe, vont à l’encontre de ses intérêts géostratégiques.

L’Allemagne a un talon d’Achille : sa politique énergétique. Gerhard Schröder avait choisi l’alliance avec la Russie, en privilégiant les importations de gaz. Il a été la cheville ouvrière, au côté de Gazprom, du nouveau gazoduc Nord Stream, qui double les gazoducs existants qui traversent l’Ukraine.

Le quart de la production de Gazprom est acheté par l’Allemagne. Le gaz russe représente 30 % de la consommation d’énergie allemande. Des achats plus que compensés par les ventes de matériels allemands à la Russie. On ne compte pas moins de 6 000 sociétés allemandes actives sur le marché russe. Mais ce n’est pas tout.

(…)Angela Merkel n’a pas la même russophilie que Gerhard Schröder et le SPD. Elle n’est pas loin de détester Vladimir Poutine, qu’elle connaît bien. Mais les liens entre l’industrie allemande et la Russie sont tels qu’il n’est pas possible de rebasculer d’un coup toute la géopolitique allemande et sa politique énergétique. Merkel, en bonne mercantiliste, veut être bien avec ses principaux clients : les Etats-Unis, où l’Allemagne fait de remarquables excédents, et la Chine qui représente à terme un marché considérable. Quant à la Russie, elle est un mal nécessaire. L’Allemagne a encore besoin de son gaz et ne doit pas se fâcher avec elle, car une partie de son commerce avec la Chine va transiter par son territoire.

Consciente de la dépendance énergétique de son pays, Angela Merkel a tenté un pari : se passer rapidement de l’électricité d’origine nucléaire et s’extraire peu à peu de sa dépendance à l’égard du gaz russe. Comment ? En misant sur les énergies renouvelables. Un choix qui s’est révélé un fiasco financier. Alors, comment se sortir de ce squeeze énergétique ? En remettant au goût du jour le bon vieux charbon. En l’important des Etats-Unis et en réactivant les mines sur le sol allemand. Tant pis pour les émissions de CO2. Second joker : le gaz américain. Pour le moment, les Etats-Unis n’envisagent pas d’exporter ces gaz de schiste qui ont fait chuter les coûts de l’énergie outre-Atlantique.

Un avantage compétitif que les groupes américains ne veulent pas abandonner en exportant ce gaz. Sauf à obtenir des Européens des concessions très importantes sur d’autres secteurs, dans le cadre du futur traité Transatlantique. Voilà pourquoi Angela Merkel pousse depuis le début à ce traité. Il lui permet à terme de basculer progressivement ses achats de gaz de la Russie vers les Etats-Unis, en payant moins cher.

Vladimir Poutine, conscient des arrière-pensées allemandes et des risques de voir le marché européen ne plus être un eldorado pour Gazprom, a engagé, son redéploiement sur la Chine. Mais tout cela prend du temps. La crise ukrainienne a pris tout le monde de court. Elle exacerbe des tensions latentes que ni la Russie ni – encore moins – l’Allemagne n’avaient intérêt à aviver.

*Photo : Alexander Zemlianichenko/AP/SIPA. AP21451447_000008.

de Causeur

 

MERKEL: LA RUSSIE A "DÉROBÉ" LA CRIMÉE À L'UKRAINE

AFP La Libre


INTERNATIONAL

La chancelière allemande Angela Merkel a jugé que la situation en Crimée s'apparentait à "une annexion" par la Russie, la Russie a "dérobé" la Crimée à l'Ukraine, selon elle.

 

LA GUERRE DE 2008 A ENCOURAGÉ MOSCOU À PRENDRE LA CRIMÉE

L'absence de réaction ferme de la communauté internationale en réponse à l'attaque de la Géorgie par la Russie en 2008 a encouragé Moscou à prendre le contrôle de la Crimée en Ukraine, a estimé mardi le président géorgien GuiorguiMargvelachvili, dans un entretien accordé à l'AFP.

"L'usage en 2014 contre un autre pays du scénario employé par la Russie contre la Géorgie en 2008, consistant à prendre par la force militaire des territoires d'un Etat souverain, prouve que nos partenaires et nous-mêmes avons été incapables de nous imposer face à la Russie", a déclaré le président géorgien.

En août 2008, des tensions entre Tbilissi et Moscou au sujet de la région séparatiste géorgienne d'Ossétie du Sud avaient conduit à l'entrée des troupes russes en Géorgie. Après une guerre de cinq jours, le Kremlin avait reconnu l'indépendance de cette région et d'une autre région séparatiste, l'Abkhazie, et y avait déployé des milliers d'hommes.

Les autorités séparatistes de Crimée ont fait un pas supplémentaire vers le rattachement de cette région russophone du sud de l'Ukraine à la Russie en adoptant mardi une déclaration d'indépendance.

La distribution de passeports russes à des habitants de la Crimée rappellent la méthode employée avant la guerre russo-géorgienne, a estimé M.Margvelachvili. "Une réaction forte et sans équivoque doit être formulée afin que de tels scénarios ne se reproduisent jamais et que l'idée d'une sphère d'influence de la Russie soit abandonnée", a déclaré le président géorgien.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

A L ‘EST,  RIEN DE VRAIMENT TRES NOUVEAU.



Après un quart de siècle de voisinage pacifique avec la Russie,  l’Europe doit faire  face au premier cas d’annexion de territoire (Anschluss) depuis la seconde guerre mondiale.  La Russie de Poutine s’éloigne de l’Europe. Nous saurons très bientôt si, comme on le craint, les citoyens de Crimée tourneront le dos à l’Ukraine pour se rapprocher par referendum de la Russie de Poutine. Les Russes organisent depuis des semaines de vastes manoeuvres militaires autour de l’Ukraine et des intrusions jusqu’à l’intérieur de ses frontières. Les Américains ont envoyé des F16 de combat en Pologne. D’anciennes républiquesoviétiques ont pris le chemin de la prospérité (Pologne, républiques baltes, Finlande), les nations européennes ont diminué sensiblement leurs budgets militaires.

En quelques semaines, tout a basculé et on est à nouveau plongé dans un climat de guerre froide.

En liant leur prospérité économique à celle de la Russie par des échanges de marchandises et de ressources énergétiques (le gaz russe) les Européens avaient imaginé instaurer une paix perpétuelle (Kant). Leur réveil est brutal.

On aurait tort de n’y voir qu’un problème d’annexion de la Crimée en vue de protéger la flotte soviétique qui y est amarrée. Il s’agit d’un tout autre enjeu, à savoir une résistance russe symbolique mais déterminée contre l’ouest tentaculaire par l’entremise de l’Otan 

Commençons par bien examiner la carte pour prendre conscience de la dimension stratégique donc géo-politique du problème. Première constatation : la Géorgie et l’Ukraine occupent la même situation stratégique par rapport à la Russie, elles forment son glacis protecteur : la Georgie est un état tampon face à la Turquie, l’Ukraine face à l’Europe.



La question est de savoir quel impact tout ce remue-ménage - et ce remue-méninges - aura sur les décisions de vote des Européens le 25 mai prochain.

On part généralement de l’hypothèse que les eurosceptiques,- manière pudique de désigner les europhobes-, obtiendront 30% des voix ou davantage.  C’est énorme. La crise ukrainienne va-t-elle renforcer ce nombre ou au contraire le réduire ? Nobody knows.

Les Européens sont-ils prêts à mourir pour Kiev ? Sûrement pas, malgré la morgue affichée par la chancelière(Wenn es Sanktionen gebemüsse man sich auch auf Nachteile einrichten. Wichtig isdass die EU-Staaten von "Lissabon bis Riga" zusammenblieben. Die Zukunft Europas müsse auf FriedenSouveränitätVerständigungDemokratieRechtsstaatlichkeitMenschenrechte und Freiheit »)

Et les Russes ? Oui, sans le moindre doute, ils sont prêts à en découdre. Mais Poutine est suffisamment intelligent pour savoir jusqu’où il peut aller trop loin. En effet, nonobstant ses ambitions qualifiées par certains de néo-tsaristess (de créer face à l’Union européenne une union eurasienne), il évitera la confrontation armée et voudra échapper à la menace d’un conflit économique qui ruinerait sa Russie et fragiliserait son ascendant sur le peuple russe 

Ce qui laisse rêveur, c’est  la fadeur de la personnalité de Lady Ashton qui est à la tête la diplomatie européenne (candidate de compromis, lot de compensation pour consolerTony Blair de n’avoir pas eu le poste qu’occupe Barusso) face à la détermination tranquille de Poutine . A bien lire la biographie de la baronne anglaise, elle paraît manquer de caractère et semble avoir assez peu de légitimité pour occuper ce poste clé qui est le sien qui, en l’occurrence, va conditionner l’avenir de la paix en Europe. Pour Poutine c’est pain bénit.

Quid de la légitimité du gouvernement provisoire autoproclamé de Kiev ? On attend les élections avec impatience tandis que Poutine en profite pour gagner du temps et bétonner militairement et politiquement sa position. Tout cela ressemble méchamment à une reprise en main de la Crimée et qui sait demain de l’Ukraine, dans le style de Budapest 56 ou Prague 68. (  Le convoi de la CSCE en route pour la Crimée a dû rebrousser chemin sous la menace des armes ; une soixantaine de camions militaires russes sont entrés en Ukraine par voie terrestre et maritime ;  dans le nord de la Crimée,150 fusiliers marins et huit blindés ont été déployés et ils aménagent une position pour accueillir d'autres blindés).

Autre source d’inquiétude : les manifestations qui se multiplient et risquent à tous moments de déraper(« Les manifestants prônant l'indépendance de l'Ukraine se sont rassemblés devant des statues de Chevtchenko alors que ceux souhaitant le rapprochement avec Moscou se sont réunis devant des statues de Lénine. »Et cette petite phrase d’un vieil ukrainien n’est pas de nature à nous rassurer: "Quarante-cinq millions d'Ukrainiens ne peuvent-ils pas mettre à la porte 30.000 bandits en uniforme ?"

A Sébastopol, le climat s'est vite dégradé. (Une centaine d'hommes armés de matraques et de fouets ont attaqué le service d'ordre qui protégeait le rassemblement. Ils accusaient le service d'ordre d'appartenir à Pravy Sector, le mouvement nationaliste paramilitaire qui s'est illustré en première ligne de la contestation à Kiev.10.000 partisans de Moscou ont participé à un rassemblement plébiscitant le référendum du 16 mars sur le rattachement de la Crimée à la Russie. Un militant prorusse : "Nous ne voulons plus de ces fascistes ukrainiens" Fascistes Ukrainiens ? Mais encore ? Au vrai ce n’est pas tout à fait faux, il y a des gens peu recommandables dans ce gouvernement provisoire, vivement donc des élections !

Partie de poker ou partie de bras de fer ?

Imaginons deux scénarios opposés :

Premier scénario : Poutine reprend définitivement pied en Crimée et annexe la presqu’île qui abrite sa flotte (il n’a pas le choix, les ports du Nord sont bloqués par les glaces) et bâillonne les pro européens ukrainiens. Comment réagit l’Occident ?  Das Vorgehen auf der Krim ist eine Annexion, die man Russland nicht durchgehen lassen kann (Merkel)

 

Deuxième scénario : Encouragé par ses succès et soutenu par son opinion nationaliste russe, Poutine met la pression sur la Moldavie, ou la Biélorussie (petit coup d’œil sur la carte) ou tout autre république où vivent des minorités russophones etc. (comme fit Hitler autrefois avec l’annexion de l’Autriche, de la Tchécoslovaquie…)  Comment réagit l’Occident ? L’Autriche  est un peu au IIIème Reich ce que semble être l’Ukraine à l’empire néo tsariste russe

Troisième scénario : Poutine s’empare de la Crimée qu’il annexe purement et simplement mais les  pro européens remportent légitimement les élections. Comment réagissent Poutine et l’opinion russe ? Comment réagit l’Occident et surtout, comment réagissent  les Européens  Il s’agit rien d’autre que d’une tentative de comprendre ce qui se joue dans cette partie de poker menteur qui risque d’avoir des conséquences très profondes sur l’avenir de l’Europe.

On aimerait que les trois candidats qui briguent la succession Barusso-Van Rompuy-Ashton  : le luxembourgeois Jüncker pour le camp conservateur, l’allemand Schültze pour les socialistes et le belge Verhofstadt pour les libéraux prennent position sur cette question qui risque d’occuper l’horizon géopolitique pendant une ou plusieurs décennies. Voulons-nous le retour des tensions, le clash des civilisations ou la poursuite et l’approfondissement d’un dialogue Est-Ouest fondé sur le respect des sphères mutuelles d’influence et une dynamique d’échanges culturels, commerciaux, énergétiques à visage humain ?

MG

 

 

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