lundi 17 mars 2014

Verhofstadt: «Des référendums ne se tiennent pas avec un fusil à la main»


Le Soir

Les habitants de Crimée ont plébiscité à 95 % le rattachement à la Russie. L’UE et les États-Unis ont dénoncé un référendum illégal.


Guy Verhofstadt, le leader des libéraux au Parlement européen

Les Ukrainiens de Crimée se sont massivement mobilisés dimanche au référendum. Selon les premiers résultats officiels, 95, 5 % des électeurs ont voté en faveur du rattachement à la Russie.

« Un référendum valable ne peut être tenu sous la menace de violences et d’intimidation, soit précisément le contraire de ce qui se passe en Crimée », a estimé dimanche soir Guy Verhofstadt, le leader des libéraux au Parlement européen, après la tenue du référendum dans la péninsule ukrainienne. L’Union européenne et ses ministres doivent maintenant rester fidèles à leurs promesses et imposer des sanctions à la Russie, a-t-il ajouté.

« Les troupes russes ont envahi la Crimée. Ils ont de la sorte violé le droit international tandis que Poutine a ensuite organisé un soi-disant référendum à distance. Le fait que les 41 % de non russophones qui n’étaient pas d’accord (avec le rattachement de la Crimée à la Russie, NDLR) aient pu choisir de rester au sein d’une région autonome à l’intérieur de l’Ukraine, est une preuve que ce référendum n’est rien de plus qu’une farce », a affirmé Guy Verhofstadt dans un communiqué.

« L’occupation russe de la Crimée est un fait, mais elle ne sera pas reconnue. Le choix de Poutine de pousser son pays dans l’isolement international est regrettable et cela peut s’avérer fatal pour son gouvernement à long terme. »

Le leader des libéraux appelle l’UE à imposer des sanctions à la Russie. « Un gel (des moyens financiers) d’un certain nombre d’individus proches du régime russe et une interdiction de visa pour les fonctionnaires qui ont favorisé l’occupation. Si la situation en Crimée reste bloquée, des mesures économiques adaptées devront être prises. Il serait également inconcevable que des États membres de l’UE envisagent encore de continuer à vendre des armes et des équipements militaires à la Russie après qu’elle a annexé une région ukrainienne. »

« Il est grand temps de s’adresser à Poutine dans un langage clair. La Crimée fait partie intégrante de l’Ukraine. Des référendums valables et légaux ne se tiennent pas avec un fusil à la main », a encore estimé Guy Verhofstadt.




LES OCCIDENTAUX NE RECONNAISSENT PAS L'ISSUE DU RÉFÉRENDUM EN CRIMÉE

lefigaro.fr



Washington, Londres et Paris condamnent fermement l'attitude de la Russie. Les ministres européens des Affaires étrangères, qui se réunissent lundi à Bruxelles, devraient décider de nouvelles sanctions contre Moscou.


À peine les premières estimations connues, Washington a rejeté le suffrage qui s'est déroulé en Crimée pour son rattachement à la Russie, un scrutin «contraire à la Constitution ukrainienne» organisé «sous des menaces de violences» de la part de la Russie, précise la Maison-Blanche. (…)

La réaction de Paris a suivi peu de temps après. «Le référendum qui s'est tenu aujourd'hui en Crimée est illégal et contraire à la Constitution ukrainienne. Il est d'autant plus illégitime qu'il s'est déroulé sous la menace des forces d'occupation russe», déclare Laurent Fabius dans un communiqué.

Londres, jusqu'à présent plutôt réticente, qualifie le référendum de «farce de la pratique démocratique».

Il a appelé ses collègues de l'UE à appuyer des mesures «pour envoyer un signal fort à la Russie et lui dire que ce défi à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de l'Ukraine aura des conséquences économiques et politiques.»

 

Plusieurs pays d'Europe de l'Est, comme la Bulgarie, sont encore réticents à l'idée de sanctionner la Russie.

À Angela Merkel avec qui il s'est entretenu dans la journée, Vladimir Poutine a réaffirmé la position de Moscou sur la question. «La Russie respectera le choix des habitants de la Crimée», a déclaré le président russe, tout en réaffirmant que le référendum respectait totalement le droit interne.



 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

RIPOSTE DIPLOMATIQUE GRADUÉE

 


Ce referendum de pure forme organisé à l’ombre des baïonnettes confirme, sous forme de plébiscite, ce qui s’observe depuis des semaines sur le terrain: la Russie s’est emparée de la Crimée par une occupation militaire qui ne dit pas son nom.

En Crimée, des soldats parlant russe équipés de blindés légers et des militants pro russes en tenue de combat gardent les frontières. Dans l’espace aérien ukrainien ne volent que des appareils russes. En Crimée, les véhicules « suspects » sont fouillés ; dans les  trains, les voyageurs sont contrôlés par des miliciens armés pro russes pour éviter que des « fascistes ukrainiens » ou que des « terroristes »  ne pénètrent dans le territoire.

Les Russes et leurs partenaires contrôlent tout. La volonté du Kremlin s’impose partout. 


A quoi ressemblerait une Crimée russe ? se demande le Monde et de répondre :

« Soixante ans après avoir été cédée par Nikita Khrouchtchev à l'Ukraine, la Crimée va demander son retour sous l'autorité de Moscou.

La requête sera formulée officiellement lundi par le Parlement de Crimée, et examinée mercredi par la Douma à Moscou. »

QUEL STATUT POUR UNE CRIMÉE RUSSE ?

Sera-t-elle un oblast (entité administrative), comme Novgorod ou Kalingrad ? Une République, avec un Parlement, une Constitution et un président, comme la Tchétchénie ou l'Ingouchie ? Un Kraïs ?

Nul ne sait encore quel pourrait être le statut juridique d'une Crimée russe.

Hormis Moscou, aucune capitale ne semblait prête à reconnaître le vote de dimanche. Les Etats-Unis et les pays européens ont tous condamné le référendum comme « illégal »« contraire à la Constitution ukrainienne et aux lois internationales » et se dirigeaient vers l'annonce de sanctions ciblées contre des dirigeants russes et ukrainiens pro-russes.

Pour autant, il est difficile d'imaginer comment l'Europe et les Etats-Unis pourront s'opposer dans les faits à l'arrimage de la Crimée à Moscou.

L'UE envisage de débloquer un troisième train de sanctions, jugées plus dommageables pour la Russie car portant sur les relations économiques et commerciales, mais plusieurs responsables mettent en garde contre les risques de telles sanctions économiques, de nombreux pays européens dépendant très largement des livraisons de gaz russe. »

Au premier regard, la situation se présente sous un jour favorable pour Vladimir Poutine.  Mais il se pourrait que son triomphe soit éphémère. Les forces de l’Otan et l’Union européenne vont  resserrer les rangs face à la détermination de Moscou.

Toutefois, on observe dès à présent, comme si souvent, les profondes  différences de sensibilité culturelle dans la cacophonie  européenne : pour les pays de la zone méditerranéenne (Italie, Grèce, Chypre, Italie), les sanctions doivent avoir un caractère limité ; pour les anciennes républiques baltes (avec leurs minorités russophones) , les Anglais ( éternels vassaux des Etats Unis), les Suédois, la réaction doit être dure. Les Allemands prônent la fermeté tout en plaidant pour un maintien et une poursuite du dialogue avec Moscou. Quant aux Français, ils se font tout petits tandis que se poursuivent les tests des navires de la classe Mistral commandés par Moscou qui doivent être livrés bientôt aux Russes. L’un d’eux a été imprudemment baptisé le Sébastopol.

MG

 

EN RUSSIE, LES VOIX D'OPPOSITION BANNIES D'INTERNET


ÉTIENNE BOUCHE INTÉRIM À MOSCOU  LIBÉRATION


Alexeï Navalny et Garry Kasparov lors d'une manifestation contre les fraudes électorales en mars 2012, à Moscou. (Photo Sergei Karpukhin. Reuters)

RÉCIT

A L'APPROCHE DU RÉFÉRENDUM EN CRIMÉE, LES AUTORITÉS ONT FERMÉ DEPUIS PLUSIEURS SITES, DONT CEUX DE NAVALNY ET DE KASPAROV.

«La page est bloquée par décision des autorités de votre région.» Depuis jeudi soir, plusieurs sites internet ont vu leur accès suspendu sur ordre de l’autorité russe du contrôle des médias, Roskomnadzor. Cette dernière a pour mission de lutter contre l’extrémisme sur la Toile en traquant les «appels à des activités illégales, à la participation à des manifestations en violation de l’ordre établi». «On assiste à un véritable ratissage des médias libres sur internet. Rien de bon ne nous attend.»Ioulia Berezovskaïa, directrice du site Grani.ru, se désole, tout comme la frange libérale et ultraconnectée de la population russe.

Parmi les sites incriminés, ceux de deux figures très hostiles au Kremlin: le virulent Alexeï Navalny, ancien candidat à la mairie de Moscou, et l’ancien maître des échecs Garry Kasparov. Le premier, placé en résidence surveillée depuis le mois dernier – il est visé par plusieurs enquêtes judiciaires –, se retrouve privé d’Internet, l’outil qui l’a propulsé figure de proue de l’opposition. Ses deux blogs, dont l’un était hébergé sur le site de la radio Echo de Moscou, sont aujourd’hui inaccessibles.

 «Les principaux sites d’information d’opposition ont tout simplement été rayés d’Internet en Russie. Bienvenue en Chine», écrit Kasparov sur Twitter.(…)

Ces décisions de Roskomnadzor interviennent après la mise-à-pied de la rédactrice en chef de Lenta.ru, le média en ligne le plus consulté du pays. Motif: «diffusion de matériaux à caractère extrémiste». 

Ce renforcement du contrôle d’Internet, en pleine crise ukrainienne, est perçu par l’opposition et par des observateurs comme une tentative de bannir contrepoints et analyses alternatives.

 

Aucun commentaire: