mardi 25 mars 2014

Vers une escalade militaire en Ukraine?


AFP La Libre Belgique



Pendant ce temps-là, la Crimée est rattachée à la Russie sur les cartes officielles du gouvernement.

L'Ukraine a décidé lundi de retirer ses troupes de Crimée où l'essentiel de ses bases est tombé en trois semaines d'occupation sous le contrôle de la Russie qui risque d'être exclue du G8, le club des nations les plus riches. Après s'être emparées par la force à l'aube d'une base d'infanterie marine àFeodossia, les forces russes se sont lancées lundi à l'assaut du navire de débarquement ukrainienKostiantyn Olchanski mouillant sur le lac Donouzlav.

Dans la nuit de dimanche à lundi, entre 60 et 80 fusiliers marins ukrainiens ont été capturés et leurs commandants emmenés en hélicoptère à l'issue d'une attaque d'une base d'infanterie marine àFeodossia, a indiqué le ministère ukrainien de la Défense. L'opération a été réalisée à l'aide de blindés légers et d'hélicoptères, et des tirs de mitrailleuses ont été entendus. Plusieurs camions transportant les soldats ukrainiens ligotés ont quitté la base deux heures après le début de l'assaut. Les soldats ont ensuite été autorisés à retourner dans leurs quartiers.

La veille, ils avaient mis leurs armes dans un dépôt pour les évacuer lundi comme c'était convenu avec les Russes et ne s'attendaient pas à une attaque. "Le commandant du bataillon, DmytroDeliatnitski, et son adjoint ont été jetés à terre et ont reçu des coups de pied au visage. Ensuite, ils ont été emportés à bord d'un hélicoptère dans une direction inconnue", a affirmé le ministère ukrainien de la Défense.

Le ministère a précisé que les Russes avaient posé comme condition à la libération des militaires retenus le départ des officiers ukrainiens "de Crimée vers l'Ukraine continentale". A Kiev, le président par intérim Olexandre Tourtchinov a signé lundi un décret prévoyant le redéploiement en Ukraine continentale des troupes ukrainiennes présentes en Crimée.

Cette annonce marque un changement de position des autorités ukrainiennes qui avaient auparavant autorisé les militaires à tirer pour défendre leurs bases sur la presqu'île. Mais la décision finaleappartenait aux commandants sur le terrain et les bases sont tombées pratiquement sans combats aux mains des Russes qui ont également saisi plusieurs bateaux de la flotte ukrainienne malgré les protestations de Kiev et de l'Occident.

Sur le front international, le président Obama a promis lundi une action unie de l'Occident contre Moscou en représailles au rattachement de la Crimée, avant un sommet qui pourrait exclure la Russie du club fermé des nations les plus riches. "L'Europe et les Etats-Unis sont unis pour soutenir le gouvernement ukrainien et les Ukrainiens, nous sommes unis pour faire payer un prix à la Russie pour les actions qu'elle a entreprises jusqu'ici", a affirmé M. Obama.

Il participe lundi soir et mardi à un sommet sur la sécurité nucléaire qui risque d'être complètement éclipsé par les discussions sur l'Ukraine qui avait renoncé en 1994 à son arsenal nucléaire, obtenant en échange des garanties sur son intégrité territoriale de la part des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de la Russie. Après ce qu'elles appellent "l'annexion de la Crimée" à la Russie, les autorités ukrainiennes craignent une invasion imminente de l'est russophone de l'Ukraine malgré les démentis de Moscou.

Le secrétaire du Conseil de sécurité nationale et de défense Andriï Paroubiï a déclaré lundi que l'Ukraine avait achevé le déploiement de ses troupes à la frontière avec la Russie dans l'est, le sud et le nord. "On reçoit des signaux inquiétants" de la région d'Odessa (sud), a déclaré M. Paroubiï, évoquant "une diversion" à craindre à partir de la Transdniestrie, région séparatiste pro-russe de Moldavie située à proximité.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et le secrétaire d'État américain John Kerry devaient se rencontrer lundi en marge du sommet sur le nucléaire, leur première entrevue depuis que Washington a imposé des restrictions financières à des personnalités proches de Vladimir Poutine en représailles à l'absorption de la Crimée.

Plusieurs chaînes de télévision russe incluent la Crimée dans leurs cartes de la Russie lors de leurs bulletins météo. Le rattachement de la Crimée à la Russie a été ratifié par le Parlement russe et entériné par le président Vladimir Poutine la semaine dernière malgré les protestations des pays occidentaux qui ont dénoncé une "annexion". (Belga)

13 RESPONSABLES CANADIENS PERSONA NON GRATA

La Russie a interdit d'entrée sur son territoire 13 responsables du Canada, dont une conseillère du Premier ministre et son chef de cabinet, en réponse aux sanctions adoptées par ce pays contre Moscou pour sa politique à l'égard de l'Ukraine. "Cette mesure est appliquée en réponse aux actes inacceptables de la partie canadienne", déclare le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué. Le Canada a adopté la semaine dernière des sanctions à l'encontre de sept responsables russes et trois responsables de la Crimée.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LES BONNES HISTOIRES DE LONCLE STEVY :

UN NOUVEAU PACTE GERMANO RUSSE


 


Son analyse est  lumineuse, elle tient en cinq lignes. Les Russes ont perçu le rapprochement de l’Europe avec l’Ukraine comme une volonté de dénoncer et de combattre une forme d’impérialisme, comme la volonté de réduire l’influence russe en Ukraine » .« Poutine doit savoir qu’il y a un énorme risque économique et qu’il est plus important pour la Russie. Il doit se souvenir que la crise russo-géorgienne à la fin de la dernière décennie, aura coûté dix-huit mois de récession à la Russie"

La Russie a besoin de l’Europe et des investisseurs européens. Elle ne va certainement pas s’adresser aux Etats-Unis et préférerait mourir que de faire appel à la Chine ! C’est à l’Europe d’en tirer parti mais la partie est complexe."

Les Américains poussent à la tension, les généraux yankees rêvent d’en découdre. Les Anglais embrayent dans le même sens. Danger et risque de dérapage, certains redoutent que cela ne reparte comme en 14.

L’Allemagne freine autant qu’elle peut. Toute l’astuce de la Ostpolitik a consisté en un immense effort pour établir et renforcer un climat de confiance avec Moscou (1963-1989 et bien au-delà) : « Wandel durch Annäherung » le changement par le rapprochement fut le slogan de de la Ostpolitik de Brandt et Schmidt suivie du « Annäherung durch Handel », le « rapprochement par le commerce cher à Schröder. Ce qu’on a longtemps passé sous silence, c’est combien les Russes étaient alors demandeurs d’une coopération économique et technologique avec l’Allemagne. Le régime soviétique se sentait à bout de souffle, incapable de soutenir financièrement la course aux armements dont le rythme était imposé par les Etats Unis (surtout sous Reagan). Certes ils venaient de se découvrir d’immenses réserves de pétrole et de gaz. Impossible de les exploiter sans l’aide technologique desaméricains qui maintenaient un embargo dur et refusaient d’exporter leur know how. Les Allemands affamés de gaz et de pétrole passèrent outre (d’abord Schmidt, ensuite Kohl qui obtint la réunification quand le système s’écroula, enfin Schröder qui fit exploser le volume des échanges) Les Allemands non seulement vendirent du matériel technologique d’extraction dont ils avaient la licence de production mais leur industrie métallurgique fournit les tuyauteries pour les oléoducs et leur industrie chimique les produits nécessaires au raffinage du pétrole.

Le nouveau miracle économique allemand et le moteur de sa croissance vient en grande partie de ce formidable troc, il ne faut pas se leurrer.

Le couple russo-allemand est un mariage de raison. Les deux partenaires sont dans un rapport de dépendance réciproque, il s’agit bien d’un pacte non plus germano-soviétique mais germano-russe (alliance de Hitler et Staline en 1939).

Voilà qui déplait souverainement aux Américains, ce qui sans doute n’est pas tout à fait étranger à la tournée diplomatique un peu inattendue que Obama effectue en Europe en ce moment.

C’est l’effondrement des cours du pétrole qui a mis l’économie soviétique au tapis à la fin des années quatre-vingt. Une nouvelle crise de ce genre, induite par un des mesures d’embargo économique occidental pourraient déstabiliser le régime de Vladimir Poutine comme furent autrefois déstabilisés les dirigeants soviétique sous Gourbatchev. Il le sait. Un nouvel effondrement de l’empire russe ne peut à terme profiter qu’à la Chine.  C’est dire combien la crise ukrainienne est menaçante pour le maintien de la paix en Europe et dans le monde.

On s’étonnera donc de la lenteur à mettre en place une stratégie de la négociation sous l’égide de l’Organisation de la Sécurité et de la Coopération Européenne.

«  Imaginer que la Russie renonce à la Crimée sous la menace de sanctions, c’est illusoire. Dès lors, soit les choses vont évoluer naturellement et le temps fera son œuvre pour entériner cette nouvelle situation avec de nombreux ballets diplomatiques. On peut imaginer que c’est l’hypothèse sur laquelle tablent les marchés. Soit, on se trompe complètement. Quand on lit aujourd’hui toute la littérature qui revient sur le déclenchement de la guerre de1914, on doit bien admettre qu’il peut y avoir des erreurs d’évaluation. »

Autrement dit, le calme relatif des marchés est illusoire et le moins qu’on puisse dire c’est que les commentateurs sont partagés quant à la tournure que peut prendre cette crise politique majeurequatre ans après la crise financière aigüe de 2008 . 

L’Europe est née il y a cinquante ans d’une angoisse collective face à la menace soviétique. Aujourd’hui l’Union Européenne est en pleine crise. Elle pourrait, en tout état de cause, se régénérer non pas dans un conflit avec la Russie mais dans l’adoption d’une politique étrangère commune de bon voisinage avec la Russie et  ses voisins directs. Autrement dit l’Europe a besoin non pas d’une nouvelle croisade sécuritaire (OTAN) mais bien d’une politique d’ouverture et de coopération avec l'Est, une poursuite multilatérale de la Ostpolitik allemande bilatérale. Si « La Russie a besoin de l’Europe et des investisseurs européens. » (Davignonen revanche l’Europe a besoin des ressources énergétiques gigantesques dont dispose la Russie.

MG

 

 

DAVIGNON: "POUTINE A BESOIN DE L'EUROPE"

YVES CAVALIER La Libre Belgique


 

Observateur avisé des affaires économiques et internationales, Etienne Davignon nous livre son analyse.

QUEL REGARD PORTEZ-VOUS SUR LA SITUATION EN UKRAINE ?

D’abord, il faut regarder la réalité historique. Et que nous dit-elle ? Elle nous dit qu’historiquement, la Crimée est russe et qu’elle l’a toujours été. Quand en1954, Khrouchtchev a transféré la Crimée à la république socialiste soviétique d’Ukraine, ce n’était pour lui qu’une décision purement administrative. Il a agi comme un tsar avec le pouvoir qu’il avait dans l’Union soviétique de l’époque ! Et cela ne changeait pas grand-chose dans les faits, la preuve en est la présence de bases militaires russes que l’on retrouve encore aujourd’hui en Crimée.

C’EST UNE PERCEPTION QU’ON NÉGLIGE EN EUROPE ?

En fait, ce transfert avait un caractère technique et juridique qui n’avait rien de fondamental. Depuis la Belgique on oublie parfois que les autres réagissent en fonction de leur propre histoire. On parle d’annexion mais ce n’est pas l’Alsace-Lorraine ! Par contre, il est clair que ce n’est pas bien de faire ce que Poutine a fait et qu’il n’est pas acceptable que l’on soit soumis à la pression russe, voire à la menace.

POURQUOI CETTE CRISE AUJOURD’HUI ?

Il faut constater que l’épisode de la place Maïdan n’a été anticipé par personne. Nous avons assisté à une vraie manifestation populaire qui est devenue une réalité tangible : elle a surpris les Russes, elle a surpris l’Ukraine et elle a surpris les Européens. Poutine a probablement été le premier étonné. Il avait donné des milliards à l’Ukraine, il a baissé le prix du gaz et imaginait que tout le pays allait dire merci à Mère Russie ! Il n’a pas imaginé que des manifestants allaient dénoncer de manière aussi virulente un régime largement corrompu. Il a sous-estimé la force de la révolte populaire. Les manifestants de la place Maïdan ont voulu un changement de régime et donc la fin d’un système soutenu par les Russes alors que la Crimée a plaidé pour un retour à ses racines.

ET QUE PENSER DE L’ATTITUDE DE L’EUROPE ?

Il faut se demander comment l’attitude de l’Europe a été perçue. Les Russes ont perçu le rapprochement de l’Europe avec l’Ukraine comme une volonté de dénoncer et de combattre une forme d’impérialisme, comme la volonté de réduire l’influence russe en Ukraine. Et à l’analyse, il faut se mettre à la place de Poutine : il ouvre son carnet de chèques et il réduit le prix du gaz et ne demande rien en échange. Or, il constate que l’Europe propose un rapprochement avec l’Ukraine mais au prix d’une série de conditions, démocratiquement légitimes, et il ne comprend pas !

QUELLES POURRAIENT ÊTRE LES RÉPERCUSSIONS ÉCONOMIQUES NOTAMMENT, DE CE BRAS DE FER ?

Il faut que les Russes admettent qu’il y a une étape qu’ils ne peuvent pas franchir. Je ne veux pas parler de guerre froide. On n’en est pas là. Mais dans le jeu diplomatique, il doit y avoir un élément identique : c’est le facteur de dissuasion. C’est un facteur qui consiste à tout mettre en œuvre pour aboutir à une réelle appréciation du risque. Or, Poutine doit savoir qu’il y a un énorme risque économique et qu’il est plus important pour la Russie. Il doit se souvenir que la crise russo-géorgienne à la fin de la dernière décennie, aura coûté dix-huitmois de récession à la Russie.

LA RUSSIE A BESOIN DES INVESTISSEMENTS ÉTRANGERS ?

La Russie a besoin de l’Europe et des investisseurs européens. Elle ne va certainement pas s’adresser aux Etats-Unis et préférerait mourir que de faire appel à la Chine ! C’est à l’Europe d’en tirer parti mais la partie est complexe.

ON EST SURPRIS PAR LE CALME RELATIF QUI RÈGNE SUR LES MARCHÉS FINANCIERS FACE À CETTE SITUATION. VOUS L’EXPLIQUEZ COMMENT ?

Il faut se demander de quelle manière peut évoluer la situation, étant entendu que l’Ukraine ne veutpas être russe et qu’il est peu probable que Poutine abandonne la Crimée. Imaginer que la Russie renonce à la Crimée sous la menace de sanctions, c’est illusoire. Dès lors, soit les choses vont évoluer naturellement et le temps fera son œuvre pour entériner cette nouvelle situation avec de nombreux ballets diplomatiques. On peut imaginer que c’est l’hypothèse sur laquelle tablent les marchés. Soit, on se trompe complètement. Quand on lit aujourd’hui toute la littérature qui revient sur le déclenchement de la guerre de1914, on doit bien admettre qu’il peut y avoir des erreurs d’évaluation…

La Nouvelle Procureure Qui Enflamme La Crimée

S. LEGROS 


 

LA JEUNE FEMME A-T-ELLE ÉTÉ NOMMÉE "À LA BERLUSCONI"?



Son nom est déjà sur toutes les lèvres en Ukraine et commence à retentir un peu partout dans le monde. Natalia Poklonskaya, jusqu'au 11 mars dernier, était pour ainsi dire une parfaite inconnue (ou presque). Mais depuis lors, Sergueï Aksionov, tout nouveau premier ministre de Crimée, l'a placée en haut de l'estrade en la nommant nouvelle procureure générale.

Pourquoi le choix de Natalia Poklonskaya? Celle-ci sort de la modeste université de Yalta et son expérience professionnelle (assistante procureure chargée des dossiers environnementaux) ne fait pas d'elle quelqu'un d'incontournable. Beaucoup disent déjà que la jeune femme a été nommée "à la Berlusconi", selon des critères purement physiques.

 

 

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