mardi 22 avril 2014

Après le 25 mai, quel remède à l'apathiecratie ?

Nicolas  Baygert 

Le Vif


Chercheur au LASCO (UCL), enseigne les sciences politiques et sociales à l'IHECS.

Après le 25 mai, quel remède à l'apathiecratie ?

L’heure est au Di Rupisme en mode TINA ("There Is No Alternative"), à l’image d’une quadripartite francophone inféodée au Montois providentiel : saint Georges au papillon rouge, seul rempart contre le dragon jaune et noir terrorisant nos contrées.



Elio Di Rupo. © Reuters

Cette clé de lecture fallacieuse neutralise tout débat de fond et valide, au passage, la théorie des « deux démocraties » si chère à Bart De Wever. L’apathie des « partenaires de gouvernement » se lit encore dans les slogans : une kyrielle de poncifs consensuels réchauffés. 

A l’horizon pointent les signes d’une abstention grandissante – en dépit du vote obligatoire – et le succès de petites formations monothématiques. Dès lors, nous nous adonnerons ici à un exercice de prospective politique, post-25 mai. 

Au CDH, les électeurs nostalgiques de l’ex-PSC écœurés par la satellisation de leur formation lors des années Milquet, ou ceux, restés circonspects face aux projets mégalo-urbanistiques de leur président (la fondation d’un Lutgentville en campagne louviéroise), se sont tus. De même, après les années Reynders, les fuites autour d’un accord PS-MR dès l’entame de la campagne, auront définitivement frustré l’électorat libéral, rêvant en vain, depuis vingt-cinq ans, d’un PS dans l’opposition. 

Alors qu’à gauche, les adhérents des petits partis renforceront in fine les rangs socialistes (avec un PTB-go ! peu enclin à entrer dans une majorité), rendant à nouveau le PS incontournable, unereconfiguration partisane s’avère nécessaire. Aussi, l’idée d’une fusion serait dans l’air. 

Une idée moins saugrenue qu’il n’y paraît : il y a quatre ans, Melchior Wathelet (CDH), Jean-Michel Javaux (Ecolo) et Charles Michel (MR) évoquèrent déjà un attelage baptisé RHD, pour Renaissance humaniste durable. « Agacés, lassés par les atermoiements, les reculades et par l’immobilisme de la vie politique francophone, une série de responsables politiques songent sérieusement à créer une nouvelle force politique arc-boutée autour du centre droit », analysait alors La Libre Belgique. Un pôle solide qui pourrait à terme être rejoint par d’ex-FDF, sur la base d’un « libéralisme social » partagé (ce concept « louismichelien » fut récemment repris par Olivier Maingain himself). 

Fort d’un score inattendu, le PP renforcerait ses équipes avec l’arrivée de cadres « déçus du MR », contribuant à la professionnalisation du mouvement, muté en « droite forte », entre UMP copéiste, UDC suisse et PVV batave. 

Autre alternative : Ecolo qui se déscotcherait enfin des Convergences des gauches. Libérés du carcan gauchiste, les Verts dépasseraient ainsi leur rôle d’écolabel cosmétique : « point vert » pour majorité OGM, en devenant l’aiguillon décisif de futures majorités, à l’instar du rôle joué par les Verts allemands à l’échelon fédéré (les Länder) et qui fin 2013, comme potentiels partenaires de coalition, firent longtemps hésiter la chancelière Merkel. Le philosophe Peter Sloterdijk estime sur ce point qu’une alliance noire-verte (le noir étant la couleur historique des chrétiens-démocrates de la CDU), comme « synthèse hybride d’avant-gardisme technique et de modération éco-conservatrice » (1), conviendrait tout à fait à la nécessaire transition écologique vers une économie post-fossile. 

A moins d’assister à l’éclosion d’individualités enthousiasmantes, de type managérial ou systémiquement subversives, tout rééquilibrage passe par la fusion ou l’émancipation des partis. Ou, pour feindre une offre politique plurielle, voire la possibilité réelle d’une alternance – base de toute démocratie – la particratie francophone devra, quoi qu’il advienne, se réinventer. 

(1) Le Palais de cristal, A l’intérieur du capitalisme planétaire, par Peter Sloterdijk Hachette, 2006, p. 331. 

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LA PARTICRATIE FRANCOPHONE DEVRA SE RÉINVENTER


La particratie flamande de toute évidence fait sa mue et de l’ « œuf du serpent » ( Ingmar Bergman) sont sortis Bart De Wever et les siens.  

La France est devenue ingouvernable ou, à tout le moins « ingouvernée », au point qu’elle ne tardera pas à être montrée du doigt comme la prochaine Grèce de l’Europe. D’aucuns envisagent de changer de République comme on change de costume et de renoncer au régime présidentiel, un uniforme de gala taillé à la démesure du Général et beaucoup trop large d’épaules pour ses frêles successeurs, surtout les deux derniers.

Et la Belgique. « Di Rupo II ou le chaos », tel est l’avis avancé avec une belle unanimité par la presse  subventionnée très soucieuse de conserver ses subsides. Mais imaginons un cas de figure extrême : Liesbeth Homans (bras droit de Bart De Wever) devient ministre présidente des Flandres et Bart De Wever prend la tête de l’exécutif fédéral après bien des marchandages.

On se retrouve dans le cas de figure de l’affaire royale du début des années cinquante. (Léopold III remporte le référendum mais abdique pour éviter une guerre civile fomentée par la gauche, Spaak en tête). Aussitôt, le  PS radicalisé entre dans une opposition pure et la FGTB sonne l’alarme en décrétant grève sur grève. La Belgique devient ingouvernable, le roi Philippe commet quelques gaffes majeures relayées par un frérot dépressif et rebelle.

Bart de Wever a beau jeu de hurler : « rien ne va plus » et de décréter la sécession de la Flandre. La Belgique résiduelle part à la dérive comme le radeau de la Méduse.

Y aurait-il une autre voie ? Un « tramway nommé RHD », pour Renaissance humaniste durable. « Agacés, lassés par les atermoiements, les reculades et par l’immobilisme de la vie politique francophone, une série de responsables politiques songent sérieusement à créer une nouvelle force politique arc-boutée autour du centre droit », un pôle solide qui pourrait à terme être rejoint par d’ex-FDF, sur la base d’un « libéralisme social » partagé (ce concept « louismichelien » fut récemment repris par Olivier Maingain himself). » C’était le rêve de Daniel Ducarme qui lui avait même trouvé un nom : « PD », pour parti démocrate. Cela fit beaucoup rire et on n’en parla plus.  Gérard Deprez y crut dur comme fer et y laissa des plumes. Dommage.

Ce n’est qu’une hypothèse mais elle est séduisante. Il faudra au moins une législature pour la mettre en pratique. D’ici là on aura mis des mois à former un gouvernement fédéral et…

A chacun d’imaginer son scénario. Mais comme le dit volontiers Dehaene, chaque élection nous réserve une grosse surprise que nous concocte l’imprévisible.

MG

 


KRIS PEETERS ÉVINCÉ PAR LIESBETH HOMANS AU POSTE DE MINISTRE-PRÉSIDENT FLAMAND?

Le Vif

Source: Knack

La N-VA n’hésitera pas à revendiquer le poste de ministre-président flamand en cas de résultats positifs aux élections du 25 mai. Kris Peeters (CD&V) risque donc bien de devoir laisser la place à Liesbeth Homans (N-VA), dont le nom est évoqué régulièrement pour diriger le gouvernement flamand.



Liesbeth Homans (N-VA) © Belga

Le président de la N-VA, Bart De Wever, revendique clairement le poste de ministre-président. Jusqu’à présent, les nationalistes flamands affirmaient ne pas s’intéresser aux fonctions politiques.

De Wever avait même offert le leadership d’un gouvernement de redressement fédéral socio-économique à Kris Peeters. "Ce ne serait pas du tout une mauvaise idée que Kris Peeters dirige un gouvernement de redressement socio-économique. Je le soutiendrai en tout cas" avait-il déclaré dans Terzake.

Quant à la principale intéressée, Liesbeth Homans, elle a déclaré à nos confrères de Knack.be qu’elle ne revendique rien, mais que "s’il le faut, elle prendra ses responsabilités".

Bruno Tobback, le président du sp.a estime que le fait de lancer "une candidate de seconde zone comme Homans témoigne de peu de respect vis-à-vis de l’électeur flamand" et prouve que la N-VA refuse de prendre la tête d’aucun gouvernement. "Elle est restée des années dans le parlement flamand, mais personne ne s’en souvient" a-t-il déclaré dans le journal De Tijd.

La N-VA a réagi aux critiques de Tobback dans le quotidien De Morgen: "Le ministre-président actuel flamand non plus n’avait plus d’expérience politique quand il est devenu ministre-président. Kris Peeters n’a même jamais tenu de séance au parlement flamand". 

SD/CB 

EINDELIJK KAN KRIS PEETERS VOLUIT VOOR DE CHALLENGE MET LIESBETH HOMANS GAAN

DM STANDPUNT



© Yann Bertrand.

Niet langer moet Peeters zich opstellen als een gegijzelde van de N-VA, die hem grootmoedig het 'postje' van minister-president zou gunnen.

De strategische kaarten worden steeds duidelijker op tafel gelegd, en dat werd tijd, nu de campagne zich na de paasvakantie op gang trekt. De N-VA heeft eindelijk het wat infantiele riedeltje 'we zijn alleen uit op een ander beleid, niet op de postjes' laten vallen. Alsof je een ander beleid zou kunnen voeren zonder je eigen mensen te plaatsen op de plekken waar het beleid wordt gemaakt.

Maar zolang mogelijk moet in dit tijdsgewricht blijkbaar de illusie van politieke maagdelijkheid en zuiverheid worden volgehouden, omdat je dan alleen bij een bepaald segment van het electoraat steun krijgt. Als je teert op de anti-establishmentstem, moet je zolang mogelijk blijven beweren dat je nooit establishment zult worden, tenzij je echt niet anders kunt.

Dat symbolische moment is er nu, en niet langer is de N-VA de partij die bereid is Kris Peeters te blijven gedogen als een soort conciërge van de volgende Vlaamse regering waarin zij dan wel echt de lakens zal gaan uitdelen. Nee, nu weten we tenminste duidelijk dat Liesbeth Homans klaarstaat omhaar verantwoordelijkheid op te nemen. Dat moest ook wel, want tegelijk de ambitie koesteren om de grootste partij van Vlaanderen te worden en toch geen kandidaat-minister-president hebben, dat viel niet langer vol te houden.

Met een aan zekerheid grenzende waarschijnlijkheid mag trouwens nu al voorspeld worden dat Bart De Wever zichzelf ook, op een volgend goed gekozen campagnemoment, als kandidaat-federaal premier zal presenteren. Met frisse tegenzin, dat spreekt, maar als de geschiedenis roept, kan een mens niet aan de kant blijven staan, nietwaar?

Het heeft, net als het sociaaleconomische programma van de N-VA, het voordeel van de duidelijkheid.

Dat heeft ook Kris Peeters begrepen, in een gesprek met deze krant. Niet langer moet hij zich opstellen als een gegijzelde van de N-VA, die hem grootmoedig het 'postje' van minister-president zou gunnen, eindelijk kan hij voluit voor de challenge met Liesbeth Homans gaan, en de keuze wie Vlaanderen dan wil als leider.

Hij stelt ondernemend Vlaanderen meteen voor de keuze. Ofwel de rustige zekerheid van het maatschappelijke compromis, waar de CD&V al decennia voor staat en waarbij sommige dingen lukken en andere niet, dan wel het avontuur en de onzekere belofte van de grote verandering. Het is een oude variant op de strategie 'Ik of de chaos'.

Niet eens zo stom bekeken. Want de ondernemers die de CD&V bijna de federale regering in joegen om de speculatie en de onzekerheid te stoppen, maar die nu massaal vallen voor de sirenenzang van de N-VA, zouden toch ook moeten beseffen dat het uitvoeren van die sociaaleconomische N-VA-agenda alvast één resultaat zal hebben: dat de jarenlange nagenoeg volledige sociale vrede nog slechts een vage herinnering uit een ver verleden zal zijn.

Yves Desmet

 

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