lundi 7 avril 2014

Le PM ukrainien accuse la Russie de vouloir "démembrer l'Ukraine"


AFP  La Libre



L'Ukraine a accusé lundi la Russie de vouloir l'envahir pour la "démembrer" après une brusque montée de tension dans les régions russophones de l'est du pays, où des ministres ont été envoyés pour reprendre la main.

Des manifestants pro-russes, certains masqués ou cagoulés, avaient attaqué et pris le contrôle dimanche de bâtiments officiels - administration locale ou services de sécurité (SBU) - dans les grandes villes de Kharkiv, Lougansk et Donetsk. Ils avaient immédiatement descendu les drapeaux ukrainiens bleu et jaune pour hisser à leur place le blanc-bleu-rouge russe et réclamé pour certains l'organisation de référendums sur le rattachement de leurs régions à la Russie voisine.

Le gouvernement pro-européen issu du soulèvement qui a renversé le 22 février le régime pro-russe du président Viktor Ianoukovitch s'est réuni lundi matin en urgence pour examiner la situation.

Les traits tirés, le Premier ministre, Arseni Iatseniouk, a directement accusé Moscou: ces incidents font partie d'un "plan pour déstabiliser (le pays), pour qu'une armée étrangère passe la frontière et envahisse le territoire ukrainien, ce que nous ne permettrons pas". "Ce scénario est écrit par la Fédération de Russieet son seul but est de démembrer l'Ukraine," a-t-il poursuivi, s'exprimant par moments en russe pour s'adresser directement aux habitants des régions orientales.

Le président russe, Vladimir Poutine, s'est engagé à défendre "par tous les moyens" les populations russophones des républiques de l'ex-URSS et a massé jusqu'à 40.000 soldats aux frontières de l'Ukraine, faisant redouter une invasion.

Depuis la chute du régime pro-russe de Kiev, la tension entre les deux voisins ex-soviétiques n'a cessé de s'accentuer. La crise a débouché sur le rattachement en mars de la péninsule ukrainienne de Crimée à la Russie, après un référendum non reconnu par l'Ukraine et les Occidentaux, qui parlent d'une "annexion". Pour tenter de régler les tensions dans l'est, le ministre de l'Intérieur, ArsenAvakov, a été envoyé à Kharkiv et le vice-Premier ministre chargé des questions de sécurité, Vitali Iarema, à Donetsk.

M. Avakov a indiqué lundi matin sur sa page Facebook que le bâtiment de l'administration régionale de Kharkiv "a été totalement libéré des séparatistes".

Le bâtiment a été évacué par les protestataires suite à des négociations, ont précisé à l'AFP les services locaux du ministère de l'intérieur.

Une journaliste de l'AFP sur place a constaté que les fonctionnaires ukrainiens avaient bien repris leur travail dans les bureaux, sous la protection de nombreux policiers anti-émeutes. Des dizaines de manifestants pro-russes restaient à proximité. Andreï, 28 ans, assure que "les gens sont rentrés se reposer parce qu'ils étaient fatigués mais nous attendons qu'ils reviennent".

Quelques dizaines de manifestants pro-européens se trouvaient également sur la place devant le bâtiment.

A Donetsk, les manifestants contrôlaient toujours lundi matin le bâtiment de l'administration, selon une correspondante de l'AFP. Des informations faisaient état d'une opération des pro-russes dans la nuit contre les locaux des services de sécurité ukrainiens (SBU), sans qu'il soit possible de déterminer exactement dans l'immédiat son issue.

Selon certaines sources, des manifestants auraient réussi à pénétrer dans les locaux du SBU, mais il n'était pas clair s'ils avaient pu s'y maintenir.

Des manifestants avaient également attaqué dimanche des locaux du SBU à Lougansk.

En pleine crise politique, Kiev doit organiser une élection présidentielle anticipée le 25 mai et les candidats pro-européens font figure de favoris. Mais les activistes pro-russes réclament l'organisation à la même date de référendums sur leur rattachement à la Russie ou la "fédéralisation" de l'Ukraine, solution officiellement prônée par Moscou.

L'Ukraine se débat pendant ce temps dans une profonde crise économique, dont les perspectives se sont encore aggravées avec l'augmentation-sanction de 80% du prix des livraisons de gaz russe annoncée la semaine dernière. Kiev a rejeté cette "pression politique", faisant craindre une nouvelle guerre du gaz qui pourrait menacer les approvisionnements de toute l'Europe.

Officiellement pour des raisons de santé, la Russie a aussi annoncé lundi avoir suspendu l'importation d'une partie de la production de produits laitiers d'Ukraine.

Les Occidentaux menacent la Russie de nouvelles sanctions, économiques en cas d'atteinte répétée à l'intégrité territoriale de l'Ukraine.

Et dimanche, le président tchèque, Milos Zeman, a estimé que si des troupes russes entraient dans l'est de l'Ukraine, l'Otan devrait même intervenir militairement.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

DRÔLE DE PAIX ET RISQUE DE DRÔLE DE GUERRE


Toujours le même scénario : empêcher la première déflagration, la première rafale de kalachnikov. Il y a eu des morts déjà, mais le suivant déclenchera la machine infernale, la même que celle qu’enclenchèrent les coups de révolver d’un étudiant nationaliste serbe il y a cent ans : « le président tchèque, Milos Zeman, a estimé que si des troupes russes entraient dans l'est de l'Ukraine, l'Otan devrait même intervenir militairement. »

«Nous allons vers un monde où les frontières politiques s’estompent» commente Lorraine Millot dans Libération

« Les événements de Crimée s’inscrivent dans un processus global de réajustements territoriaux. » Pour le géopolitologue Parag Khanna, beaucoup d’Etats sont menacés dans leur forme actuelle.

« Parag Khanna rappelle que les frontières politiques qui nous tiennent tant à cœur sont souvent artificielles et seront certainement appelées à bouger ces prochaines années. Né en Inde, ce jeune géopolitologue - qui a grandi aux Etats-Unis, est diplômé de la Freie Universität de Berlin et est installé à Singapour -, se propose d’effacer ces frontières pour mieux faire apparaître ce qui compte vraiment : les réseaux d’infrastructures. »

Cela l’Europe semble l’avoir compris en déclenchant en 1957 un mécanisme d’effacement des frontières politiques au profit des frontières économiques. L’Allemagne a joué cette carte avec le bloc soviétique en remplaçant les tensions et les menaces militaires par le bon voisinage et la coopération économique (Ostpolitik). La Chine fait peur à Poutine plus que l’Otan ou l’Europe. Il est urgent de trouver un modus vivendi avec lui par la voie diplomatique.

MG

 

 

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