vendredi 11 avril 2014

Le premier degré du secondaire réformé pour réduire l’échec


Pierre Bouillon
Le Soir

Selon le décret voté, chaque enfant en difficulté devra faire l’objet d’un plan de remédiation individualisé.



Marie-MartineSchyns (CDH), ministre de l’Enseignement obligatoire.

Le parlement de la Communauté française a voté la (nouvelle) réforme du 1er degré du secondaire. Elle entrera en vigueur en septembre avec possibilité, pour les écoles qui le souhaitent, de l’appliquer graduellement d’ici à la rentrée 2016.

Le texte réaffirme le 1er degré comme une véritable continuité du primaire et vise à réduire l’échec.

Concrètement, chaque école devra rédiger un plan d’action collective (PAC) qui analysera les spécificités de l’établissement (quel public ? quelles difficultés ?…) et couchera sur papier les stratégies permettant de réduire l’échec.

Chaque enfant en difficulté fera l’objet – à la demande de celui-ci ou du conseil de classe – d’un plan individualisé des apprentissages (PIA). On y précisera les remèdes à appliquer pour relever l’élève. Au besoin, ce plan pourra impliquer une modification de l’horaire de l’élève.

Les « activités complémentaires » (les cours à option) seront désormais au nombre de sept – français, langue moderne, maths, sciences humaines, arts, techniques, sport.

Elles doivent permettre à l’élève de se tester et d’opérer un choix plus réfléchi à l’issue du 1er degré, quand on bifurque entre général, technique et professionnel.

LES BONNES ET LES MAUVAISES PRATIQUES ÉTUDIÉES

Le décret supprime la 1re S, qui accueillait les élèves loupant leur 1re secondaire. Mais on pourra organiser une 2e S, à l’issue de la 2e année. En clair, la possibilité de redoubler à la fin de la 1re secondaire, si elle reste possible sur papier, est amoindrie vu la disparition de cette 1re S dont l’existence même « facilitait » la décision de faire redoubler. Pour les auteurs du décret, le PIA devrait réduire le nombre d’élèves en difficulté et priver d’intérêt la 1re S.

La Commission de pilotage repérera les écoles qui présentent des statistiques (échec, exclusions…) très à l’écart de la moyenne, soit positivement, soit négativement. On étudiera les bonnes pratiques des premières (et on les ébruitera). La commission proposera aux secondes des mesures à prendre pour redresser la barre.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LES BONNES PRATIQUES

Autrefois, la « bonne pratique » par excellence consistait à regrouper les élèves ayant les meilleurs résultats dans la classe A confiée aux meilleurs professeurs ;  ensuite dans la B, puis dans la C, enfin dans l’enfer de la H où enseignaient les moins bons enseignants (les derniers arrivés qui faisaient leurs premières armes, comme les jeunes toubibs en salle d’op  de campagne, à la guerre comme à la guerre). C’était l’usage. On gonflait la 1ère A à trente élèves et la 1ère H en comptait moins. Près de 100% des premières A terminaient leur rhétorique sans jamais doubler et s’en allaient sereinement s’inscrire à l’université.  Les élèves des première H disparaissaient rapidement vers le technique ou le professionnel. J’ai connu des fils d’ouvriers en première A (pas beaucoup, mais quelques-uns). Pour se retrouver en 1ère A il fallait avoir bénéficié d’un excellent instituteur et de parents fortunés ou zélés, de préférences eux-mêmes enseignants .

Puis vint le temps dit "de l’égalité des chances" et de la démocratisation des études, que le préfet des études d’alors(lui-même fils d’instituteur) appelait la démocrétinisation des études. La Communauté française supprimera et interdira graduellement les classes dites homogènes (les forts ensemble et les faibles regroupés) par souci d’égalitarisme. Les résultats Pisa se mirent à pencher, comme la tour du même nom.

L’autre jour, je croise un ancien élève, père d’élève à son tour, qui me dit le discours d’accueil du préfet actuel au moment des inscriptions : "chez nous c’est marche ou crève ", un prof précisera "chez nous c’est comme Evian : on boit et on élimine ensuite". Tout est dit.

Hier je suis venu en aide à une ado de 15 ans qui fréquente un bahut catholique bien connu. Elle a des problèmes en anglais. La cause est double: d’abord le prof –c’est classique- , ensuite la méthode du prof : un syllabus de grammaire solidement charpenté et très /trop complet mais totalement indigeste : de l’huile de foie de morue additionnée d’huile de ricin, imbuvable malgré les excellents syllabus d’exercices d’origine anglaise. En somme exactement comme dans les années cinquante et avec un taux d’échec faramineux et des leçons particulières à gogo, bref l’ancien régime, Alors bienvenues les bonnes pratiques, mais celles-ci se résument à un seul mot : c’est les bons profs. 

Résumé : il faut repenser constamment la formation (et la mentalité) des enseignants. Cela coûte cher mais il n’y a pas de meilleur investissement.  Tout le monde le sait, à commencer par la ministre, elle-même enseignante, mais on entend changer de thermomètre encore une fois, le dernier ayant été cassé faute de réussir à faire tomber la température.

Qu’on cesse donc de réformer les structures pour réformer les enseignants et les direction (transformés en simples fonctionnaires administratifs).

Le modèle finlandais ? Pour qui sait analyser, cela se résume à cela.

Je sais yaka…

MG

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