jeudi 17 avril 2014

Les droits de l’Homme traversent une crise «sans précédent» en Europe


Le Soir



Les droits de l’homme, la démocratie et l’état de droit en Europe sont« aujourd’hui confrontés à une crise sans précédent depuis la fin de la guerre froide », selon un rapport rendu public mercredi par le Conseil de l’Europe.

Dans ce rapport, le secrétaire général de l’organisation paneuropéenne de défense des droits de l’homme,Thorbjorn Jagland, s’alarme d’une « montée des cas graves de violations des droits de l’homme (corruption, immunité contre les poursuites, impunité, traite des êtres humains, racisme, discours de haine et discrimination) dans l’ensemble du continent ».

« Les droits de la personne humaine sont également menacés par les répercussions de la crise économique et par les inégalités grandissantes », s’inquiète M. Jagland. Et d’appeler les 47 Etats membres du Conseil de l’Europe à « agir au plus vite pour juguler cette érosion des droits fondamentaux ».

« INÉGALITÉS GRANDISSANTES »

M. Jagland cite notamment la situation en Ukraine où l’absence d’un pouvoir judiciaire indépendant ces dernières années a créé « un terrain propice à la corruption et aux abus de pouvoir », qui a finalement conduit à une révolution.

Parmi les problèmes identifiés les plus récurrents, le rapport cite les discriminations envers les minorités ethniques ou nationales dans 39 des 47 Etats membres du Conseil de l’Europe. Ou encore les conditions de détention, y compris la surpopulation carcérale, dans 30 Etats, et la corruption dans 26 Etats.

Une vingtaine d’Etats souffrent encore de lacunes dans les droits reconnus aux demandeurs d’asile et aux migrants, tandis que huit ne respectent pas la liberté d’expression et des médias, selon le même rapport.

La liste des Etats concernés n’est pas rendue publique. Elle fait l’objet d’une transmission confidentielle à chaque Etat concerné afin d’améliorer la situation de manière constructive, a précisé à l’AFP le porte-parole de M. Jagland, Daniel Höltgen.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

EUROPA UBER ALLES


Thorbjorn Jagland, s’alarme d’une « montée des cas graves de violations des droits de l’homme en Europe. Son conseil de l’Europe, plateforme d’arbitrage entre l’Est et l’Ouest n’a rien trouvé de mieux que d’exclure plusieurs députés russes en menaçant de les évincer tous. Curieuse manière de résoudre les conflits. Ce discours tonitruant n’est pas de nature à calmer les esprits, au contraire.  On saluera la sortie en fanfare de Dany Cohn Bendit qui tire sa révérence après quatre mandats de cinq ans. Sa verve va nous manquer.

 

 

Pour une Europe positive

Paru dans L'Express | Publié dans Géopolitique - 14 avril 2014 | Réagir

La campagne pour les élections européennes n’a pas démarré. Elle ne démarrera pas. Et pourtant, elle pourrait ne pas manquer de sujets : comment l’Europe pourrait-elle se défendre, si l’alliance américaine s’éloignait ? Comment pourrait-elle retrouver une dynamique de croissance et d’emploi ? Comment pourrait-elle retrouver une profondeur démocratique ? A ces questions, les antieuropéens apportent des réponses simples : finissons-en avec l’Union Européenne, au moins avec l’euro, et chaque nation retrouvera les moyens de répondre à ces questions. Illusion, évidemment, car aucune nation européenne, si elle se retrouvait en plus en concurrence brutale avec ses voisines, n’aurait les moyens d’affronter les enjeux du monde.
Et pour autant, les Européens ne tentent pas de le faire ensemble. Ainsi, sur le principal sujet, celui de la croissance, on croit rêver en écoutant les débats du moment : chacun constate que l’Union Européenne traverse une période de récession ; et si la Grande-Bretagne semble en être sortie, c’est parce que près du quart de sa richesse nationale est produit par la City, principal lieu de blanchiment d’argent et d’économie casino de la planète, sans aucun bénéfice pour les citoyens britanniques. Pour la zone euro, le risque est même aujourd’hui d’entrer en déflation, c’est-à-dire dans une récession s’accompagnant d’une baisse des prix aux conséquences désastreuses : aggravation du poids des dettes publiques et privées, baisse du pouvoir d’achat, arrêt de l’investissement, recul de l’innovation.
Les causes en sont bien connues : l’insuffisance du financement de l’investissement. Et les politiques nationales actuelles, (qui ne visent qu’à réduire les dettes publiques, en réduisant les dépenses et en laissant monter la valeur de la monnaie), ne feront qu’aggraver la situation et rendre irréversible la plongée dans la déflation.
Et pourtant, à un mois des élections au Parlement européen, au moment où justement devraient s’affronter les programmes politiques visant à répondre à cette situation, personne n’attend de réponse des partis politiques, dont les discours sont indigents, ni de la Commission européenne, dont la lâcheté depuis le début de son mandat empire chaque jour, ni du Conseil européen, où les chefs d’Etat et de gouvernement viennent passer quelques heures pour régler les urgences, sans jamais parler du fonds. Le seul acteur pris au sérieux, c’est la Banque Centrale Européenne, qui a déjà sauvé l’euro fin 2011, et dont les marchés mondiaux espèrent que, face à la menace mortelle qui pèse sur l’Europe, par la déflation et la hausse de l’euro, elle emploiera une des ultimes armes encore à sa disposition, telles la baisse des taux d’intérêt au-dessous de zéro, ou l’émission sans contrepartie de deux mille milliards d’euros.
Et pourtant, la vraie réponse n’est pas là : l’Europe n’a pas besoin aujourd’hui de fausse monnaie, mais de véritables investissements. Et, au lieu de lâcher dans la nature 2 000 milliards d’euros au seul profit des banques, il serait bien plus raisonnable de financer, par des emprunts de la zone euro (seule entité n’ayant aucune dette), un même montant d’investissements cruciaux pour notre avenir, et dont chacun sait qu’ils ne seront jamais financés par les seuls investisseurs privés, parce que leur rentabilité est à trop long terme. La liste en est longue ; elle est aujourd’hui clairement documentée et chiffrée par d’innombrables études : des réseaux transeuropéens de transport ferroviaire (9 corridors sont à équiper, de la Baltique à la Méditerranée), d’énergie (250 projets sont en souffrance, visant à améliorer l’interconnexion des sources existantes et à réduire la dépendance à l’égard des sources externes), de numérique (pour organiser l’accès continental au haut débit) et de financement des PME. Au total, un montant voisin de ce qu’on s’apprête à espérer voir émis par la planche à billet de la BCE, avec bien plus d’utilité.
L’avenir de l’Europe passe par la prise en compte des besoins des générations prochaines ; ce que j’ai nommé ailleurs « l’économie positive ». Et, pour cela, par la création d’instruments d’un « capitalisme patient » européen, au service de la démocratie. De cela, personne n’est aujourd’hui comptable. Les électeurs sauront-ils réclamer aux politiciens d’agir dans l’intérêt de leurs enfants ? S’ils ne le font pas, ils ne pourront s’en prendre qu’à eux-mêmes.

j@attali.com

 

L’EUROPE UTILE A TOUT BON

Béatrice Delvaux Editorialiste en chef 

Pour redevenir indispensable aux yeux de l’électeur, pour séduire à nouveau le citoyen, l’Europe doit démontrer qu’elle lui est utile et qu’il se porte mieux avec elle que sans elle. Deux décisions prises hier vont exactement dans ce sens. On ne peut que s’en réjouir, tout en regrettant qu’il ait fallu une crise dantesque pour forcer à l’action.

Le premier paquet de mesures vertueux a été entériné par le Parlement et complète la constitution d’une véritable Union bancaire européenne. Cette seule idée aurait fait frémir les décideurs financiers et politiques il y a quelques années. Aujourd’hui par la « grâce » d’une crise financière « horribilis », elle est réalité. Les citoyens, contribuables et marchés européens vivront désormais dans un espace financier qui comprendra notamment un système de protection des épargnants uniforme à travers l’Europe et des mécanismes qui protégeront en grande partie le contribuable du paiement de la facture de faillites bancaires. Le tout a de l’allure puisqu’il s’ajoute au mécanisme de supervision unique des banques de la zone euro.

La constitution d’un tel dispositif aurait dû aller de soi, dans la foulée de l’introduction de la monnaie unique mais les volontés politiques, les intérêts privés et les institutions s’opposaient à cette mise en commun descontrôles du système financier et des banques ainsi que de la gestion commune des crises bancaires et de la protection des épargnants.

Cette Europe qui existe, prend ses responsabilités et se rend utile, ressort aussi de cette autre décision prise hier, avec la création du label « Made in Europe », obligeant à préciser l’origine des produits de consommation. Du protectionnisme ? Oui, mais pas seulement car ce serait voir la chose de façon uniquement défensive. Alors qu’il s’agit surtout ici de donner de l’information au consommateur qui peut alors, avec volontarisme, choisir en connaissance de cause.

Alors qu’elle était affaiblie et menacée d’éclatement sous le coup de la crise, cette Europe-là est à saluer car elle a mis ces tourments à profit non pour se déliter davantage, mais pour s’affirmer comme un collectif, pas seulement de paroles, mais d’outils pratiques et concrets. On retrouve l’esprit du début du projet européen, lorsqu’il s’agissait d’abord de se doter d’instances européennes agissantes, loin de cette impression d’impuissance que l’Europe a dégagée trop souvent ces derniers temps.

 

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