mercredi 30 avril 2014

PS et MR ne sont d’accord sur rien, même pas la N-VA


Rédaction en ligne Le Soir

Pour les socialistes, «le MR n’est pas crédible une seconde». Pour les libéraux, « le PS perd les pédales »



    

PaulMagnette et Charles Michel. Le Soir (Pierre-Yves Thienpont)

Les vingt-cinq jours qui nous séparent des élections s’annoncent très chauds… Le Premier Mai 2014 sera forcément une journée de combat. La preuve par les entretiens croisés accordés au Soir par Elio Di Rupo, Paul Magnette et Charles Michel.

Le message du Premier ministre et du président ff du PS est en substance : c’est le temps de la relance, du pouvoir d’achat, soit les axes principaux, expliquent-ils, du programme socialiste en vue du 25 mai. Les deux mettent en garde aussi contre la« dispersion des voix » au profit de formations extrémistes, appelant naturellement à voter « utile », comprenez PS. Ils agitent l’épouvantail d’un « gouvernement des droites », sur le modèle de Martens-Gol, qui fut « un désastre pour les travailleurs ». Par ailleurs Di Rupo et Magnette disent ne pas croire à un revirement du MR en ce qui concerne son attitude vis-à-vis de la N-VA.

Tout le contraire de ce qu’affirme Charles Michel, qui répète : « Quand nous avons l’initiative, et si nous l’avons, ce sera sans la N-VA. » Le président du MR ne ménage pas le PS qui l’accuse de mettre en danger la Sécu avec sa proposition de méga réforme fiscale : « Les citoyens sont lucides, ils ont bien compris que le PS perd un peu les pédales et qu’il fait une campagne basée sur l’agression. Le PS ne veut pas baisser les impôts pour les gens qui travaillent. »


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

TOUT SE COMPLIQUE DÉJÀ


« La campagne était devenue impossible pour le MR qui se voyait sans cesse infliger l’image de complice de la N-VA : il devenait urgent d’y remédier »

Dire cela c’est faire l’aveu que, une fois de plus c’est le PS qui mène la danse et donne le ton, le MR se contentant de réagir avec un temps de retard. Le PS aux abois a recours à des procédés de basse propagande pour décrédibiliser son plus coriace adversaire. En 2009, le PS avait mis le MR hors jeu alors que celui–ci avait fait un bon score contrairement au PS. Le machiavélisme de Elio Di Rupo avait fait merveille. Le cynisme du PS donne froid dans le dos. Ils sont prêts à tout pour se maintenir partout aux affaires : au fédéral, à Bruxelles, en région Wallonne et à la Communauté française. Et pourtant, il se pourrait fort bien qu’ils y partagent demain le pouvoir avec le MR, une hypothèse qui circule depuis des années. Jusqu’où cette campagne de la dénégation et du dénigrement durcira-t-elle le ton  et comment recoller la porcelaine après le 25 mai ? Ce qui est sûr, c’est que le refus catégorique de Benoît Lutgen, président du CDH, rend désormais impossible un gouvernement fédéral de droite même minoritaire. C’est un signal fort, possiblement induit, voire instrumentalisé par le PS qui sans doute rêve de replanter des oliviers (alliance PS, CDh et Verts) à Bruxelles et en Wallonie.

Nous allons vivre dès l’aube du 26 mai des semaines, voire des mois extrêmement dangereux, sans doute les années les plus critiques depuis la fondation de la Belgique en 1831. Tout se complique déjà, ce n’est qu’un début. Accrochez vos ceintures de sécurité, ça va secouer « grave ».

MG

 

LE PROBLÈME AVEC LES PROMESSES? IL FAUT LES TENIR

Béatrice Delvaux éditorialiste en chef (Le Soir)

«  Très clairement, nous, c’est sans la N-VA. » Cette phrase est signée Didier Reynders, désormais sur la même ligne que son président, Charles Michel. Cette exclusive en rappelle donc une autre, lorsqu’en mai 2009, Elio Di Rupo avait atomisé Didier Reynders avec son «  pas question pour les socialistes de former une coalition avec le MR  ». Le problème avec ces promesses, c’est qu’il vaut mieux être capable de les tenir. C’était le cas pour Di Rupo qui s’engageait sur son champ d’action, wallon et bruxellois. Pour le MR, l’équation « N-VA » risque d’être bien plus compliquée, car le soir du 25 mai, c’est le parti de De Wever, et pas Charles Michel, qui a la plus grande probabilité d’avoir la main, durant une première période du moins.

Derrière ce «  Nous, c’est sans la N-VA  » d’apparence limpide se cachent de plus des sous-questions, que les autres partis ne se sont pas privés de poser : 1) Cette promesse ne vaut-elle que si le MR a la main ? 2) Négocier avec la N-VA, est-ce déjà renoncer à l’éjecter ? Il va être impossible pour le MR de justifier un quelconque compagnonnage avec la N-VA, car l’électeur vient d’enregistrer que ce ne serait pas un peu, ni beaucoup, mais, « pas du tout ».

Un cacique bleu nous le dit : la campagne était devenue impossible pour le MR qui se voyait sans cesse infliger l’image de complice de la N-VA : il devenait urgent d’y remédier. Quitte à faire grossir la N-VA, comme le pronostiquaient hier tous les interlocuteurs flamands, stupéfaits par la sortie libérale qu’ils jugent insensée ? «  Entre deux risques, nous dit-on, on a choisi de ne pas affaiblir le MR.  » Dans cinq semaines, on saura si cette tactique de surenchèreintrafrancophone se sera jouée au profit ou au détriment du paysage politique global, lorsque les Flamands seront à bord. L’ironie veut cependant que ce chewing-gum N-VA, dont le MR tente de se débarrasser, ne lui a pas été collé par les socialistes comme le répètent les libéraux, mais par… Didier Reynders. Les différentes phrases prononcées par le leader libéral ces derniers mois nuisent, on le voyait hier, à la crédibilité de la fatwa lancée désormais contre la N-VA. C’est sans doute la plus grande difficulté du MR aujourd’hui : l’électeur peut espérer en la sincérité du message, mais celui-ci ne sera crédible qu’après l’élection, lorsque Michel et Reynders seront au pied du mur. Les deux hommes jouent très serré.

 

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