jeudi 10 avril 2014

Qui pour mener la fronde contre la N-VA ?


Ewald Pironet


Ewald Pironet est rédacteur du Knack.

mercredi 09 avril 2014 à 11h16

La N-VA est la meilleure propagande pour le PS. Et inversement. Il ne reste plus qu’aux autres partis à jouer des coudes pour se mêler au débat.


© Belga

En physique, il existe un terme pour désigner ce concept : quand deux opposés se renforcent, on appelle cela une "interférence constructive". C’est le cas par exemple quand deux vagues se touchent et augmentent en taille et en puissance. À l’heure actuelle, ce phénomène se produit en politique belge, en vue des élections du 25 mai : la N-VA et le PS sont à l’opposé l’un de l’autre dans pratiquement tous les domaines et ne font que se renforcer mutuellement. Chaque mot exprimé par le PS aujourd’hui accroît la N-VA en Flandre. Et toutes les déclarations de la N-VA stimulent le PS de l’autre côté de la frontière linguistique. Les deux partis renforcent mutuellement leur propagande. 

C’était également le premier débat direct entre Bart De Wever, président de la N-VA et bourgmestre de l’Anvers, et son homologue francophone, Paul Magnette, président du PS et bourgmestre de Charleroi. Durant cette confrontation orchestrée par les journaux L’Écho et De Tijd, les deux politiques n’étaient d’accord que sur un point : l’âge de retraite de 65 ans qui ne peut être rehaussée. Une telle hausse n’a pas de sens tant que les personnes de plus de 55 ans continuent à pouvoir partir en préretraite, ce qui est toujours le cas aujourd’hui, même si on l’appelle "chômage avec complément d'entreprise". Récemment, Het Mediahuis, l’éditeur des journaux De Standaard, Het NieuwsbladHetBelang van Limburg et Gazet van Antwerpen, a conclu un accord en ce sens impliquant une centaine de personnes.

Pour tout le reste, non seulement Magnette et De Wever ne partagent pas le même avis, ils sont même diamétralement opposés. Le 25 mai, il faudra choisir entre le modèle de société du PS, qui prend la France comme exemple, et celui de la N-VA qui s’inspire de l’Allemagne. C’est du moins lafaçon dont le plus grand parti de Flandre et le plus grand parti en Belgique francophone présentent les choses. La Belgique comme pays de compromis est derrière nous, la polarisation domine.

Les autres partis doivent jouer des coudes pour se mêler au débat. La semaine passée, une enquête réalisée par Knack a révélé que les démocrates-chrétiens Wilfried Martens et Jean-Luc Dehaene sont les premiers ministres les plus influents depuis la Seconde Guerre mondiale. Cette semaine, nous avons demandé aux mêmes participants qui était le politique le plus influent depuis les dernières élections fédérales. La lutte s’est avérée très serrée entre Elio Di Rupo (PS) et le leader de l’opposition Bart De Wever. Que le ministre-président Kris Peeters (CD&V) soit troisième et loin derrière ne manquera pas de le blesser et démontre que les chrétiens-démocrates ne comptent pas vraiment dans la discussion est menée aujourd’hui.

Quels bénéfices les partis peuvent-ils tirer de l’interférence constructive entre la N-VA et le PS? Lesp.a de Bruno Tobback peut-il attirer les voix de Flamands en désaccord avec le modèle de société de la N-VA ou le CD&V de Kris Peeters/Koen Geens réussira-t-il cette performance ? Et le MR de Didier Reynders peut-il aspirer les voix anti-PS en Belgique francophone ? Bien entendu, De Wever etMagnette martèlent qu’il est d’une importance capitale que leur parti soit aussi fort que possible, de sorte qu’ils puissent réaliser le mieux possible leur vision de la société. Il est plus important encore de voir qui en Flandre réussira à rassembler les opposants de la N-VA et qui de l’autre côté de la frontière linguistique arrivera à rallier les adversaires du PS. Finalement, ce seront ces partis-là qui décideront de la composition du gouvernement.

Dans le magazine Knack, De Wever qualifie le premier débat avec Magnette de "rumble in the jungle" (bataille dans la jungle), une référence au célèbre match de boxe opposant George Foreman et Mohammed Ali à Kinshasa il y a quarante ans. De Wever ne le dit pas, mais il le sait sans aucun doute : C’est le chalenger qui a gagné. Même s’il est loin d’être sûr que la N-VA sera au pouvoir après le 25 mai quand bien même elle remporterait les élections haut la main. Gagner et perdre quand même, il existe sûrement une expression en physique pour qualifier ce concept. Il ne fait pas de doute que cinq ans d’opposition sont le plus grand cauchemar de Bart De Wever. 


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

PAS D’ACCORD

Je ne partage pas cette analyse.

La polarisation extrême PS-NVA est un leurre médiatique. Tous les Belges ne sont pas accros aux médias et la bataille se livre au niveau régional dans deux pays et paysages politiques qui s’ignorent de plus en plus. Les élections du 25 mais ne se résument pas à un combat de boxe, d’autant plus qu’il y a trois rings.

Il y a un raz-le-bol général par rapport à l’usure du pouvoir, comme en France ou en Italie (mais pas en Allemagne)  qui devrait être assez défavorable au PS qui s’est largement prostitué idéologiquement pour obtenir et conserver le poste de premier ministre. Le PS est celui qui encaissera le plus rudement le vote sanction en Wallonie et à Bruxelles, sans doute en partie au bénéfice du MR et sûrement à celui du PTB qui fait paniquer Paul Magnette au point de virer au cramoisi. Mais, plus il oblique à gauche, plus le PS offre une ligne de mire facile à De Wever qui en fait sa cible favorite.

Ce qui est certain, c’est que plus De Wever dénonce les dérives gauchisantes du parti d’Elio plus il incite les Flamands à voter pour Bart pour éviter la rage taxatoire de l’homme au nœud pap et son parti « marxisant ». La Flandre ne veut pas d’un Di Rupo II qui imposerait l’impôt sur les fortunes de ses concitoyens mais s’accommoderait volontiers d’un Reynders I si nécessaire.

Diaboliser la N-VA et De Wever comme le fait le PS ne devrait pas lui rapporter les voix flottantes  du centre. Le profil de ministre compétent que s’est construit Daniel Reynders au fil des ans (ministre des affaires étrangères très visible sur l’ensemble des médias en Flandre comme en Wallonie) devrait lui apporter un gros capital de confiance singulièrement à Bruxelles  où il s’est auto parachuté.

La posture hyperagressive du PS et de son président Magnette est celle d’un parti aux abois. Elle n’est pas de nature à générer la confiance. Or le principal enjeu des prochaines élections ce sera la confiance. Confiance en la stabilité, confiance en la reprise, confiance en l’avenir et dans le maintien du pouvoir d’achat.

Notre pronostique : un énorme score de la N-VA (comme du FN )à l’Europe, un bon score du MR à Bruxelles au détriment du PS, un tassement du PS au niveau fédéral et régional (wallon et surtout) bruxellois au profit du CDh du PTB et du MR, un sursaut du MR au niveau fédéral ; pas plus de trente % de pour la NVA (au régional et au fédéral) qui a trop tendance à courir derrière le vote VlaamsBelang avec un léger sursaut du CD&V au détriment du VLD (que l’effet Maggie ne sauvera pas) et du SPa mal dirigé par en Toback fils qui n’est que l’ombre du père comme le fils Michel, du reste.

Tout ceci risque de rendre terriblement complexe la confection de majorités. Phlippe I qui sera à la manœuvre constatera que tous ses efforts accumulés en un an de règne pour faire belle figure risquent d’être réduits à néant par le rôle clef d’arbitrage qui sera le sien.

Autrement dit, les Belges vont se réveiller le 26 mai prochain avec des images de cauchemar plein la tête. Alors commenceront pour la Belgique des semaines aussi dramatiques que celles de septembre 1830.

MG

 

 

Aucun commentaire: